Ambiance électrique pour Monfils

Le Français Gaël Monfils a puisé de l'énergie... (Photo Dominique Faget, AFP)

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Le Français Gaël Monfils a puisé de l'énergie dans les encouragements de la foule, hier, pour remonter et battre en cinq sets son adversaire argentin Diego Schwartzman.

Photo Dominique Faget, AFP

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(Paris) À Roland-Garros, on surnomme le mercredi «la journée des enfants». Ce jour-là, ils terminent l'école à midi et quelques chanceux en profitent pour assister au tournoi. Cela provoque une ambiance électrique durant les matchs.

Ce fut le cas hier sur le court Philippe-Chatrier, le plus prestigieux du complexe. Malgré ses 15 000 sièges, le stade conserve une atmosphère intimiste, comme si les spectateurs étaient collés sur l'action.

Au milieu de l'après-midi, Diego Schwartzman et Gaël Monfils ont mis les pieds sur le court. Le premier est un Argentin de 22 ans, 62e joueur mondial, petit mais alerte et combatif. Le deuxième, bien sûr, est une authentique star sportive française.

Grand, spectaculaire et charismatique, Monfils est apprécié de ses compatriotes, mais encore plus par ceux de 16 à 24 ans (82%, c'est énorme!), selon une donnée publiée dans L'Équipe. Sa notoriété et son style lui valent de nombreux contrats commerciaux: équipement de tennis, producteur de lait, horlogerie, eau de coco (!), assurances...

Quatorzième au classement de l'ATP, Monfils aurait dû expédier Schwartzman sans peine. Ce scénario facile ne s'est pas produit. L'Argentin a pris les devant 2 sets à 1, plaçant ainsi son rival sur la sellette.

«Le mec me bloquait côté revers, c'était pénible, a plus tard raconté Monfils. Mais je l'avais vu dans un match contre Roger Federer à Istanbul. Il avait perdu, mais je m'étais dit: "Putain, il joue bien Schwartzman..."»

Un moment-clé est alors survenu. Un moment fantastique car il a montré comment une foule dynamique peut porter un joueur.

Voyez un peu: c'était deux jeux partout dans cette quatrième manche-clé lorsque Schwartzman a profité d'une balle de bris. Tout le monde a compris la signification du prochain point: si l'Argentin la concrétisait, Monfils se retrouverait vraiment en difficulté.

Les spectateurs ont alors décidé d'aider leur favori. Déjà très enthousiastes depuis le début du match - le pauvre arbitre a dû répéter cent fois «S'il vous plaît» dans l'espoir qu'ils cessent de crier ou de faire la vague -, ils ont augmenté le ton d'un autre cran.

À pleins poumons, entraînés par cette multitude de jeunes, la foule a scandé «Ga-ël» en tapant trois fois dans les mains. C'était vraiment spectaculaire, et l'infortuné Schwartzman a dû sentir qu'il n'aurait pas la partie facile. Monfils a alors servi une bombe de 203 kilomètres à l'heure pour créer l'égalité. Cet as a été accueilli par une clameur assourdissante.

Schwartzman, pugnace, n'a pas baissé les bras. Il a repris l'avantage, mais Monfils est de nouveau revenu en force. Après avoir gagné le jeu, le Français de 28 ans a crié un puissant «Allez!!!» qui a résonné dans le stade. Le party était pris, et l'Argentin a compris une chose: il ne comptait pas parmi les invités.

Cette fois, Schwarztman a accusé le coup. Il a amorcé le jeu suivant sur une double faute, présage de la suite des choses. Monfils a remporté les trois derniers jeux pour égaler le match à deux sets. Et il a enlevé le cinquième sans ennui, 6-3.

Interviewé sur le terrain après le match, le vainqueur a remercié les fans, leur retournant ainsi la politesse. Après avoir reconnu que Schwartzman lui avait fourni une opposition inattendue, Monfils a lancé: «Heureusement que j'étais à Paris.»

En effet.

***

Après le match, j'ai demandé à Monfils si l'enthousiasme de la foule était si déterminant. Après tout, il n'est plus un débutant sur le circuit. On pourrait croire que le passage des années et ces voyages aux quatre coins du monde rendent les meilleurs joueurs du monde hermétiques à ces influences externes.

