Je n'ai pas tout compris

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Pierre Foglia
La Presse

Je n'ai pas tout compris du discours de M. Obama. Il nous dit que la sécurité des États-Unis et des Américains - et de l'Europe, j'imagine - est en jeu en Afghanistan.

Qui donc menace les États-Unis? Pas les talibans. Les talibans menacent les Afghans. C'est Al-Qaeda qui menace les Américains. Et Al-Qaeda, c'est le Pakistan bien avant d'être l'Afghanistan. C'est aussi la Somalie. C'est aussi le Yémen. Al-Qaeda, c'est partout où il y a des musulmans intégristes. C'est le GIA d'Algérie. C'est les Frères musulmans d'Égypte. Les Palestiniens qui se font sauter.

 

Mettons les choses au mieux pour monsieur Obama: les talibans écrapoutis en Afghanistan dans 18 mois. Al-Qaeda sera toujours aussi menaçant pour les États-Unis.

Extrait du discours de M. Obama: «Notre objectif général reste le même: démanteler, perturber et défaire Al-Qaeda.» Trente mille hommes pour défaire Al-Qaeda en Afghanistan? Je ne comprends pas. La maison mère d'Al-Qaeda n'est pas en Afghanistan. Si ça se trouve, elle n'est même plus, non plus, au Pakistan.

En juillet dernier Mme Clinton faisait un appel du pied même pas discret aux talibans pour une éventuelle paix des «braves», condition: qu'ils prennent leurs distances avec Al-Qaeda. C'est donc bien deux entités distinctes. Pourquoi entretenir la confusion?

Le deuxième truc que je n'ai pas compris dans le discours de M. Obama de mardi, c'est quand il dit qu'il n'est pas question de «nation building», parce que, a-t-il ajouté avec cette habileté qui commence à me tomber sur les nerfs: la nation qu'il m'intéresse de bâtir, c'est la nôtre. On s'en doutait, monsieur le président.

Donc M. Obama n'envoie pas 30 000 soldats en Afghanistan pour reconstruire l'Afghanistan, mais pour permettre - je traduis - «pour permettre d'accélérer le transfert de responsabilité aux forces afghanes» qui auront charge du pays au départ des Américains prévu pour juillet 2011.

Tout le monde, aujourd'hui, de féliciter M. Obama de son réalisme.

Est-ce bien réaliste de penser qu'en 18 mois, les Afghans seront en mesure de se prendre en charge quand ça fait cinq ans qu'on les prépare à cette prise en charge avec un succès très mitigé? Est-on seulement certains que les Afghans de cette région du sud et de l'ouest du pays ont envie de se prendre en charge dans le sens où l'entendent les Occidentaux?

On se fait d'ici l'image coloniale d'un pays où les troupes de l'OTAN aident les Afghans à se libérer des talibans. On voit les talibans comme on voit les FARC de la Colombie ou le Sentier lumineux du Pérou. Ça n'a rien à voir. Les talibans défendent des valeurs religieuses auxquelles adhèrent assez librement le Pachtoune ou le Balouchi du coin. Je garde de cette partie du monde (Quetta, Zahedan, Zaranj) un souvenir très vif qui ne colle pas avec le discours de M. Obama.

Ce que j'ai retenu de ce pays, c'est que l'ennemi, c'était moi, l'étranger. Pas le taliban. Le taliban habite le village. Tout le monde sait qu'il pose des bombes. Personne ne dit rien. Quand il ne pose pas des bombes ou qu'il n'est pas en train de les fabriquer, il travaille au garage du coin. Sa soeur est traductrice au dispensaire où officient des infirmières canadiennes.

Si les talibans n'avaient pas le soutien tacite de la population - je ne dis pas enthousiaste, je dis tacite: qui va de soi - ça fait longtemps qu'on ne parlerait plus des talibans. Suffirait que sa soeur le dénonce et c'est fini. Elle ne le dénoncera pas. Parce qu'elle a peur? Sûrement. Parce qu'elle partage les mêmes valeurs? Aussi. Surtout: parce qu'elle ne partage pas les valeurs de ces soldats venus la «libérer». Trente mille soldats de plus? Cela ne changera rien, bien au contraire, à son sentiment d'être envahie.

Dans 18 mois, les 30 000 Américains ne partiront pas, bien sûr. On dira que le travail n'est pas fini.

D'ici là, Al-Qaeda aura déménagé ses bases en pays ami, en Iran pourquoi pas, chez les Balouchis du côté de Zahedan ou Zabol, des gens tellement accueillants.

Quant aux talibans locaux, ils se seront reconvertis, dans la culture du pavot. C'est sans parler des stratèges, déjà en congé sans solde aux Émirats.

RESPONSABILITÉ - Parlant de taliban, rien à voir avec ce qui précède, j'en suis un, taliban, pour l'alcool au volant. Pour la drogue au volant. Pour la vitesse au volant. Que ce soit 0,08 ou 0,05, je n'ai pas d'opinion. Je trouve seulement qu'on ne dit pas assez aux jeunes conducteurs, et aux moins jeunes, qu'ils peuvent bien se tuer, on n'en a rien à foutre, ils peuvent tuer aussi leur blonde si elle est assez conne pour embarquer dans une voiture conduite par un moron paqueté. Mais dans la voiture qui s'en vient en face, il y a un monsieur, une dame et leurs deux enfants qui dorment en arrière. Leur rentrer dedans parce qu'on est ivre, ou gelé ou parce qu'on va trop vite; ou tuer la petite fille qui est en train de jouer sur le parterre devant chez elle, ce n'est pas un accident. C'est un assassinat. Qui devrait être jugé comme un assassinat.

On parle beaucoup de sécurité au volant. On devrait parler au moins autant de responsabilité.

Je peux me citer en exemple? Je suis profondément délinquant, vous n'imaginez pas comme je peux être con parfois. Il y a quelque chose qu'il ne faut pas faire? Je le fais. Exprès. Il n'y a rien que j'aime plus que «fucker le chien, la game, le système», me mettre en danger pour des niaiseries. Mais jamais, jamais, je ne prends le volant paqueté, ou gelé. Je ne dépasse jamais les limites de vitesse. Et chaque fois que je traverse un village, chaque fois, même à 2 h du matin, je pense au gamin qui pourrait surgir de son entrée sur son petit bicyk de merde et je ralentis.

 

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