Coupe du monde: les gagnants et les perdants

Mike Babcock... (PHOTO NATHAN DENETTE, LA PRESSE CANADIENNE)

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Mike Babcock

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La Coupe du monde a pris fin jeudi à Toronto sur la belle victoire d'Équipe Canada. Voici mon bilan.

LES GAGNANTS

Mike Babcock, l'amour de la vie

Avec sa mâchoire carrée, sa voix basse et ses yeux pénétrants, Mike Babcock donne l'impression d'un coach absorbé par son métier 24 heures par jour, prêt à sacrifier les distractions dans sa quête d'excellence professionnelle. La réalité est différente.

« Je ne suis pas seulement l'entraîneur des Maple Leafs, a-t-il dit mercredi. J'aime la vie et je profite de la mienne. Et je m'attends à ce que mes joueurs profitent aussi de la leur. J'aime faire d'autres choses. »

J'ai trouvé ça beau. Je ne me souviens pas d'avoir déjà entendu un coach s'ouvrir ainsi, de manière simple et directe, sur le plaisir de mener une existence équilibrée. Comme l'impression que cette approche fait partie de son succès.

(En passant, savez-vous quelle activité passionne Babcock et Ralph Krueger, l'entraîneur de l'Europe ? Le ski nautique ! Leur amour de ce sport a renforcé leurs liens d'amitié. Geena, la fille de Ralph, fait partie de l'élite mondiale de la discipline.)

Babcock apporte beaucoup de soin au contrôle de son message. S'est-il un peu échappé après la victoire de jeudi ? Chose certaine, il a gonflé les attentes des partisans des Maple Leafs en prenant congé des journalistes.

« Je suis excité d'avoir gagné [la Coupe du monde] à Toronto, a-t-il lancé. C'est un signe de ce qui s'en vient ici à Toronto, vous devez le savoir. On a accompli quelque chose de spécial pour le Canada, il faut maintenant le faire à Toronto. »

En menant Équipe Canada à la conquête de la Coupe du monde, Babcock a inscrit une autre réalisation à sa feuille de route. Plus que jamais, il est LE coach de la LNH. Et s'il mène un jour les Maple Leafs à leur première Coupe Stanley depuis 1967, il deviendra un monument, à la manière de Scotty Bowman. Je ne parierais pas contre ses chances.

Sidney Crosby, le champion

Au printemps, Sidney Crosby a mené les Penguins de Pittsburgh à la conquête de la Coupe Stanley et a été nommé joueur par excellence des séries. Quelques mois plus tard, le voici meilleur joueur de la Coupe du monde. Grosse année 2016 pour Sid, on en conviendra.

Crosby devrait profiter de son statut pour prendre clairement position dans des dossiers chauds du hockey. Après la victoire de jeudi, c'est du bout des lèvres qu'il a mentionné son espoir de participer aux prochains Jeux olympiques. Évoquant ceux de 2010 et 2014, il a dit : « Ce fut une grande expérience pour moi. J'espère qu'on trouvera une façon de continuer à y aller. »

Imaginez si Crosby, au lieu de cette remarque tout en douceur, avait lancé un cri du coeur, s'il avait dit haut et fort que les joueurs de la LNH voulaient aller en Corée du Sud en 2018, ce qui est exactement leur souhait. Gary Bettman aurait été obligé d'en prendre acte, de ne pas limiter l'analyse du dossier au côté affaires.

La voix de Crosby se serait ajoutée à celle d'Alex Ovechkin, qui met de la pression sur la LNH en affirmant qu'il participera aux Jeux, peu importe la décision de la LNH. À Toronto cette semaine, la position ferme de la vedette des Capitals de Washington a semblé agacer le commissaire adjoint Bill Daly, qui craint sans doute un effet boule de neige chez les joueurs russes.

Patrice Bergeron et le Temple

Patrice Bergeron est le secret le mieux gardé du hockey au Québec. C'est triste de penser que n'importe quel joueur moyen du Canadien obtient une plus large couverture médiatique.

Réalise-t-on assez à quel point Bergeron est un joueur exceptionnel ? Ce gars-là joue sur le premier trio du meilleur club au monde, Équipe Canada. Et jeudi, c'est lui qui a inscrit le but égalisateur en fin de troisième période, changeant la dynamique du match.

« Bergeron a réussi une extraordinaire déviation de rondelle, il a montré une coordination de classe mondiale entre les mains et les yeux... », a estimé Ralph Krueger.

Le Canada a remporté la médaille d'or aux Jeux olympiques de 2010 et 2014 et la Coupe du monde de 2016. Bergeron est un des sept joueurs membres de ces trois équipes. Les autres sont Sidney Crosby, Drew Doughty, Ryan Getzlaf, Corey Perry, Jonathan Toews et Shea Weber.

En plus de ses succès internationaux, Bergeron a remporté une Coupe Stanley avec les Bruins de Boston en 2011 et trois trophées Frank-Selke, remis au meilleur attaquant défensif de la LNH. Il mérite d'être élu au Temple de la Renommée du hockey après sa carrière.

