Quand Québecor reçoit Bettman

Geoff Molson (à gauche), président du Canadien de... (Photo Christinne Muschi, Reuters)

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Geoff Molson (à gauche), président du Canadien de Montréal, Pierre Dion, président de Québecor, Brian Mulroney, président du conseil d'administration de Québecor, et Gary Bettman, commissaire de la LNH, étaient réunis à Boucherville hier afin de procéder au lancement de la programmation hockey du réseau TVA Sports, nouveau diffuseur francophone officiel de la LNH.

Photo Christinne Muschi, Reuters

Pierre Dion, le grand patron de Québecor, est catégorique: son entreprise veut toujours obtenir une concession de la LNH pour le nouvel amphithéâtre de Québec, qui ouvrira ses portes dans un an.

Et hier, en accueillant avec tous les honneurs le commissaire Gary Bettman au lancement de la nouvelle saison de TVA Sports à La Cage aux Sports de Boucherville, M. Dion et son groupe ont bien placé leurs jetons.

Les relations entre Québecor et la LNH n'ont pas toujours été fluides au cours des dernières années. Mais elles se sont beaucoup réchauffées l'automne dernier, avec la signature du contrat de 5,2 milliards faisant de Rogers et TVA Sports les diffuseurs nationaux du circuit au Canada.

La cérémonie d'hier était une belle occasion pour Québecor de montrer son savoir-faire à Bettman, débarqué sur la rive sud de Montréal en compagnie de John Collins.

Peu connu des amateurs, cet ancien haut gradé de la NFL est essentiel au succès de la LNH. Comme chef des opérations, son mandat est d'augmenter les revenus du circuit. Il a pris une part active à la conclusion de cette nouvelle entente de diffusion. Son influence est prépondérante.

Brian Mulroney, président du conseil d'administration de Québecor, a donné le ton en rendant un hommage appuyé au commissaire, manifestement touché de cet accueil.

«Avec votre audace et votre vision, vous avez changé la Ligue nationale, a lancé, en substance, l'ancien premier ministre du Canada au commissaire. Vous avez révolutionné les finances du circuit, créé des occasions pour les joueurs et de la valeur pour les propriétaires.»

Peu importe le jugement de chacun sur le séjour de M. Mulroney à la tête du pays, il faut reconnaître son don d'orateur. De sa voix grave, il est encore capable de raconter une anecdote.

Il a ainsi fait rire tout le monde en rappelant qu'à l'adolescence, son père lui avait conseillé de privilégier les études au hockey, «parce qu'il n'y a pas d'argent à faire dans le sport». M. Mulroney a enchaîné ainsi: «S'il était vivant aujourd'hui, je le prendrais par la main et lui dirais: Dad, j'aimerais te présenter P.K. Subban!»

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Une heure plus tard, en point de presse, Gary Bettman a déclaré que l'événement «n'aurait pu être mieux organisé». Cela dit, son discours sur l'expansion, à Québec ou ailleurs, n'a pas changé: la LNH, assure-t-il, n'a pour l'instant aucun plan en ce sens.

De tous les propos du commissaire, trois m'ont particulièrement intéressé. Ils concernent le prix d'une future concession, le malaise de la LNH à l'idée de déménager une formation et le portrait du propriétaire d'équipe idéal.

D'abord, il est clair qu'en cas d'expansion, les futurs investisseurs devront avoir des poches profondes. En qualifiant de «fabrication complète» la rumeur récemment lancée par un journaliste américain, selon qui la LNH compterait 4 nouvelles équipes en 2017, Bettman a rappelé que le montant mentionné, 1,4 milliard, ne tenait pas la route. «C'est beaucoup trop bas», a-t-il dit.

Les prix des dernières transactions survenues dans le sport professionnel soutiennent les propos de Bettman. Même si le cas des Clippers de Los Angeles - vendus 2 milliards à Steve Ballmer - est unique et ne peut servir de barème de comparaison réaliste, il ne faut pas oublier que les Bucks de Milwaukee, aussi de la NBA, ont été vendus 550 millions. Et on parle ici d'un marché à bas revenus.

Conclusion: entre le moment où Québecor a manifesté son intérêt de faire renaître les Nordiques en 2010 et aujourd'hui, la réalité économique du sport professionnel a beaucoup évolué. Des droits de télé à la valeur des équipes, l'inflation a été galopante. Cela aura un impact majeur sur le coût d'une éventuelle équipe de l'expansion.

Ensuite, Gary Bettman est toujours aussi fortement opposé au déménagement d'une concession. Lorsque je l'ai interrogé sur les difficultés des Panthers de la Floride, où un copropriétaire a même affirmé cet été que le modèle d'affaires était insoutenable, il a répété que toutes les concessions du circuit n'avaient jamais été en aussi bonne santé.

«Et vous connaissez notre historique: nous ne voulons pas transférer les équipes», a-t-il ajouté, dans un clin d'oeil au feuilleton des Coyotes de l'Arizona.

Bref, dans l'esprit du commissaire, le problème des Panthers se résume à une simple question de bail qui, comme ce fut jadis le cas avec les Blue Jackets de Columbus, pourrait se régler grâce au dialogue entre les parties prenantes.

Enfin, la question du propriétaire. Durant la partie officielle du lancement, Bettman a souligné les qualités de Geoff Molson, assis à ses côtés à la tribune. «Le Canadien est une institution formidable qui ne pourrait compter sur un meilleur propriétaire», a-t-il dit, soulignant son goût de l'excellence.

Au-delà du compliment, il y avait là un message pour Québecor, qui aimerait aussi détenir une équipe. M. Molson est un propriétaire entièrement consacré à son équipe et qui laisse les affaires de la ligue entre les mains de Bettman et ses adjoints. Dans la LNH comme dans tous les sports, les commissaires aiment les propriétaires discrets. Or, la discrétion n'a pas toujours été le style corporatif de Québecor.

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Y aura-t-il une expansion de deux équipes dans la LNH dans un horizon de deux à quatre ans? Je continue de le penser. Et malgré les assurances de Bettman, il n'est pas impossible qu'un transfert d'équipe survienne.

Hier, le commissaire a mélangé un peu le chaud et le froid à propos de Québec. Il a certes mentionné qu'une expansion, de surcroît dans l'Est, n'était pas dans les cartes. En revanche, quelques secondes plus tôt, il avait déclaré: «On ne fait pas d'expansion juste pour une question de symétrie, mais pour aller à la bonne place au bon moment.»

En clair, si la LNH ajoute des équipes, les finances du propriétaire, la force du marché et la présence d'un édifice moderne feront la différence. Et comme les villes intéressées s'annoncent nombreuses (Seattle, Las Vegas, Québec, Toronto), la lutte sera vive. Et la facture, salée.




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