À la recherche de stabilité

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Les amateurs de course étaient encore nombreux cette année au circuit Gilles-Villeneuve.

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Ce genre de course devrait réjouir tout promoteur : départ enlevant, foule enthousiaste et météo moins capricieuse que prévu. Mais François Dumontier, le patron du Grand Prix du Canada, n'était sans doute pas submergé de bonheur en quittant l'île Notre-Dame, dimanche. Pour lui, les derniers jours ont été difficiles.

En juin 2014, l'avenir de la Formule 1 à Montréal s'annonçait pourtant prometteur. Après une lancinante négociation entre les pouvoirs publics et Bernie Ecclestone, la signature d'un accord de 10 ans allait enfin permettre à Dumontier de lancer son ambitieux plan de développement.

Premier objectif : dénicher un commanditaire principal qui, en retour d'un paiement annuel de plusieurs millions, donnerait son nom au Grand Prix du Canada. Ensuite, convaincre une firme spécialisée dans le sport-spectacle de s'associer à sa propre société afin de donner une nouvelle impulsion à l'événement.

Car si Dumontier est un as de l'organisation - les pilotes et le public en témoignent -, son entreprise demeure une PME. En termes de marketing, de ressources financières et humaines, il sait depuis longtemps que l'appui d'un plus gros acteur est essentiel pour progresser.

Ce n'est pas tout : Dumontier espérait que les nouveaux paddocks du circuit Gilles-Villeneuve seraient terminés dès 2017, mettant fin à l'ère des installations temporaires.

De plus, une véritable étude de retombées économiques clouerait le bec aux sceptiques doutant que le Grand Prix mérite ce colossal apport de fonds publics, 220 millions en 10 ans.

Enfin, avec un peu de chance, Lance Stroll deviendrait dès 2017 ou 2018 le pilote québécois tant attendu depuis le départ de Jacques Villeneuve.

Aujourd'hui, sauf pour la belle progression de Stroll, ce plan connaît des ratés. Voyons un peu...

1 - COMMANDITAIRE PRINCIPAL

Dumontier espérait conclure les négociations avec cet oiseau rare dès le début de 2016. Mais l'affaire n'a pas encore débloqué.

Et malheureusement pour lui, toute entreprise intéressée sera sûrement échaudée par les propos d'Ecclestone jeudi dernier, quand il a émis un doute sur l'avenir du Grand Prix du Canada. Tant que cette incertitude ne sera pas levée, qui s'associera à l'événement ? Le grand manitou de la Formule 1 a vraiment l'art d'aider ses propres partenaires !

Dumontier a besoin de l'appui d'un commanditaire. Les gouvernements fédéral, provincial et municipal ainsi que Tourisme Montréal ne sont en effet pas les seuls à payer Ecclestone pour obtenir les droits de présentation du Grand Prix. Le promoteur allonge aussi une somme d'environ 5 millions par année.

2 - PARTENAIRE D'AFFAIRES

Au fil du temps, Dumontier a pressenti sans succès des candidats potentiels. Puis, en avril dernier, mon collègue Vincent Brousseau-Pouliot nous apprenait qu'Ecclestone était encore plus pressé d'agir, s'étant lui-même lancé à la recherche d'un nouveau partenaire.

Le modèle d'affaires du Grand Prix a cependant découragé ceux qui ont tendu l'oreille, comme Gilbert Rozon, du Groupe Juste pour rire. Son jugement lapidaire (« Il ne reste aucun oxygène pour le promoteur local ») n'est sûrement pas de nature à encourager d'autres gens d'affaires à foncer dans l'aventure.

3 - LES NOUVEAUX PADDOCKS

Le fait que la construction des paddocks soit repoussée irrite Ecclestone. « Ça compromet le contrat », a-t-il dit jeudi dernier.

Dimanche, le maire Coderre a laissé planer la possibilité qu'ils ne soient toujours pas disponibles en 2018. Si c'est le cas, le risque financier sera important.

Pourquoi ? Parce que la facture atteindra 32,6 millions. Or, le contrat avec la Formule 1 prendra fin en 2024. C'est donc dire que ces nouveaux paddocks seraient en place pour à peine six Grands Prix avant la rude échéance de la renégociation. Cela signifie un investissement annuel de 5,4 millions pour une utilisation d'environ deux semaines.

Ce retard fournira aussi un formidable rapport de forces aux dirigeants de la Formule 1 au moment de renouveler l'entente. On les entend déjà nous prévenir que ce serait terrible de perdre la course après avoir tant investi dans l'immobilier pour si peu de temps...

4 - LES RETOMBÉES ÉCONOMIQUES

Non, les retombées ne sont pas de 89 millions comme des estimations de coin de table, malheureusement transformées en vérité absolue, l'ont longtemps laissé entendre. Une récente étude les évalue plutôt à 42,4 millions.

Le Grand Prix fait rayonner Montréal. Mais son impact économique n'est pas celui espéré.

5 - UN PILOTE QUÉBÉCOIS

Lance Stroll peut-il redonner une étincelle au Grand Prix du Canada ? Le Québécois de 17 ans est doué, comme ses performances au Championnat d'Europe de Formule 3 le démontrent. Il est sympathique, éloquent et bilingue, parlant français avec sa mère, d'origine belge.

Si Stroll obtient un volant en Formule 1, l'intérêt envers le Grand Prix du Canada augmentera beaucoup à Montréal. Cela donnerait un solide coup de pouce à Dumontier.

La semaine dernière, Stroll a rencontré les journalistes dans un hôtel du Vieux-Montréal. Quand je lui ai demandé s'il était conscient des attentes placées en lui, sa réponse est tombée sans hésitation. « Oui, et moi aussi, je suis très excité ! Je veux être le prochain Canadien en Formule 1. C'est une motivation pour moi. »

Partisan du Canadien au hockey et des Giants de New York dans la NFL, Stroll est aussi amateur de tennis. Il joue régulièrement et suit la carrière de Milos Raonic. « En course automobile, on est seul sur la piste, comme les joueurs de tennis sont seuls sur le terrain », explique-t-il.

***

Le feuilleton du Grand Prix du Canada, avec ses incertitudes et ses rebondissements, se poursuit. Deux ans après l'accord maintenant la course à Montréal, Dumontier demeure à la recherche de stabilité.

L'incapacité à relever ce défi explique la fatigue ressentie par beaucoup de Montréalais à propos de cet événement.

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