L'effondrement

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À la suite de cet autre revers contre les Sabres de Buffalo hier soir, la formation montréalaise affiche un dossier de 24-24-4 pour un total de 52 points en 52 matchs. Le CH a ainsi glissé au 13e rang de l'Association de l'Est.

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En voyant le Canadien s'affaisser en troisième période contre les médiocres Sabres de Buffalo, une déclaration de Geoff Molson, en janvier dernier, m'est revenue en mémoire. «On va s'en sortir», avait-il assuré, alors que l'équipe était déjà en pleine dégringolade.

La confiance du président du Canadien tranchait avec la morosité ambiante. Il croyait son groupe capable de renverser la vapeur. Je lui avais alors demandé s'il existait un point où la situation deviendrait inquiétante. «On n'est pas rendus là», avait-il rétorqué.

Depuis ce temps, le Canadien a remporté une victoire en neuf matchs. La défaite d'hier est particulièrement pitoyable. À n'en pas douter, le Canadien est rendu «là», et plus loin encore... Pour Geoff Molson, qui avait foi en son équipe, la déception est sûrement amère.

Comme gestionnaire, il doit mesurer avec consternation la perte potentielle de revenus causée par cette dégringolade au classement. On parle ici de millions et de millions de dollars. À moins d'un improbable retournement de situation, toutes ces dates réservées pour les matchs des séries éliminatoires au Centre Bell ne rapporteront rien. Les portes du vaste amphithéâtre demeureront fermées.

Mais connaissant l'amour du hockey et le désir profond de Geoff Molson de rapporter la Coupe Stanley à Montréal, je suis sûr que son coeur de fan est encore plus écorché. Et dire que tout allait si bien, en novembre dernier, lorsqu'il a prolongé le contrat de Marc Bergevin jusqu'en 2022, une marque de confiance absolue.

***

Bizarrement, le Canadien joue son hockey le moins inspiré depuis la fameuse sortie du DG le 21 janvier dernier, jour où il a pris sur ses épaules les insuccès de l'équipe tout en s'estimant sans reproche.

C'est aussi à cette occasion que Bergevin a accordé un vote de confiance inconditionnel à Michel Therrien. L'équipe a remporté une courte victoire à Toronto deux jours plus tard, mais elle a ensuite disputé quatre matchs sans émotion. Celui d'hier constitue le point culminant de cette séquence noire.

Les joueurs ont-ils abandonné Therrien? Chose certaine, sur la glace, ils ne se défoncent pas pour leur coach. Il ne faut pas se conter d'histoires avec les chances de marquer ou les simples ennuis d'«exécution». Dans le gouffre où il est plongé, le Canadien doit disputer chaque rencontre avec l'énergie du désespoir. Ce n'est pas le cas.

Bergevin ne peut évidemment plus congédier Therrien, à moins d'être prêt à abandonner une bonne dose de crédibilité dans l'opération. Il s'est peinturé dans le coin, il y a deux semaines, et doit vivre avec sa promesse, même si l'équipe s'enlise chaque jour davantage.

À court terme, cela assure au coach une certaine tranquillité d'esprit, même si on devine qu'il bout à l'intérieur de lui-même. Notre homme est un passionné qui a le coeur à la bonne place. Je me souviens de sa déclaration le jour où il a obtenu le poste: «Je veux que Marc soit fier de sa nomination. Je veux prouver qu'il a fait le bon choix.»

Mais à plus long terme, l'incapacité de Therrien à relancer le Canadien, à trouver des solutions aux ennuis de l'équipe et à inspirer ses joueurs lui collera à la peau. Ce n'est pas la carte de visite idéale pour un homme souhaitant diriger encore longtemps une équipe de la LNH.

Et soyons clairs: même si Therrien n'est pas le premier responsable de cette descente aux enfers, les chances qu'il en sorte indemne sont minuscules. Dans le sport professionnel, quelqu'un finit toujours par écoper, lorsqu'une saison ne correspond pas aux attentes. Et ce quelqu'un est habituellement le coach.

***

Après le revers, Therrien a révélé l'état d'esprit dans lequel se trouvent maintenant les dirigeants du Canadien: «On est très conscients que ça va être très difficile de faire les séries.»

C'est l'évidence même, direz-vous. Sans doute. Mais lorsqu'une personne en autorité l'admet publiquement, cela constitue un moment-clé de la saison. On lance ainsi un message aux fans: modérez vos espoirs, les miracles n'existent pas dans cette ligue.

