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Pierre Foglia
La Presse

Ce Heinrich Haussler qui a gagné de belle façon hier à Colmar court pour l'équipe Cervélo, sur un vélo Cervélo bien sûr. Comme le Danois Thor Hushovd il y a quelques jours à Barcelone, lui aussi: équipe Cervélo, vélo Cervélo.

Cervélo est un fabricant de vélos canadien, ou plutôt une marque de vélos canadiens qui ne sont pas fabriqués au Canada, sont fabriqués en Chine comme la plupart des vélos fabriqués dans le monde.

Reste que Cervélo est une entreprise canadienne.

Au milieu des années 90, Cervélo c'était deux gars, Phil White et Gérard Vroomen, deux ingénieurs qui bizounaient dans un petit local de la rue Hôtel-de-Ville à Montréal. Ils dessinaient, conceptualisaient des vélos, me suis laissé dire qu'ils allaient acheter leurs pièces chez Gervais Rioux (Argon 18) qui venait d'ouvrir sa boutique boulevard Saint-Laurent.

Ils ont assez rapidement déménagé à Toronto. Au départ ils étaient spécialisés dans les vélos de triathlon. On dit que Cervélo a fabriqué les premiers vrais bons vélos de triathlon. Puis ils ont ajouté les vélos de contre-la-montre, et les vélos de route.

En 2003 ils débarquaient dans le Tour de France en fanfare en équipant les CSC de Bjarne Riis, qui remportaient, cette année-là, le classement de la meilleure équipe du Tour avec Tyler Hamilton et peut-être bien Jalabert, sa dernière année.

Cervélo s'est mis à vendre des vélos partout dans le monde, d'ailleurs bien plus dans le monde - Allemagne, France, Australie, États-Unis - qu'au Canada. On parle d'environ 20 000 vélos haut de gamme par année.

Aujourd'hui, Cervélo c'est toujours les deux mêmes gars à Toronto, ils ne fabriquent toujours pas de vélos, ils les conceptualisent, les développent en soufflerie dans deux laboratoires, un en Suisse, l'autre en Californie.

Cervélo a équipé CSC de 2003 à 2008. Cette année nos deux Torontois ont franchi une étape que n'avait pas osé franchir depuis très longtemps un marchand de vélos (1): se payer une équipe pro. Pas seulement l'équiper: en être le patron, choisir les coureurs, leur faire signer des contrats, tenir un camp d'entraînement, les diriger en course. Bref, c'est avec un grand ébahissement et un rien de soupçon que le monde très conservateur du cyclisme a vu débarquer cette nouvelle équipe qui n'était pas une multinationale, tout simplement deux marchands de vélos canadiens. Comment donc?

Il y avait de quoi s'étonner en effet. Surtout quand on a vu le genre d'équipe. Nos bizouneux de la rue Hôtel-de-Ville n'ont pas fait les choses à moitié. Sont allés chercher le vainqueur du Tour de France de l'an dernier, Carlos Sastre. Un des meilleurs sprinters du peloton, Thor Hushovd. Aussi ce Heinrich Haussler baroudeur et sprinter qu'on a vu arriver hier à Colmar avec quatre bonnes minutes d'avance. Ajoutez Andreas Klier, un coureur de classique pas piqué des vers, l'Espagnol Marchante, qui a déjà eu un avenir, Roulston pour mener les sprints, plus une très forte équipe de filles (Karin Arsmtrong), et rappelons que c'est aussi l'équipe du Québécois Dominique Rollin qui n'est pas au Tour.

Les résultats ont suivi. Cervélo s'impose comme une des quatre ou cinq meilleures équipes du peloton 2009, remportant une étape du Tour de Californie, une grande classique du printemps, deux étapes du Tour d'Italie, déjà deux étapes du présent Tour de France, Hushovd à Barcelone, Haussler hier (Haussler qui a fait second de Milan San Remo).

Question: Où sont-ils allés chercher le fric pour se payer une telle équipe?

Des mauvaises langues m'avaient dit d'aller voir du côté d'Industrie Canada. Pure médisance. Ma petite recherche du côté du ministère de l'Industrie n'a rien donné, même pas ces crédits d'impôt qu'on donne à tout le monde pour la recherche et le développement.

Le budget annuel de cette équipe Cervélo tournerait autour de 6 millions d'euros, 9 millions de nos dollars. Si c'est beaucoup?

Oui et non. Non, c'est pas si cher pour se positionner sur le marché mondial, pour vendre des Cervélo au Japon, en Indonésie, au Danemark, en Autriche parce que c'est le vélo de Haussler, en Espagne parce que c'est le vélo de Carlos Sastre, en Norvège parce que c'est le vélo de Hushovd. Le vélo, malgré toute la marde qui remonte parfois à la surface, reste un des sports qui «rend» le plus, qui rapporte le plus pour chaque dollar investi. Non, ce n'est pas cher si tu penses, par exemple, que 9 millions de dollars, c'est deux Kovalev qui te rapportent quoi? Deux fois rien.

Pour trouver cela cher il faut se placer de mon point de vue de vieux nono, ignorant des affaires et qui devient à moitié fou quand tu dis le mot marketing. Ne vous y trompez pas, ces neuf millions de dollars ne sont que cela: du marketing.

Sortons la calculette. Si, pour vendre 20 000 vélos par année, Cervélo dépense 9 millions en marketing, cela veut dire 450$ de marketing par vélo.

Le même prix qu'un cadre tout carbone à Taïwan: 450$. On vous le facturera 1500$, mais il vaut 450. Alors quand vous vous pétez les bretelles en disant, hé, je viens de m'acheter un Cervélo tout carbone, vous dites une énorme connerie: votre vélo n'est pas tout carbone, il est mi-carbone, mi-marketing.

Si ça peut vous consoler si vous aviez acheté un Trek, il serait aussi mi-carbone mi bullshit, sauf que celle-là, de bullshit, serait signée Armstrong.

Moi? Moi je roule toujours mes deux Marinoni en acier. Le rouge, mon préféré, date de 30 ans, quelques taches de rouille, aucune de marketing.

(1) Même si Bianchi a fait une réapparition très circonstantielle en 2003, les équipes Peugeot, Gitane et Bianchi remontent au déluge.




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