Même s'ils sont applaudis partout, ils ne reviennent pas jouer à la maison à tous les deux matchs comme dans les sports d«équipe. Voilà pourquoi ils doivent se forger une carapace afin de durer au plus haut niveau.

- Vous carburez vraiment à l'énergie de la foule?

- Oui, j'aime bien. En plus, de temps en temps, les enfants ont un petit peu agacé mon adversaire. Moi, je suis partisan de jouer le tennis dans le bruit, ce serait bien. Ce n'est pas plus difficile de servir que de lancer un ballon en NBA avec des gens qui font des signes. Et je trouverais ça encore plus marrant, parce qu'il y a des mecs qui ont des rituels. Cela pèterait un peu les trucs. Plus il y a de bruit, plus ça me donne de l'énergie.

Monfils a ajouté qu'il préférait disputer son match de premier tour à Roland-Garros le lundi. Pourquoi? Parce que celui de deuxième tour a alors lieu le mercredi, la journée des enfants. Et qu'il raffole de l'ambiance. «Sur le jeu-clé du match au quatrième set, la foule m'a donné des ailes...»

Un bien bel après-midi sous le soleil parisien, si vous voulez mon avis.

Bouchard en double mixte

Eugenie Bouchard est toujours à Paris. Elle participe au tournoi double mixte en compagnie du vétéran biélorusse Max Mirnyi. Leur premier match aura lieu aujourd'hui.

Dans les médias français hier, ses ennuis des derniers mois ont été évoqués, mais l'accent a évidemment été mis sur la victoire de son adversaire française Kristina Mladenovic.

Bouchard n'est pas la seule membre du top 10 à avoir subi une défaite rapide. La Roumaine Simona Halep, finaliste de l'an dernier, a été battue au deuxième tour par la Croate Mirjana Lucic-Baroni, une joueuse d'expérience.

La nouvelle de l'année

Le réveil a été brutal, selon le New York Times. Peu après 6h hier, dans un prestigieux hôtel de Zurich, on a cogné à la porte de plusieurs hauts gradés de la Fédération internationale de football (FIFA).

Les princes réunis en conclave croyaient peut-être que la direction leur livrait le petit-déjeuner ou, pourquoi pas, un bouquet de roses pour agrémenter leur suite. C'étaient plutôt des policiers en civil venus les arrêter pour une série de fraudes alléguées.

Le président de la FIFA, Sepp Blatter, candidat à sa propre succession à l'élection de demain, n'a pas été interpellé. Mais il est sûrement inquiet. Si certains des prévenus se mettent à table, que diront-ils à son sujet?

Le processus d'attribution des Coupes du Monde de 2018 (Russie) et 2022 (Qatar) a été entaché d'irrégularités. Mais la FIFA a refusé de rendre public le rapport qu'elle avait commandé à l'avocat américain Michael Garcia, se contentant de dévoiler un sommaire répondant à ses propres intérêts.

La justice américaine, qui a mené une enquête parallèle, a aussi fouillé de nombreux autres dossiers liés aux activités de commercialisation de la FIFA, notamment l'attribution des droits de télé de plusieurs compétitions.

La FIFA est responsable de ses propres malheurs. Un organisme qui brasse autant d'argent et qui n'est pas soumis à une reddition de comptes indépendante ou à un contre-pouvoir pouvant consulter des documents officiels a des grandes chances de développer une culture malsaine. Tout l'environnement invite aux dérapages.

Des dizaines de sonnettes d'alarme ont été agitées devant la FIFA au cours des dernières années. Mais face au pouvoir absolu de Blatter, personne n'a été en mesure d'agir. Jusqu'à hier matin.

En droit sportif, les États-Unis s'imposent comme un gendarme de premier plan. Rappelez-vous: en cyclisme, l'enquête de l'Agence antidopage américaine (USADA) a levé le voile sur les agissements de Lance Armstrong et de plusieurs autres coureurs. Les révélations de Travis Tygart, le patron de la USADA, ont eu l'effet d'un coup de tonnerre.

La première moitié de l'année 2015 n'est pas complétée. Mais je doute qu'en sport, une nouvelle plus importante que celle d'hier survienne d'ici le 31 décembre. Ce qui s'est produit hier à Zurich est énorme.

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