Brad Marchand, la transformation

Si Brad Marchad doutait de l'impact de la Coupe du monde sur sa carrière, il en a vite réalisé l'aspect transformateur après le match de jeudi : un journaliste lui a demandé sa réaction au fait d'être désormais un des joueurs préférés du public canadien !

Marchand sera encore hué lorsque les Bruins joueront à Toronto et à Montréal. Mais plus personne n'osera remettre en cause ses qualités. Avec Équipe Canada, Marchand a gagné la bataille de la crédibilité.

Les derniers jours ont été occupés pour Marchand. Les Bruins, sans doute fatigués d'entendre des journalistes lui demander s'il quitterait Boston à la fin de la prochaine saison, n'ont pas attendu son retour en ville pour annoncer qu'il avait signé un nouveau contrat de huit ans. Marchand touchera en moyenne 6,125 millions annuellement de 2017-2018 à 2024-2025.

Le dynamique ailier des Bruins empochera donc beaucoup d'argent. Mais combien de dollars a-t-il laissés sur la table en ne profitant pas de son autonomie pour tester le marché, le 1er juillet prochain ? Joueur très convoité, Marchand aurait reçu des offres beaucoup plus élevées. Mais il a choisi la sécurité - une blessure grave est si vite arrivée -, et on ne peut l'en blâmer.

LES PERDANTS

Tortorella et USA Hockey, l'échec

Après le premier match préparatoire du tournoi, où Team USA a montré un extraordinaire niveau d'intensité contre le Canada, on s'est dit que cette Coupe du monde nous proposerait une confrontation endiablée entre les deux rivaux.

Ce ne fut pas le cas. Le Canada a été impérial, les États-Unis franchement mauvais. John Tortorella a de nouveau montré ses limites comme entraîneur dans le hockey moderne, où les coachs obtenant du succès savent communiquer avec leurs joueurs. Montrer publiquement du doigt Max Pacioretty n'était pas l'idée du siècle.

La formule du tournoi a aussi désavantagé les États-Unis. La perte de plusieurs bons jeunes joueurs au profit de l'Amérique du Nord, qui regroupait les meilleurs espoirs canado-américains de 23 ans et moins, leur a fait mal. Le hockey américain ne possède pas la profondeur pour soutenir une équipe et demie dans une compétition si relevée.

Compte tenu du bassin de population des États-Unis et de l'augmentation de la pratique du hockey chez les jeunes, ça viendra assurément. Mais du travail reste à faire, notamment au niveau des entraîneurs. Car si Tortorella est ce que ce vaste pays a de mieux à offrir, le virement de cap n'est pas pour demain ! Une leçon d'humilité, donc, pour USA Hockey.

Gary Bettman, l'espoir déçu

Je le reconnais, c'est un peu dur de placer le nom de Gary Bettman dans la liste des perdants de cette Coupe du monde. Le tournoi a été bien organisé et on ne peut tout de même pas lui reprocher l'écrasante domination canadienne !

Il n'en reste pas moins que cette Coupe du monde n'a pas atteint son principal objectif, l'augmentation du rayonnement du hockey aux quatre coins du monde. Les États-Unis ont vite été mis hors jeu, ce qui a plombé les cotes d'écoute à la télé américaine, qui s'annonçaient déjà modestes. Et en Europe, la présentation des matchs de la finale au milieu de la nuit n'a pas servi la popularité du tournoi.

En revanche, à la télé québécoise, la finale a connu du succès. Lorsque Brad Marchand a donné la victoire à Équipe Canada jeudi, près de 1,5 million de téléspectateurs syntonisaient TVA ou TVA Sports. En moyenne, 961 000 personnes ont suivi le match. Mardi dernier, le premier affrontement contre Équipe Europe, uniquement diffusé sur TVA Sports, a attiré un auditoire de 525 000 amateurs, avec une pointe à 713 000.

L'idée de Bettman était de créer une compétition qui deviendrait vite légendaire. Mais l'affaire n'a pas approché la force de frappe du tournoi olympique. Si le match de jeudi a été excitant, l'ensemble du spectacle a déçu.

Cela dit, la tournure des évènements n'est pas meilleure pour la Fédération internationale de hockey sur glace et le Comité international olympique. Bettman leur a rappelé qu'il pouvait gérer le déploiement international de son circuit sans les Jeux d'hiver. À ce niveau, le message est percutant.

Les Russes : à quand le rebond ?

Décevants à Vancouver en 2010, décevants à Sotchi en 2014, décevants à Toronto en 2016... Non, les choses ne vont pas bien pour le programme russe de hockey et la génération Ovechkin. À quand le retour de l'excellence ?

La Russie compte trop de joueurs de grand talent pour faire ainsi du surplace sur la scène internationale. On s'ennuie de ces puissantes formations du passé, capables de pousser les Canadiens dans leurs derniers retranchements. Le hockey a besoin de l'apport des joueurs russes pour nourrir le spectacle.

Un match Canada-Russie demeure synonyme de magie. On a ressenti un buzz avant l'affrontement de samedi dernier. Mais on ne pourra vivre éternellement de nos souvenirs. À un certain moment, l'histoire devra s'enrichir de nouveaux épisodes.

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