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«L'Impact, c'est mon bébé»

Joey Saputo, Joe Tacopina (à droite) et trois... (Photo Gianfilippo Oggioni, archives AFP)

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Joey Saputo, Joe Tacopina (à droite) et trois autres actionnaires américains ont mis la main sur le FC Bologne, une équipe susceptible de retourner au plus haut niveau du soccer italien.

Photo Gianfilippo Oggioni, archives AFP

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En apprenant que Joey Saputo devenait actionnaire du FC Bologne, j'ai éprouvé des inquiétudes à propos de l'avenir de l'Impact, une organisation déjà fragilisée par une très mauvaise saison 2014, autant sur le terrain que dans les gradins.

Se pourrait-il qu'à moyen terme, l'Impact devienne plus ou moins une équipe de développement pour sa cousine italienne? Qu'un joueur comme Ignacio Piatti, seule véritable vedette du club, soit «prêté» au FC Bologne? Et que l'emballant projet de gérer une organisation dans un pays fou de soccer, l'Italie, détourne peu à peu Joey Saputo de l'Impact?

Le propriétaire et président du bleu-blanc-noir a ses défauts, comme nous tous. Son impulsivité ne le sert pas toujours bien. Mais avouons que c'est lui qui tient à bout de bras le soccer professionnel à Montréal. C'est lui qui autorise les investissements pour obtenir des joueurs de premier plan comme Di Vaio et Piatti. C'est lui qui pompe des millions dans le développement d'un complexe d'entraînement dans l'est de Montréal.

S'il fallait que le FC Bologne devienne son équipe chouchou, ce ne serait certainement pas une bonne nouvelle pour l'Impact. Car même si la gestion du club montréalais ne l'occupe pas à temps plein - il délègue beaucoup de responsabilités à ses vice-présidents -, Joey Saputo est le socle sur lequel repose cette organisation.

- Dites-moi, Joey, ai-je raison d'être perplexe?

À l'autre bout du fil, Joey Saputo répond avec fermeté: «L'Impact, c'est mon bébé! J'ai lancé l'équipe et je l'ai amenée où on est présentement. Je ne perdrai pas le goût de l'Impact. Et j'ai d'autres idées pour son développement. Je veux qu'on devienne un des meilleurs clubs en Major League Soccer (MLS), aux niveaux sportif et administratif.»

Du coup, Joey Saputo assure qu'une vedette comme Piatti n'ira pas aider le FC Bologne au détriment de l'Impact. Pas question de «perdre un de nos meilleurs joueurs», lance-t-il, ajoutant un «No way!» sans appel.

En revanche, le président de l'Impact souhaite que de jeunes joueurs de l'organisation, notamment les Québécois, profitent de la situation pour s'entraîner à Bologne durant la saison morte. Ils pourront ainsi s'imprégner d'une culture de soccer très forte. Cette expérience les aidera, croit-il, à devenir les prochains leaders de l'Impact.

***

Pourquoi Joey Saputo investit-il à Bologne? En raison de son amour du soccer, bien sûr. Mais aussi parce que l'occasion d'affaires lui semble très prometteuse.

Tout a commencé plus tôt cette année par un coup de fil d'Andrew Nestor. Longtemps à la tête des Rowdies de Tampa Bay en NASL, la ligue dont l'Impact était membre avant d'accéder à la MSL, ce jeune financier a mis Joey Saputo au parfum de la situation à Bologne.

Intrigué, Saputo a rencontré Joe Tacopina, un avocat criminaliste de New York, impliqué dans plusieurs dossiers très médiatisés. Il a notamment représenté Alex Rodriguez, la star des Yankees de New York, suspendu pour dopage par le baseball majeur.

Tacopina, un homme controversé à New York, est passionné de soccer. Son père, aujourd'hui décédé, a émigré de Rome pour s'établir à Brooklyn. Le jeune Joe a joué au hockey dans sa jeunesse, récoltant 355 minutes de punition en une seule saison! «Notre équipe était petite, j'ai assumé le rôle de protecteur», a-t-il déclaré au New York Times l'an dernier.

