Les risques de l'expansion

Le commissaire de la LNH Gary Bettman (à... (Photo Wilfredo Lee, archives AP)

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Le commissaire de la LNH Gary Bettman (à droite) discutait avec son adjoint Bill Daly avant une conférence de presse, hier, à la réunion des propriétaires.

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(Boca Raton) Si Las Vegas obtient une concession de la LNH avant Québec, ce sera un croc-en-jambe pour la capitale nationale. Et ce scénario est malheureusement possible.

La candidature de Las Vegas a pris son envol à la réunion des gouverneurs du circuit, qui s'est terminée hier. En autorisant une campagne de vente d'abonnements saisonniers pour tester la viabilité de ce marché, Gary Bettman lance les dés. La ligue sera étroitement associée à l'opération, dont les paramètres seront discutés la semaine prochaine à New York.

En clair, la LNH ne veut pas d'une simple manifestation d'intérêt des amateurs. Des dollars devront être déposés pour donner une véritable valeur à l'opération. Comme l'affirme le commissaire adjoint Bill Daly, l'argent est «un signe de force» dans une affaire semblable.

L'initiative indique à quel point la LNH souhaite être le premier circuit majeur à s'implanter à Las Vegas. Elle prendrait ainsi une longueur d'avance sur les autres ligues, comme l'Association nationale de basketball (NBA), qui sera peut-être tentée par les attraits de Sin City. L'amphithéâtre en construction, financé par deux géants du secteur du divertissement (le groupe Anschutz et MGM Resorts), s'annonce magnifique.

Historiquement, les ligues majeures ont évité Las Vegas, notamment parce que le pari sportif est légal au Nevada. Mais la LNH semble déjà rationaliser cette problématique. Gary Bettman, qui a manifestement étudié le dossier, explique que les gageures sur les matchs de la LNH représentent à peine 1% des sommes misées, ce qui n'a aucune commune mesure avec l'action générée par les matchs de football et de basketball, professionnels et collégiaux.

Même confiance face à l'augmentation du nombre d'équipes. En ajoutant deux concessions, la LNH alignerait 32 clubs, soit autant que la NFL, dont les revenus sont deux fois et demie plus élevés. Mais Bill Daly rappelle que sept formations de la LNH sont canadiennes. Résultat, le circuit compte moins de marchés américains que les autres sports.

Bref, la LNH a réponse à tout. Reste à savoir si les gens de Las Vegas se montreront enthousiastes. Rien n'est moins sûr et Gary Bettman ratera peut-être son black-jack.

***

Les partisans du retour des Nordiques souhaitent une expansion. Même si Québec n'est pas choisie, l'attribution d'équipes à Las Vegas, et peut-être Seattle, ferait de la capitale la destination logique pour une concession en difficulté.

L'expansion comporte néanmoins des risques. Bien sûr, les quelque 500 millions qui seraient exigés pour une nouvelle équipe représentent un attrait de taille pour les propriétaires, qui n'auraient pas à partager cette somme avec les joueurs.

En revanche, plusieurs revenus, dont ceux des droits de télé, seraient divisés en 32 parts plutôt que 30. Et il n'est pas assuré que les nouvelles formations, surtout si elles étaient établies dans le sud des États-Unis, seraient profitables.

Alors pourquoi ajouter des équipes devant éventuellement être subventionnées par les organisations les plus riches pour boucler leur budget? Des formations comme le Canadien, les Maple Leafs et les Rangers n'ont certainement aucun avantage à voir le nombre de canards boiteux augmenter.

Sur le plan sportif, la dilution du produit constitue une inquiétude. Plusieurs équipes alignent déjà des joueurs au talent insuffisant. L'expansion aurait un impact négatif sur la qualité du spectacle.

Un autre facteur n'est pas à négliger: la santé fragile d'équipes existantes, comme les Panthers de la Floride et les Coyotes de l'Arizona. Des années après leur naissance, elles cherchent toujours à s'enraciner dans leur communauté. La situation est particulièrement troublante en Floride où les Panthers, qui ont cessé de solder des milliers de billets, jouent devant des foules qui font mal paraître la LNH.

Mais cette implacable réalité ne sape pas le moral de Gary Bettman, qui a répété hier sa foi en Vincent Viola, l'actionnaire majoritaire de l'équipe.

«Vinnie Viola est engagé envers la Floride du Sud», a dit le commissaire, ajoutant d'un ton ferme que les Panthers ne sont pas candidats à une relocalisation.

Bettman croit que le modèle d'affaires de Viola portera éventuellement ses fruits. D'autant plus qu'il possède les ressources financières pour tenir le coup.

Cela dit, le commissaire garde une porte ouverte: «Si nous avons toujours cette conversation dans deux ou trois ans, ce sera peut-être différent. Mais je ne crois pas que ce sera le cas. Je pense que le marché appuiera les Panthers.»

Compte tenu des difficultés de plusieurs équipes professionnelles à attirer de bonnes foules en Floride, comme les Marlins de Miami et les Rays de Tampa au baseball, l'opinion de Bettman semble basée sur des espoirs plus que sur des faits. Les ennuis des Panthers représentent actuellement la meilleure piste pour le retour des Nordiques. Car une éventuelle expansion n'aura sans doute pas lieu dans l'association de l'Est.

***

Dans son désir d'augmenter ses revenus, qui devraient atteindre le cap symbolique des 4 milliards cette saison, la LNH veut organiser une Coupe du monde de hockey en septembre 2016. Mais le projet, qui nécessite la collaboration de l'Association des joueurs, n'est pas mûr.

Pour l'instant, la rumeur veut que tous les matchs soient présentés à Toronto. Quant à la participation des joueurs de la LNH aux Jeux olympiques de 2018, elle demeure en suspens.

Il serait dommage que la LNH limite sa stratégie internationale à la Coupe du monde et fasse l'impasse sur les Jeux olympiques. Un tournoi disputé à l'automne n'aura jamais le prestige d'un rendez-vous olympique au milieu de la saison, lorsque les joueurs ont retrouvé leur rythme.

Et sans la passion des Canadiens pour le hockey, cette Coupe du monde ne verrait jamais le jour. Les droits de télé au pays seront l'élément clé du modèle de revenus. Cela ne diminue en rien le rêve américain de la LNH, comme en fait foi son flirt avec Las Vegas.

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