L'empreinte de Bergevin

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Marc Bergevin n'a pas tenté de dorer la pilule en expliquant l'embauche d'Alexander Radulov : « On prend un risque, mais on espère que la récompense sera grande. »

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Retirer le nom de P.K. Subban des conversations à propos du Canadien ne sera pas aussi simple que Marc Bergevin le souhaite.

Vendredi, durant son point de presse sur l'arrivée d'Alexander Radulov à Montréal, le DG a vite été confronté au coup de tonnerre de mercredi. « Je souhaite la meilleure des chances à P.K. avec les Predators de Nashville, a-t-il dit. Mais aujourd'hui, nous parlons du Canadien de Montréal. »

Après le départ de Patrick Roy, en 1995, Réjean Houle, alors DG du Canadien, tenait le même discours. L'organisation, assurait-il, était passée à autre chose et regardait désormais en avant. On connaît la suite : en novembre dernier, le vingtième anniversaire de la déchirure entre le Canadien et son gardien vedette a suscité une impressionnante couverture médiatique. Personne n'avait oublié ce moment sombre dans l'histoire de l'équipe.

On verra dans quelques années si le départ de Subban suscitera encore la controverse. Il est possible que oui, car cette transaction entre dans une catégorie rare.

On connaît déjà l'« échange hockey », où les DG passent à l'action pour des motifs purement sportifs. Il y a aussi l'échange « plafond salarial », où des considérations financières guident leurs gestes.

Mais celui de Subban, comme celui de Roy à l'époque, relève de l'« échange personnalité ». Celui-ci devient inévitable lorsque les liens entre une organisation et un joueur vedette se sont dégradés.

Cela dit, le constat est ironique. Subban a été échangé parce qu'il n'emportait pas l'adhésion de ses patrons et de ses coéquipiers. Mais voilà que pour relancer son attaque, Bergevin mise sur Radulov, un homme au passé tempétueux, dont le comportement n'a pas toujours été celui d'un « bon coéquipier », cette qualité tant recherchée par Bergevin. C'est dire combien ses options étaient limitées.

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Bergevin, c'est tout à son honneur, n'a pas tenté de dorer la pilule en expliquant l'embauche de Radulov : « On prend un risque, mais on espère que la récompense sera grande. »

L'été dernier, Bergevin pensait aussi avoir réussi un bon coup en obtenant Alexander Semin. Ce fut un échec. Radulov représente à son tour un billet de loterie, mais les chances d'une combinaison gagnante sont meilleures.

Le nouveau joueur du Canadien profite d'une occasion en or de rétablir sa crédibilité dans la LNH. Familier du marché du Québec - il a joué avec les Remparts dans les rangs juniors -, il devine très bien les attentes à son endroit. Son enthousiasme à l'idée de réintégrer la LNH ne fait aucun doute. En point de presse téléphonique vendredi, il s'est exprimé avec conviction, reconnaissant ses erreurs du passé.

Si sa motivation, son sérieux et son ardeur au travail sont au rendez-vous, Radulov connaîtra du succès. La KHL n'est pas la LNH, mais le niveau de jeu y est relevé.

Le rendement de Radulov sera déterminant pour le Canadien. S'il ne comble pas les espoirs placés en lui, le manque de punch en attaque hantera de nouveau l'équipe. Dans ce cas, se qualifier pour les séries éliminatoires sera très difficile. Et les partisans ne pardonneront pas à l'organisation un deuxième printemps sans hockey, surtout après l'échange de Subban.

La prochaine saison est aussi critique à un autre titre. Bergevin doit démontrer à Carey Price que l'équipe se dirige dans la bonne direction. Le gardien vedette pourrait profiter de son autonomie le 1er juillet 2018.

Pour demeurer à Montréal, Price voudra sûrement être convaincu que le Canadien peut gagner la Coupe Stanley, son but ultime.

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L'été 2015 de Bergevin a été trop tranquille et le Canadien en a rudement payé le prix. Un an plus tard, il a manifestement tiré des leçons de cet échec. Son approche est combative.

L'acquisition d'Andrew Shaw, des Blackhawks de Chicago, est à l'évidence utile. Et la carte Alexander Radulov est bien jouée. Tout comme celle du gardien Al Montoya. La saison dernière, le Canadien a payé cher l'absence d'un vétéran pour relever Price durant sa blessure. Cette police d'assurance est bienvenue.

En se départant de Subban, sûrement le joueur le plus aimé du public depuis des années, Bergevin a cependant joué très gros. Le DG des Predators, David Poile, dit de Subban qu'il est « un défenseur moderne », notamment en raison de sa rapidité. Cet atout manquera au Canadien. Les qualités de Shea Weber feront-elles suffisamment contrepoids ? Et si c'est le cas, pour combien de temps ?

Dans notre numéro de vendredi, mon collègue Guillaume Lefrançois citait un membre d'une équipe de l'Association de l'Ouest selon qui Weber « a commencé à manquer d'essence » en séries éliminatoires, au printemps dernier.

Avec des joueurs qui ont franchi le cap de la trentaine, ce risque est bien réel. Voilà pourquoi Bergevin n'est pas emballé à l'idée d'accorder des contrats à long terme le 1er juillet, à l'ouverture du marché des joueurs autonomes. Ce n'est pas tant le salaire qui l'effraie que la durée des ententes. Dans le cas de Weber, la poire est coupée en deux. Le contrat est valide jusqu'en 2026, mais des portes de sortie existent en raison de sa structure.

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Le visage du Canadien ne sera plus le même lorsque s'ouvrira la prochaine saison. Cette équipe, plus que jamais, porte l'empreinte de Bergevin.

Non, je ne suis pas convaincu du bien-fondé de toutes ses décisions. Mais j'avoue ne l'avoir encore jamais vu si audacieux. L'avenir nous dira si ses initiatives feront taire ou non les conversations à propos de Subban.

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