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La NFL et ses démons

Le commissaire de la NFL, Roger Goodell, a... (Photo John Raoux, archives AP)

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Le commissaire de la NFL, Roger Goodell, a pris hier la seule décision qui s'imposait dans l'affaire Ray Rice.

Photo John Raoux, archives AP

Les images donnent froid dans le dos. Dans l'ascenseur d'un hôtel d'Atlantic City, Ray Rice frappe violemment sa fiancée Janay Palmer à la tête. Celle-ci s'écroule, inconsciente. À l'ouverture des portes, il traîne son corps inerte dans le corridor.

Cette vidéo, diffusée hier sur le site TMZ, a obligé les Ravens de Baltimore, l'équipe de Rice, et le commissaire Roger Goodell à réagir. Les premiers ont mis fin au contrat du célèbre porteur de ballon. Et le second l'a suspendu indéfiniment.

La rapidité de ces réactions est inhabituelle dans la NFL. Mais cette fois, le circuit n'avait pas le choix. Déjà, la suspension de deux matchs infligée à Rice en juillet dernier avait suscité un tollé. Les images diffusées hier - la NFL affirme ne pas les avoir vues auparavant - ont obligé Goodell à envoyer un message clair de tolérance zéro face à la violence conjugale.

Le commissaire a pris la seule décision qui s'imposait, et c'est tant mieux. Mais ça ne signifie pas que le circuit a fait la paix avec ses démons.

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Chaque année apporte son lot d'histoires d'horreur dans la NFL. Violence conjugale, altercations dans des bars, possession illégale d'armes à feu, conduite avec les facultés affaiblies par l'alcool ou la drogue, intimidation dans les vestiaires...

Chaque fois, le circuit traite l'affaire comme un cas isolé. Et les équipes prennent vite la défense de leurs joueurs, parce qu'elles ne veulent pas être privées de leurs services.

La saison dernière, par exemple, les 49ers de San Francisco ont permis à une de leurs étoiles défensives, Aldon Smith, de disputer un match deux jours après avoir causé un accident de voiture alors qu'il était en état d'ébriété. Il s'agissait de sa deuxième arrestation pour alcool au volant en 21 mois.

La rencontre terminée, les 49ers ont finalement annoncé que Smith s'absenterait du jeu, dans l'espoir qu'il remette de l'ordre dans sa vie. L'initiative est venue bien tard. Smith n'aurait jamais dû endosser l'uniforme ce jour-là.

Les Ravens, de leur côté, ont longtemps appuyé Rice après le drame d'Atlantic City. L'entraîneur-chef John Harbaugh a utilisé le terme «erreur» pour qualifier le geste de son joueur face à sa compagne.

En mai dernier, le couple, qui s'était marié entre-temps, a tenu une conférence de presse au site d'entraînement de l'équipe, où la victime a dit «regretter» son propre rôle dans l'affaire. Les Ravens ont twitté cette déclaration, qui servait la cause de leur joueur. Selon le New York Times, l'organisation a retiré ce message hier.

Rice, qui n'a pas été condamné à la suite de l'agression - sa femme n'a pas témoigné contre lui -, a ensuite reçu sa suspension de deux matchs. Cette mince sanction a été durement critiquée. Au point où, le mois dernier, le commissaire a reconnu son erreur.

Sa décision disciplinaire, a-t-il écrit, a conduit «le public à s'interroger sur notre sincérité et notre engagement» à combattre la violence conjugale, et «à s'interroger à savoir si nous comprenions les conséquences néfastes que cette violence inflige à un si grand nombre de familles».

Du coup, Goodell a annoncé deux mesures: une suspension de six matchs à tout joueur impliqué dans une affaire semblable. Et un bannissement à vie en cas de récidive.

Goodell a aussi rappelé que la NFL devait respecter des standards très élevés, puisqu'elle représente une entreprise de première importance aux États-Unis: «Nous sommes un leader.»

L'influence de la NFL est en effet énorme. L'automne dernier, 34 des 35 émissions de télévision les plus regardées aux États-Unis ont été des matchs du circuit.

La force économique de la NFL est immense. Cette année, elle empoche 6 milliards en revenus de télévision. Un message publicitaire de 30 secondes diffusé pendant le Super Bowl coûte 4 millions. Et le commissaire lui-même a touché un salaire de 44 millions en 2012.

Une entreprise avec un tel rayonnement, notamment auprès des jeunes hommes, doit - en théorie - montrer la voie à suivre sur le plan des valeurs véhiculées.

Hélas, dans la lutte contre la violence conjugale - comme chaque fois qu'elle est confrontée à un problème non économique -, la NFL se contente de réagir aux événements. Ainsi, malgré le nombre élevé de cas de violence conjugale, les mesures plus sévères récemment annoncées par Goodell étaient une première dans le circuit.

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Pendant des années, la NFL a minimisé le problème des commotions cérébrales subies par ses joueurs. Un jour, lors d'une comparution devant le Congrès américain, Roger Goodell a compris que la situation lui échappait. Une élue a fait un lien entre la complaisance du circuit à ce chapitre et celle de l'industrie du tabac face au cancer du poumon.

Les femmes, les parents et les enfants des joueurs comptent aussi parmi les victimes de ces coups à la tête, qui ont entraîné de nombreux cas de démence et, parfois, de suicide. La vie de nombreuses familles a été brisée. Le recours juridique intenté par les anciens joueurs, qui s'est conclu par un règlement à l'amiable, a aussi obligé Goodell à combattre le fléau des chocs au cerveau.

La NFL franchit-elle maintenant une étape semblable dans la lutte contre la violence conjugale? On verra la suite des choses au cours des prochaines semaines. Chose sûre, la diffusion de la vidéo de Ray Rice frappant Janay Palmer, en rendant si concrète cette violence, marque tous les esprits.

À partir de maintenant, les équipes ou les joueurs tentés de minimiser l'impact de la violence conjugale, comme on en a trop vu dans le passé, feront mieux de se taire.




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