En 2011, Tacopina s'est joint à un groupe d'investisseurs américains qui ont acquis l'AS Roma, le célèbre club de la capitale italienne. Il en avait eu l'idée sept ans plus tôt en assistant à un match. «Le tableau indicateur ne fonctionnait pas, c'était sale et pas moyen d'acheter un maillot de l'équipe pour mes enfants, a-t-il raconté au même journal. Je me suis dit: "Pourquoi ne pas former un groupe pour acheter l'équipe?"»

Tacopina n'a plus de lien avec l'AS Roma. Mais cette transaction a bousculé le soccer italien. Les nouveaux propriétaires modernisent l'équipe et planifient la construction d'un stade doté de plusieurs attributs nord-américains. Les loges corporatives, par exemple, ne sont pas fréquentes en Italie.

Pour mettre la main sur le FC Bologne, le groupe Saputo-Tacopina a versé une somme évaluée à 6 millions d'euros, en plus de prendre en charge une dette de 23 millions d'euros. Pas cher pour obtenir une équipe susceptible de retourner au plus haut niveau du soccer italien. «C'est un investissement fantastique», dit Joey Saputo.

Trois autres actionnaires américains, dont Andrew Nestor, font partie du groupe. Un objectif prioritaire est la rénovation du stade Dall'Ara, où évolue l'équipe.

«Le stade appartient à la commune de Bologne, explique Joey Saputo. Nous avons conclu une entente de 99 ans pour l'occuper 365 jours par année en retour d'un montant annuel de 145 000 euros.»

Le groupe touchera tous les revenus liés à l'exploitation du stade. Sa remise à niveau entraînera des déboursés de 60 millions d'euros. Le bras financier du Comité olympique italien envisage une participation au montage financier par l'entremise d'un prêt.

Des plans de refonte du stade ont été soumis à la commune. L'objectif est de réduire légèrement sa capacité, tout en ajoutant des loges corporatives et des sièges de luxe. «On veut que chaque match devienne un événement», explique Saputo.

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L'Impact jouera son dernier match du calendrier, demain, au stade Saputo. Même s'il s'agira de l'ultime rendez-vous de Marco Di Vaio avec le public montréalais, les sièges ne seront pas tous vendus. L'équipe n'aura pas joué une seule fois à guichets fermés en 2014.

«Ça me déçoit énormément, dit Joey Saputo. Il faut ramener nos partisans. On devra travailler fort au niveau des ventes et du marketing. Quand je vois des équipes comme Kansas City et Salt Lake City réussir à ce niveau, je me dis qu'il n'y a aucune raison pour ne pas les imiter.»

Les performances sans saveur de l'Impact expliquent en partie cette désaffection du public. L'entraîneur Frank Klopas a été incapable de mener les siens à une seule victoire à l'étranger cette saison!

Et contrairement à ses deux prédécesseurs, Jesse Marsch et Marco Schällibaum, Klopas est imperméable aux besoins des médias. Cela a une incidence directe sur la diminution de la résonance de l'équipe dans son milieu. En dehors du cercle des gros fans de l'Impact, la notoriété de l'entraîneur est minimale.

Klopas sera néanmoins de retour la saison prochaine. Il dirige de bons entraînements, semble-t-il...

***

Durant la dernière saison morte, le Toronto FC a dépensé 100 millions pour obtenir deux joueurs de renom, Jermain Defoe et Michael Bradley. L'expérience n'a pas été concluante, l'équipe ratant sa qualification pour les séries éliminatoires. Et Defoe ne sera sûrement pas de retour en 2015.

L'Impact ne dépensera jamais pareil montant pour acquérir deux joueurs. «Je dois trouver d'autres manières de rendre l'Impact plus concurrentiel, explique Saputo. Et une façon d'atteindre ce but, c'est d'être plus impliqué dans le soccer mondial. Détenir une équipe en Italie nous ouvrira beaucoup de portes. Je le sens déjà.»

Sous cet angle, l'investissement de Joey Saputo à Bologne est sans doute prometteur pour l'Impact. Mais il faudra voir comment tous les morceaux tomberont en place.

Stimuler le développement de deux équipes professionnelles, dans le même sport mais sur des continents distincts, ne sera pas une mince affaire pour le président de l'Impact. Sur le plan sportif comme sur le plan des affaires.

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