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Le parfum de 1993 se dissipe...

Sans doute en raison de son goût du... (Photo Robert Skinner, La Presse)

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Sans doute en raison de son goût du risque, Michel Therrien a opté pour Dustin Tokarski. Il s'est fié à son instinct, comme le joueur de roulette qui refuse de se fier aux probabilités et qui croit à la promesse du «nouveau moment», peu importe ce qui s'est produit jusque-là.

Photo Robert Skinner, La Presse

Le Canadien nous a offert des moments extraordinaires depuis la mi-avril. Malheureusement, ce beau parcours semble tirer à sa fin.

Hier, en l'absence de Carey Price, le parfum de 1993 s'est dissipé dans l'air d'une belle soirée de printemps. Et l'implacable réalité s'est révélée devant nos yeux: les Rangers de New York sont solidement engagés sur la route de la finale de la Coupe Stanley.

Le Canadien a bien essayé. Les partisans aussi, d'ailleurs, qui ont bruyamment encouragé les joueurs du début à la fin du match.

Bien sûr, le sport est fait de surprises. Et le Canadien en causera peut-être une - ou même deux! - à New York. Mais sans son gardien no 1, celui qui inspire ses coéquipiers sur la glace et au vestiaire, le défi paraît gigantesque.

Les Rangers n'ont pas disputé un match aussi fort que celui de samedi. Mais devant son filet, Henrik Lundqvist a été intraitable et a stoppé plusieurs belles attaques des chandails rouges. Dommage pour le CH, qui a joué avec énergie.

Dans le hockey d'aujourd'hui, s'imposer en séries sans son premier gardien est presque impossible. Tenez, le Lightning de Tampa Bay est une équipe solide. Mais sans Ben Bishop, il s'est incliné en quatre matchs devant le Canadien.

En apprenant que Carey Price ne reviendrait pas au jeu dans cette série, ses coéquipiers ont sûrement été sonnés. Leur effort d'hier est d'autant plus méritoire. Mais ce ne fut pas suffisant.

Pour le Canadien, disputer la demi-finale de la Coupe Stanley sans Carey Price, ça rappelle un peu le proverbe «à l'impossible, nul n'est tenu».

***

Durant la série contre les Bruins de Boston, Michel Therrien a fait un rapprochement entre sa philosophie et celle d'un parieur.

«À la roulette, si la bille tombe 10 fois de suite sur le noir, des gens diront qu'elle est due pour tomber sur le rouge. Mais ce n'est pas la réalité. Chaque fois, c'est un nouveau moment.»

Le match d'hier était clairement un «nouveau moment» pour le Canadien. Sans Carey Price, cette équipe n'est plus la même. Le choix prudent, pour le remplacer, aurait été Peter Budaj, son fidèle lieutenant.

Mais sans doute en raison de son goût du risque, Michel Therrien a opté pour Dustin Tokarski. Il s'est fié à son instinct, comme le joueur de roulette qui refuse de se fier aux probabilités et qui croit à la promesse du «nouveau moment», peu importe ce qui s'est produit jusque-là.

Malgré la victoire des Rangers, comment reprocher à Therrien sa décision? Les chances du Canadien de s'imposer dans cette série avec Budaj devant le filet sont minuscules. Durant l'absence de Price, après les Jeux olympiques de Sotchi, il n'a pas été impressionnant, comme le démontre son pourcentage d'arrêts de ,868.

Tokarski, en revanche, pouvait donner une impulsion à l'équipe. Il a gagné des championnats dans les rangs midgets, chez les juniors et dans la Ligue américaine. Qui sait, peut-être pouvait-il sortir un fort match de son chapeau, à la manière d'un John Gibson, qui a connu du succès dans trois de ses quatre départs avec les Ducks d'Anaheim en séries...

Et Therrien avait peut-être en mémoire la décision du Lightning de Tampa Bay de s'accrocher à Anders Lindback dans la série contre le Canadien, plutôt que de faire confiance au jeune Letton Kristers Gudlevskis, si impressionnant à Sotchi.

Therrien a parié. Il n'a pas obtenu les résultats espérés, mais il a eu du culot. Moi, j'applaudis sa décision.

***

Toute la journée, hier, le débat a porté sur la collision entre Chris Kreider et Carey Price dans le match de samedi. L'ailier des Rangers a-t-il volontairement frappé le gardien du Canadien? La réponse est non.

J'ai revu plusieurs fois la séquence controversée. Kreider a perdu l'équilibre en raison d'une tentative maladroite d'Alexei Emelin pour l'arrêter.

De son bâton, le solide défenseur a déstabilisé Kreider en frappant sa jambe droite. Ce geste a provoqué la chute. Selon la CBC, Kreider filait à plus de 36 km/h. Il est tombé tout près de Price, ce qui lui laissait peu de chance de l'éviter.

Emelin avait déjà mal paru dans le jeu, surpris par la poussée de Kreider au centre de la patinoire. À la télé américaine, l'analyste Pierre McGuire a lancé: «Les yeux d'Emelin sont devenus grands comme des soucoupes en constatant la vitesse de Kreider...»

En voulant limiter les dégâts, Emelin les a plutôt augmentés. Kreider ne souhaitait sûrement pas frapper Price les jambes en premier; le risque de se blesser lui-même était beaucoup trop grand. Il a d'ailleurs eu de la chance de ne pas avoir de contusion à la cheville gauche.

Le jeu terminé, aucun joueur du Canadien ne s'en est physiquement pris à Kreider. Il s'est relevé et est paisiblement retourné au banc. Or, selon le code d'honneur de la LNH, les joueurs volent au secours de leur gardien lorsqu'il est victime d'une charge vicieuse.

Après la rencontre, Michel Therrien a d'ailleurs passé l'éponge: «Je pense que c'était accidentel, honnêtement...»

Vingt-quatre heures plus tard, lorsque la gravité de la blessure de Price a été connue, le Canadien a durci son discours.

Dans la bouche de Brandon Prust, le geste de Kreider est devenu «volontairement accidentel», une notion pour le moins fumeuse! Et Therrien s'est aussi fait plus incisif en qualifiant son comportement de «téméraire».

Cette analyse aurait été plus convaincante si elle avait été faite immédiatement après le match.

Kreider, lui, n'a exprimé qu'un seul regret: celui de ne pas avoir marqué. Cette déclaration, pas très amusante pour les partisans du Canadien, venait du coeur. Avec ses 6 pi 3 po, ses 230 lb et sa vitesse, Kreider est un solide joueur de joueur de hockey. Il a été le 19e choix au repêchage de 2009, juste derrière... Louis Leblanc.

***

Ah oui, quelle date sommes-nous aujourd'hui? Le 20 mai? Pour le Canadien, à moins d'un improbable retournement de situation dans les deux prochains matchs au Madison Square Garden, c'est peut-être aussi le temps de dire: «À la prochaine fois...»

Les Rangers savaient

Dans son point de presse d'après-match, Alain Vigneault a affirmé qu'il se doutait depuis dimanche soir que Dustin Tokarski serait devant le filet du Canadien hier. Pourtant, la nouvelle de l'absence de Price pour le reste de la série n'a été annoncée que lundi vers 11 h.

« On avait des doutes qu'il y avait de bonnes chances qu'il ne soit pas là, a dit Vigneault. Le hockey, c'est un p'tit monde... »

Michel Therrien a semblé surpris en apprenant les propos de Vigneault. « Alain doit avoir de bonnes informations, a-t-il dit. Mais je ne suis pas sûr qu'il savait... »




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