La magie Mauro Biello

Mauro Biello ne devrait pas rester l'entraîneur par... (Photo Ryan Remiorz, archives PC)

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Mauro Biello ne devrait pas rester l'entraîneur par intérim encore très lontemps, selon notre chroniqueur.

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Richard Legendre, le vice-président de l'Impact, est debout dans une salle de conférence du stade Saputo. Nous sommes le 30 août dernier et, quelques heures plus tôt, l'équipe a congédié l'entraîneur Frank Klopas. Les rênes de l'équipe sont confiées «par intérim» à Mauro Biello, un gars de la place.

Dans l'esprit de Legendre, aucun doute là-dessus: le nouveau coach est capable d'abattre la besogne, même si l'étiquette d'éternel adjoint lui colle à la peau.

«J'ai déjà vécu ça en tennis», rappelle Legendre, ancien organisateur des Internationaux du Canada. «On pense que le coaching est meilleur à l'étranger. Et puis Louis Cayer est arrivé et a montré sa compétence. Martin Laurendeau et Sylvain Bruneau l'ont suivi...»

En évoquant les noms de ces trois excellents entraîneurs de tennis, Legendre lance un message clair: ce n'est pas seulement au hockey qu'on peut faire confiance aux entraîneurs québécois! Au fil des années, des gens d'ici ont acquis des compétences exceptionnelles dans plusieurs autres sports.

À n'en pas douter, Biello est de ceux-là. Oui, la renaissance de l'Impact au cours des trois derniers mois s'explique d'abord par l'arrivée de Didier Drogba. Mais le nouveau pilote a aussi métamorphosé le club. Pas besoin d'être docteur en soccer pour réaliser à quel point l'Impact est mieux organisé depuis son arrivée aux commandes. Le manque d'imagination de l'entraîneur précédent n'est plus qu'un mauvais souvenir.

Il fallait voir Biello, dimanche, après la belle de victoire de l'Impact. Assis à la tribune, il répondait aux questions d'une voix assurée, avec des propos articulés. La cravate bien nouée sous son chandail, il dégageait une impression de force tranquille. On le sentait en parfaite maîtrise de son environnement.

«Dis-moi, Mauro, le jour de ta nomination, croyais-tu te retrouver aujourd'hui dans cette position? L'Impact est toujours en séries et détient l'avantage dans cette série demi-finale d'Association...»

Après un match, les entraîneurs répondent habituellement très courtement à ce type de question. Pas par mauvaise volonté, mais simplement parce que leur esprit demeure habité par l'affrontement venant de prendre fin. Mais Biello, à ma surprise, a élaboré sur le sujet avec entrain.

«En prenant le poste, j'ai essayé de ne pas penser trop loin, a-t-il dit. Je savais que ça serait très difficile et ce fut le cas! Nous avons joué des matchs durs à l'étranger, on avait des joueurs suspendus et d'autres rappelés par leur équipe nationale.

«Alors je suis extrêmement content qu'on soit rendus si loin et qu'on continue de grandir comme équipe. Le caractère dont on a fait preuve ce soir, la manière dont on a remonté le score contre une bonne équipe, ça m'a démontré beaucoup. Je suis très satisfait de la mentalité du club, de son désir de gagner.»

***

Les deux buts de l'Impact dimanche démontrent la «magie Biello».

Le premier a été réussi par Patrice Bernier. Ce joueur-là n'était pas assez bon pour évoluer dans l'équipe de Frank Klopas, qui l'a marginalisé de toutes les manières possibles, au point de toucher son moral d'acier. Depuis que Biello est en poste, Bernier joue du soccer exceptionnel. En MLS, l'Impact n'a jamais disputé des matchs plus importants que ses deux derniers. Et Bernier a saisi l'occasion pour en mettre plein la vue. Son but de la tête, à la 37e minute, était de toute beauté.

Plus encore: cette réussite a permis à l'Impact de créer l'égalité 1-1, ce qui a insufflé une solide dose de dynamisme au groupe. Car il ne faut pas se leurrer: le bleu-blanc-noir semblait fatigué en début de rencontre. On a senti que le calendrier très chargé des huit derniers jours commençait à peser.