Ce constat, même s'il ne vient pas de Bergevin, est important puisqu'il ajoute à l'impression que le Canadien sera vendeur lors du derby des transactions à la fin du mois. Si c'est bel et bien le cas, le DG peut déjà élaborer son plan.

Il est clair que Bergevin ne s'attendait pas à une saison pareille. La blessure de Carey Price a bousculé tous les plans. Mais souhaitons qu'il pousse plus loin son analyse. Car même avec un Price en pleine forme, on a vu les limites offensives de l'équipe lors des séries du printemps dernier contre le Lightning de Tampa Bay. Ces carences n'ont pourtant pas été comblées au cours des mois suivants. Cela aussi explique la chute du Canadien.

Bergevin devra ajuster son plan et montrer de l'audace au cours des prochaines semaines. En sera-t-il capable? Il en a le potentiel.

Mais pour réussir, il devra se livrer à une lecture sans compromis de la situation. Un exercice pareil n'est pas toujours facile à réaliser pour un gestionnaire de haut niveau. Car il suppose une remise en question de ses propres stratégies.

Quant à Price, les images diffusées hier, où on le voit éprouver des ennuis à patiner librement durant un entraînement à Brossard, ne sont pas rassurantes. Le Canadien assure que son état ne s'est pas aggravé, mais avouons que ça n'augure pas très bien. Et compte tenu des défaites qui s'accumulent, il faut maintenant espérer une seule chose : qu'il soit pleinement remis à l'ouverture du prochain camp d'entraînement.

Pour Price, la situation doit être terriblement frustrante. C'est une saison gaspillée au moment où il est à son apogée.

***

Nous sommes à peine le 4 février et la saison du Canadien s'annonce déjà comme la plus décevante depuis la dernière saison de Pierre Gauthier à la barre. L'équipe s'est effondrée et les rêves de Coupe Stanley se sont évanouis.

Qui aurait cru ça en septembre dernier? Sûrement pas Geoff Molson.

Le roi de la LNH

Si Gary Bettman se rend au bout de son nouveau contrat de sept ans, il aura dirigé la LNH durant près de 30 ans. Dans l'absolu, c'est énorme. Après tout, combien d'entreprises non familiales conservent-elles aussi longtemps leur président et chef de la direction?

Des mandats pareils ne détonnent cependant pas dans le sport-spectacle. Clarence Campbell (LNH), Pete Rozelle (NFL), Juan Antonio Samaranch (CIO), Bud Selig (baseball majeur), David Stern (NBA) et Bernie Ecclestone (Formule 1) ont tous franchi la barre des 20 années de service. Les résultats ne furent pas heureux dans tous les cas, bien sûr!

Le successeur potentiel de Bettman est son adjoint Bill Daly. Mais pourquoi les propriétaires d'équipe souhaiteraient-ils un changement? Malgré ses défauts, le commissaire conserve son enthousiasme. Sous sa gouverne, quoi qu'on en dise, la ligue est dynamique.

Ainsi, Bettman a lancé deux initiatives majeures au cours des derniers mois: un appel de candidatures en vue d'une expansion et la création de la Coupe du monde de hockey. La LNH, qui prépare une célébration pour son centième anniversaire l'an prochain, multiplie les initiatives numériques - elle a relancé son site web cette semaine - et améliore ses contrats de télévision. Ce n'est pas tout: la paix sociale est assurée au moins jusqu'à la fin de la saison 2019-2020.

Les prochaines années contribueront à définir l'héritage de Bettman dans l'histoire de la LNH.

Ainsi, s'il s'oppose au retour des Nordiques, il sera de nouveau soupçonné de regarder de haut le Canada. Il doit aussi composer avec deux enjeux délicats liés aux commotions cérébrales: le renforcement du protocole actuel et le recours juridique des anciens joueurs. Sur le plan sportif, la ligue doit trouver des solutions pour dynamiser le jeu offensif.

Toute l'industrie sera également aux aguets lorsque l'actuelle convention collective prendra fin, en 2020 ou 2022, selon la tournure des événements. Un quatrième lock-out démontrerait son incapacité à bâtir une véritable relation de confiance avec l'Association des joueurs.

Mais nous n'en sommes pas là. Bettman, dont l'influence (pour le meilleur et pour le pire) n'a jamais été aussi forte, amorce un nouveau mandat, qui ne sera peut-être pas son dernier. Le roi de la LNH aura 70 ans à son expiration. Bud Selig dirigeait encore le baseball majeur à 80 ans...

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