Peine olympique

Au son de la sirène finale, Kim Gaucher... (Photo Jim Young, Reuters)

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Au son de la sirène finale, Kim Gaucher et ses coéquipières de l'équipe canadienne avaient peine à croire qu'elles venaient d'échapper la victoire, elles qui menaient pourtant par cinq points à la demie. Résultat final : 68-63 pour la France.

Photo Jim Young, Reuters

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(RIO DE JANEIRO) Dans les coulisses du Carioca 1, ce vaste amphithéâtre où les Canadiennes viennent de subir un cruel revers face aux Françaises, Lizanne Murphy peine à contenir ses larmes. Les yeux rougis, les émotions à fleur de peau, elle est anéantie. Incrédule, aussi. Comment l'équipe a-t-elle pu échapper ce match ?

Tout semblait pourtant si prometteur. Après la première demie, le Canada menait par cinq points et montrait une assurance remarquable sur le terrain. Les Françaises semblaient étonnées face à l'efficacité de leurs rivales. Les passes étaient précises, les lancers, effectués au bon moment. Suffisait de poursuivre dans la même direction pour relever le pari : accéder à la demi-finale du tournoi de basket des Jeux de Rio.

Hélas, comme du beurre fondant dans une poêle chaude, le Canada s'est lentement décomposé. Les Françaises, sentant l'occasion, l'ont vite saisie. Elles ont pris le contrôle du duel et ne l'ont jamais reperdu, filant vers une victoire de 68-63.

« On avait le match en main », lance Lizanne, d'une voix étranglée. « On jouait notre jeu, on bougeait la balle ensemble, comme une équipe. C'est comme ça qu'on a du succès. »

«Et en deuxième demie, on a arrêté. On n'a pas bougé le ballon, on a pris des tirs super compliqués. Ce n'était pas nécessaire de faire ça...»

Lizanne Murphy

Puis, la Montréalaise ajoute : « C'est juste triste de terminer comme ça... »

Les jeunes joueuses de l'équipe canadienne pourront tourner la page sur cet épisode frustrant en songeant aux Jeux de Tokyo, en 2020. Mais pas Lizanne. Dans son cas, le verbe « terminer » prend tout son sens. L'athlète de 32 ans voit son parcours olympique s'achever au terme de cette journée si difficile. Affaiblie par une gastro, elle a dû visiter l'hôpital et est ensuite demeurée sur le banc pendant toute la rencontre.

Lizanne aurait pourtant tellement aimé faire comme en 2012, aux Jeux de Londres. Quand l'équipe connaissait un petit passage à vide, elle avait le don de provoquer des étincelles en sortant du banc. Elle disait même qu'il s'agissait de sa « description de tâche » ! Mais hier, elle n'a pas eu cette chance.

- Ta déception est immense, Lizanne...

- Ça fait super mal. Ça fait 10 ans que Tamara (Tatham) et moi sommes là. Il n'y avait rien quand nous sommes arrivées : pas d'argent, pas d'aide, rien. On est allées en Europe tous les étés pour gagner de l'expérience. On a contribué à monter notre programme de basket à ce niveau. Après tout ce travail, ce n'est pas le résultat qu'on espérait...

***

Lizanne Murphy. Que cette Québécoise extraordinairement sympathique participe aux Jeux de Rio était déjà un exploit. Le 29 novembre dernier, elle a été victime de la blessure au genou qui fait frémir tous les athlètes : rupture du ligament croisé antérieur.

L'affaire est survenue durant un match du championnat de France. Capitaine de l'équipe d'Angers, Lizanne a été contrée au-delà des limites raisonnables par une rivale de Lyon. En toutes circonstances, une malchance pareille sape le moral. Mais à huit mois des Jeux olympiques, c'est carrément catastrophique.

- As-tu craint de rater le rendez-vous de Rio, Lizanne ?

- Oui, j'ai eu peur, me disait-elle plus tôt cette semaine. Pendant ma rééducation, j'ai pensé aux Jeux tous les jours. Je savais que j'avais le temps de guérir, mais uniquement si aucune complication ne survenait. Ce fut heureusement le cas.

Durant ces semaines d'incertitude, toute l'équipe canadienne a croisé les doigts. Car si Lizanne n'est pas la vedette de la formation, son leadership et son expérience sont des atouts majeurs. Ironiquement, la deuxième demie du match d'hier l'a bien démontré. Qui sait si, au moment où il était encore possible de sauver la situation, ses efforts n'auraient pas changé les choses. Elle aurait peut-être fourni une dose d'adrénaline à une équipe soudainement devenue fragile.

***

Miah-Marie Langlois est âgée de 24 ans. Elle était déçue de ne pas avoir permis à ses coéquipières plus expérimentées de vivre l'expérience de la demi-finale.

« Elles ont fait tellement pour le programme de basket, a-t-elle dit. La route n'a pas été facile. Elles ont dû attendre 2012 avant de participer aux Jeux olympiques. On voulait gagner pour elles, mais on en a été incapables. Les Françaises ont mieux joué que nous dans les 20 dernières minutes, elles ont été plus énergiques. Nos tirs ont été pourris et on a commis trop de revirements. »

Lisa Thomaidis, l'entraîneuse de l'équipe canadienne, était aussi ébranlée.

« C'est terriblement décevant. Toutes nos joueuses pensaient qu'on allait gagner. On a commencé très fort, mais on a ensuite eu des ennuis avec nos lancers. Et on a commis beaucoup de fautes... »

«Il faut réussir des jeux quand la pression est forte. Et malheureusement, dans les situations clés, nous n'avons pas réussi.»

Lisa Thomaidis, entraîneuse de l'équipe canadienne

Au classement mondial, la France occupe le quatrième rang et le Canada, le neuvième. En ce sens, la logique a été respectée. Mais il s'en est fallu de si peu pour que le dénouement soit différent. « On a au moins montré qu'on pouvait jouer à ce niveau, a ajouté Thomaidis. Je pensais néanmoins qu'on était prêtes à accéder à l'étape suivante, soit disputer la demi-finale. Mais il faut rendre à la France son mérite. Son équipe a relevé le défi. »

Le Canada, comme ce sera le cas des Françaises, aurait fait face à une tâche quasi impossible lors du tour suivant, contre une sélection américaine qui survole le tournoi. Mais une médaille de bronze aurait été possible.

Dans le camp canadien hier, la déception était forte. Mais pour Lizanne Murphy, c'était encore plus que ça. C'était une peine olympique.

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