À la 73e minute, le pointage toujours égal, Biello a rappelé Bernier au banc. Celui-ci a reçu une belle ovation de la foule. Johan Venegas est venu le remplacer. Quatre minutes plus tard, après un effort individuel remarquable, il a inscrit le but vainqueur. Oui, le coach a du flair!

Venegas, on le sait, déçoit un peu depuis son arrivée à Montréal. On croyait qu'il ferait une plus grande différence dans l'équipe. Mais Biello a vite placé les choses en perspective.

«Les joueurs venant d'un autre pays ont besoin de temps pour s'adapter. J'ai toujours dit une chose: tout le monde est important dans l'équipe. Et quand vous êtes appelé, vous devez être prêt.»

Plus tard, commentant de nouveau la performance de Venegas, Biello a dit ces mots si significatifs: «Je crois en lui.»

Un entraîneur qui croit en vous, n'est-ce pas ce que tout joueur souhaite? Non, il ne faut pas s'étonner des succès de l'Impact. Ils ont de bons joueurs. Et un bon entraîneur.

***

Pour l'Impact, le plus rassurant est d'avoir gagné sans que Didier Drogba ne dispute un match remarquable. Le numéro 11 a été en partie responsable du seul but du Crew. Et il n'a pas été aussi menaçant qu'à l'habitude en territoire adverse, même si une décision douteuse de l'arbitre l'a privé d'un but en première demie.

L'Impact a vraiment raffiné son jeu collectif au cours des dernières semaines. Laurent Ciman est toujours aussi efficace, tout en évitant les cartons. Là aussi, on sent l'influence de Biello. Il lui a sûrement rappelé qu'il n'aidait pas l'équipe en commettant trop de fautes.

Officiellement, Biello demeure entraîneur «par intérim» de l'Impact. Ces deux mots ne demeureront pas longtemps sous son nom. L'Impact s'est trouvé un coach de premier plan, proche de ses joueurs et des amateurs. Et dire qu'il était là depuis si longtemps, attendant patiemment sa chance.

Au Stade olympique?

L'assistance au match de dimanche? 17 655 amateurs, environ 400 de moins que jeudi dernier contre le Toronto FC.

Il s'agit évidemment d'une déception. L'Impact rêvait de disputer ces deux affrontements éliminatoires au stade Saputo à guichets fermés. L'organisation est la première responsable de ses malheurs, sa base d'abonnés saisonniers étant faible. Et comme ces matchs ne sont pas inclus dans le forfait annuel, la côte à remonter est abrupte.

Cela dit, reconnaissons que le calendrier des séries a placé l'équipe devant un rude défi. Pour chacune de ces rencontres, 16 600 billets étaient disponibles. Le délai pour les écouler n'a été que de quatre jours pour le premier et de trois jours pour le second.

Lors de son passage à Montréal la semaine dernière, le commissaire Don Garber a d'ailleurs reconnu que son circuit demeurait en phase de développement. Et qu'il restait du travail à faire pour établir un modèle solide et permanent.

«On écrit notre livre au fur et à mesure, a-t-il dit. C'est un nouveau chapitre à chaque année et on est encore très loin de la fin. Ce serait mieux d'avoir plus que trois jours pour vendre des billets pour un match éliminatoire. Et ce serait mieux de ne pas avoir une pause de près de deux semaines entre deux rondes à cause du calendrier de la FIFA. Mais c'est comme ça et on fait avec.»

En raison des matchs internationaux, aucun affrontement n'aura lieu le dimanche 15 novembre. Les gagnants des deux demi-finales d'association auront donc un repos de 14 jours avant de disputer les matchs aller-retour de la ronde suivante, les 22 et 29 novembre.

Si l'Impact se qualifie, on voit mal comment la rencontre à Montréal pourrait avoir lieu au stade Saputo. Aucune décision n'est encore prise, mais Richard Legendre rappelait vendredi qu'il faudra procéder à son hivernisation avant l'arrivée des grands froids. Il est donc possible que l'Impact s'installe au Stade olympique, ce qui ne plairait sans doute pas à Didier Drogba.

Les vedettes internationales détestent évoluer sur des terrains synthétiques. La surface trop dure augmente le risque de blessure. En revanche, comme tous ses coéquipiers, il apprécierait sûrement l'appui d'une foule de 50 000 personnes.

Mais il reste un gros match à disputer dimanche prochain à Columbus avant d'en arriver là.

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