Les morts de la 112

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Pierre Foglia
La Presse

Saura-t-on jamais ce qui est arrivé? Une distraction du chauffeur de la camionnette? Un écart des cyclistes en faisant un relais?

Ils étaient six cyclistes, cinq femmes, un homme. Une camionnette les a fauchés. Trois morts. La vie des trois autres n'est pas en danger. Ils étaient membres d'un club de triathlon de Saint-Lambert. Se rendaient à un camp d'entraînement à Sherbrooke. La tragédie est arrivée sur la route 112, une route à grande circulation, parallèle à l'autoroute des Cantons-de-l'Est. Une route à si grande circulation que, à l'endroit de l'accident, la 112 est à quatre voies.

J'entends déjà des gens demander: pourquoi n'ont-ils pas pris la piste cyclable? Il y en a une presque collée sur la 112 et qui la suit jusqu'à Saint-Paul-d'Abbotsford.

Ou encore: que n'ont-ils emprunté cette portion de la Route verte, pas très loin non plus, qui relie Saint-Jean à Granby en passant par Farnham?

Je vais vous dire pourquoi. Parce que, dans les deux cas, ce sont d'anciennes voies ferrées dont on a fait des pistes cyclables en poussière de pierre. C'est bien pour se promener, c'est bien pour vous et moi. Mais pas pour ces cyclistes, d'un autre calibre.

Dans tous les sports - course à pied, aviron, vélo, natation - émergent depuis quelques années une race de plus en plus nombreuse d'athlètes ordinaires qui renouent avec l'amateurisme d'antan, des athlètes qui ont une job, des enfants, qui investissent presque tout leur temps libre dans l'entraînement et qui deviennent incroyablement performants, souvent sous la conduite d'entraîneurs personnels. À ce que j'ai compris, les cyclistes de la route 112 appartiennent à cette catégorie. Ils se préparaient pour le traditionnel Ironman de Lake Placid, cet été. Savez ce qu'est un Ironman? Cent quatre-vingts kilomètres de vélo, un marathon tout de suite après, bref, on ne se prépare pas à faire 180 km de vélo à 35km/h sur une piste en poussière de pierre.

Mais vous avez raison aussi, on ne devrait pas non plus aller s'entraîner sur la 112. Je fais des milliers et des milliers de kilomètres par année, je n'en ferais pas deux sur la 112, que je connais bien. J'aurais trop peur. Je serais toujours en train de regarder en arrière si un truck s'en vient. En plus d'être dangereuse, elle est laide, la 112. Marieville, Saint-Césaire, Saint-Paul, même la tête dans le guidon, c'est pas jojo.

Fallait passer par Saint-Jean et piquer au sud vers chez moi.

Fallait, fallait! Je suis là à faire mon guide touristique devant trois morts. Je ne chicane pas, mais je sais trop comment va revirer cette affaire-là. Comme d'habitude, on n'acceptera pas que ce soit un accident, on voudra en tirer une morale, une précaution, une prévention, que sais-je, une gestion de risque. Ça va revirer: crisses de bicycles! Ça va revirer: ôtez-vous donc du chemin.

Ça va réveiller le gros bon sens de matante: pourquoi les bécyks y restent pas sur les pistes cyclables?

Parce que tu y es déjà, matante.

C'est drôle, quand l'accident est arrivé, je chroniquais vélo comme je le fais souvent, vélo en ville cette fois. Cette anecdote: j'allais chez un ami rue des Écores, je roulais rue Beaubien, j'arrête au feu à Papineau, il y a une dame qui est là, à vélo aussi, elle attend la verte comme moi. Une belle madame. Je lui rends son sourire, et alors elle, très gentiment: vous avez oublié votre casque, monsieur. Vous n'avez pas peur des accidents?

Les accidents arrivent, madame.

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