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Marc Bergevin: l'intense goût de gagner

Le directeur général du Canadien, Marc Bergevin.... (Photo Olivier Jean, archives La Presse)

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Le directeur général du Canadien, Marc Bergevin.

Photo Olivier Jean, archives La Presse

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Dans le bureau de Marc Bergevin au Complexe Bell de Brossard, une toile d'art naïf domine un mur. On y aperçoit des enfants jouant au hockey dans une ruelle.

«C'est un tableau de Lise Labbé, explique le DG du Canadien. Je l'ai acheté à Baie-Saint-Paul en 1997, lorsque je jouais pour les Blues de St.Louis. Il m'a suivi partout depuis ce temps. Ça me rappelle mon enfance à Pointe-Saint-Charles...»

Si cette peinture symbolise la passion dévorante de Bergevin pour le hockey, des photos accrochées un peu plus loin lui rappellent l'objectif à atteindre. Sur l'une d'elles, son épouse, ses enfants et lui entourent la Coupe Stanley, remportée par les Blackhawks de Chicago en 2010. Ce fut un moment clé de sa vie, un immense bonheur.

À l'époque, Bergevin était un membre influent de la direction des Blackhawks. Mais le dernier mot ne lui appartenait pas. La situation est différente aujourd'hui. L'avenir du Canadien est entre ses mains et cette responsabilité l'habite jour et nuit.

Hier matin, avant que l'équipe s'envole vers Tampa Bay en prévision de la série contre le Lightning, Bergevin ressentait cette fébrilité propre aux éliminatoires. Ses longues années dans la LNH lui ont appris le caractère imprévisible du tournoi de la Coupe Stanley.

«La ligne est tellement fine entre la victoire et la défaite, dit-il. Beaucoup d'éléments entrent en ligne de compte: le travail d'équipe, le rendement du gardien, les blessés et un peu de chance. Le momentum peut changer avec un lancer qui frappe le poteau plutôt que d'entrer dans le but. C'est parfois une question de pouces...»

Durant ses trente années dans la LNH comme joueur et dirigeant, Bergevin a vécu de nombreuses expériences. Il sait qu'une équipe amorçant les séries sur une lancée est avantagée. Et sur ce plan, il estime que le Canadien, malgré de courtes baisses de régime, connaît un «bel élan» depuis la pause olympique.

«La première série est toujours la plus dure physiquement, explique Bergevin. Tout le monde est excité...»

La saison dernière, le Canadien a connu des ennuis dans la dernière ligne droite du calendrier officiel. Et l'équipe a été éliminée en cinq petits matchs par les Sénateurs d'Ottawa. Les choses se présentent mieux ce printemps.

***

La participation du Canadien aux séries n'était pas acquise en octobre dernier. L'équilibre entre les équipes rend la lutte féroce. Voilà pourquoi Bergevin est heureux de la performance des siens durant ces 82 matchs.

«Bien sûr, participer aux séries n'est pas le but ultime, dit Bergevin. Mais réussir le coup est très difficile.»

Des huit clubs qualifiés l'an dernier dans l'Est, à peine quatre ont répété l'exploit cette saison, rappelle Bergevin: les Bruins, les Penguins, les Rangers et le Canadien. Sans oublier que l'Association de l'Est compte deux équipes de plus que celle de l'Ouest... et pas les moindres: Detroit et Columbus.

«Dans l'ensemble, on a connu une très bonne saison, ajoute-t-il, rappelant les 100 points obtenus au classement. En septembre dernier, si on avait dit qu'une seule équipe canadienne se qualifierait pour les séries, 99% des gens auraient mentionné une autre équipe que la nôtre. Il y a donc beaucoup de positif... jusqu'à aujourd'hui.»

Jusqu'à aujourd'hui. La précision n'est pas banale. Car Bergevin sait que si son équipe ne connaît pas un meilleur printemps qu'en 2013, les questions seront nombreuses sur les capacités réelles de la formation.

Pour une équipe, perdre une longue et éprouvante série est une chose. Être surclassée en une poignée de rencontres en est une autre. Si c'est le sort qui attend le Canadien, la déception sera vive au sein de l'organisation.

Peu importe la suite des choses, Bergevin ne dérogera pas à son plan à long terme: bâtir avec les jeunes choisis au repêchage.

«Mais les repêcher n'est pas suffisant, ajoute-t-il. Il faut ensuite les développer. C'est pourquoi Martin Lapointe et Patrice Brisebois jouent un rôle essentiel dans notre organisation. Ils passent du temps avec eux et nouent une relation.»

Le DG ajoute qu'il faut aussi de la chance pour réussir: «Si Detroit avait pensé que Pavel Datsyuk et Henrik Zetterberg deviendraient des joueurs de premier plan, ils n'auraient pas attendu les sixième et septième rondes pour les repêcher. Mais crédit à l'organisation, ils les ont choisis! À Chicago, on a repêché Dustin Byfuglien en huitième ronde...

«Il fait être patient, poursuit-il. Un gars comme Jacob de la Rose, qu'on a sélectionné en deuxième ronde l'an dernier, n'a que 19 ans. Il lui faudra peut-être quatre ou cinq ans avant de devenir un joueur complet.

«Tiens, Duncan Keith a joué 150 matchs dans la Ligue américaine avant de graduer avec les Blackhawks! Jarred Tinordi et Nathan Beaulieu en ont maintenant disputé autour de 120. Oui, il faut être patient», martèle-t-il.

Au-delà du rendement du Canadien au cours des prochains jours, il est rassurant de savoir qu'un plan cohérent est en place.

***

Impossible de parler avec Bergevin sans évoquer le cas de P.K. Subban. J'ai déjà écrit mes réserves quant à la manière dont il est parfois traité, notamment cette mise sur le banc dans un match de janvier dernier à Philadelphie. Comme si on ne lui pardonnait aucune erreur.

«P.K. a beaucoup de talent, beaucoup de force offensive. Mais il doit aussi travailler plusieurs éléments de son jeu. Notre but est de rendre meilleurs tous nos joueurs. Dans son cas, ça signifie devenir un défenseur complet. C'est parfois frustrant lorsque des erreurs se répètent. Mais c'est notre travail de continuer à l'améliorer. Car il demeure un joueur qui peut changer un match comme ça», dit Bergevin en claquant des doigts.

Le DG rappelle que la victoire au hockey repose d'abord sur le jeu défensif de toute l'équipe: «C'est comme ça que tu gagnes des championnats, on l'a encore vu aux Jeux olympiques.»

Bergevin ajoute que Subban est très réceptif aux remarques de ses entraîneurs. «Je ne veux pas que nos joueurs soient des robots. Mais ils doivent être de bons coéquipiers et demeurer humbles. Et P.K. a fait beaucoup, beaucoup de progrès à ce niveau.»

Bergevin est surtout heureux que les querelles durant les entraînements, auxquelles Subban a été mêlé à ses débuts avec le Canadien, soient chose du passé.

L'apport de Subban sera essentiel au succès du Canadien ce printemps. Tout comme celui de Carey Price.

«Au hockey, il y a une ligne, dit Bergevin. Les ailiers sont les premiers à se sentir à l'aise dans la LNH. Ensuite, les centres, dont les responsabilités sont plus grandes. Et puis les défenseurs, dont les erreurs conduisent à des occasions de marquer. Enfin, les gardiens. Car lorsqu'ils font une erreur, ça devient un but. Ils ont besoin de temps pour apprendre à gérer ça.

«Carey a fait beaucoup de progrès. On l'a vu aux Jeux olympiques et durant toute la saison. Stéphane Waite a une bonne influence sur lui. Il est arrivé à Montréal avec beaucoup de crédibilité.»

Waite, à n'en pas douter, a été la plus importante acquisition de Bergevin l'été dernier.

***

Bergevin sait que l'affrontement contre le Lightning sera difficile. Il respecte l'équilibre et la vitesse des rivaux du Canadien. «Ils n'ont pas obtenu 101 points par hasard...»

Lorsque la rondelle sera mise en jeu ce soir, le coeur du DG du Canadien battra fort. «Regarder le match d'où je suis assis, c'est 100 fois plus difficile que lorsque j'étais joueur. Je veux tellement que mon équipe gagne et je ne peux rien faire pour l'aider durant le match. Quand je réalise que je serre ma bouteille d'eau trop fort, je me dis de relaxer un peu!

«C'est vraiment spécial: je me suis tellement investi émotivement dans cette équipe, je veux tellement qu'elle gagne et connaisse du succès, et je suis impuissant durant les rencontres. Ça me rentre dedans. Je dormais mieux lorsque je jouais...»

Même si la pression est forte, Bergevin raffole de son boulot. Le sens de la compétition coule dans ses veines. Et son goût de gagner est aussi intense qu'à l'époque où, gamin, il jouait au hockey dans les ruelles de son quartier. Comme les enfants sur la toile accrochée dans son bureau.

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