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Ecclestone et nous

Bernie Ecclestone exerce sur la Formule 1 un... (Photo Tom Gandolfini, AFP)

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Bernie Ecclestone exerce sur la Formule 1 un contrôle qu'on ne retrouve tout simplement plus dans les autres sports majeurs.

Photo Tom Gandolfini, AFP

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Dans le sport professionnel, Bernie Ecclestone représente une anomalie. Son autorité sur la Formule 1 est absolue.

Dans les autres ligues, les dirigeants sont mis au défi par les demandes des associations de joueurs. Ils acceptent des compromis pour satisfaire les réseaux de télévision et les autres partenaires commerciaux.

Ecclestone, lui, gouverne en monarque. Son style rappelle celui du commissaire du baseball Kenesaw Mountain Landis dans les années 20, ou celui du président de la LNH Clarence Campbell dans les années 50. Ces deux hommes ont longtemps exercé leur rôle sans véritable contre-pouvoir.

Que ce style autocratique fonctionne encore aujourd'hui est tout simplement ahurissant. Cela en dit long sur les dons remarquables d'Ecclestone. Qu'on l'aime ou non, reconnaissons son extraordinaire capacité à définir lui-même les règles du jeu. Et à les modifier à sa convenance.

Ecclestone était à Montréal, hier, à l'occasion du Grand Prix. La première ministre Pauline Marois l'a salué, lui rappelant son désir de conclure un accord «gagnant-gagnant» garantissant la présentation de la course à Montréal jusqu'en 2024.

Ecclestone négocie depuis son enfance. Le quotidien britannique The Guardian a déjà raconté comment, dès cette époque, il investissait son salaire de livreur de journaux dans l'achat de petits pains, qu'il revendait à profit à ses camarades de classe!

En Formule 1, Ecclestone a toujours obtenu ce qu'il voulait, c'est-à-dire encore plus d'argent. C'est ainsi que la France, un pays doté d'une riche tradition de sport automobile, a perdu son Grand Prix. Et que le Bahrein, un État où des opposants politiques ont été réprimés, a obtenu le sien.

Les deux décisions ne sont pas liées, mais elles rappellent la puissance des intérêts économiques dans le plan d'action de la Formule 1.

* * *

Âgé de 82 ans, très vif intellectuellement, Ecclestone contrôle tout dans son sport, jusqu'à la couleur des sofas du Paddock Club, où les invités de marque sont reçus à chaque course. Il semble en selle pour longtemps, à moins que la justice allemande complique sa vie, comme l'a récemment rappelé mon collègue Vincent Brousseau-Pouliot.

Un banquier allemand, ancienne relation d'affaires d'Ecclestone, a reçu une peine de huit ans de prison pour corruption, en lien avec la vente de la société contrôlant la Formule 1 à un fonds privé d'investissement en 2005. Selon des médias allemands, des accusations pénales à l'endroit d'Ecclestone seront bientôt dévoilées dans le même dossier.

Cette nouvelle place le gouvernement du Québec dans une position délicate. Bien sûr, le désir d'assurer le maintien de la course à Montréal, avec sa visibilité et ses retombées économiques, est légitime. Pour reprendre l'expression du ministre des Finances Nicolas Marceau, «c'est une évidence que le Grand Prix est très rentable».

En revanche, le gouvernement Marois a aussi fait voter la loi 1, afin de rétablir l'intégrité dans les contrats publics. Au-delà du texte légal, cette législation envoie un signal fort sur la nécessité pour l'État de conclure des ententes avec des gens et des sociétés répondant «aux exigences élevées d'intégrité que le public est en droit d'attendre».

Si le gouvernement du Québec est cosignataire d'une entente avec Ecclestone, l'Autorité des marchés financiers se penchera-t-elle sur le dossier comme le veut la loi 1?

* * *

À l'heure actuelle, Ecclestone reçoit 15 millions d'argent public en retour de la présentation du Grand Prix du Canada: 5 millions chacun du fédéral et de Tourisme Montréal, 4 millions de Québec et 1 million de Montréal.

Le nouvel accord augmenterait cette somme à 15,7 millions en 2015, avec une hausse annuelle de 4% par la suite.

Les installations du circuit Gilles-Villeneuve - garages, salle de presse, petit hôpital - seraient aussi améliorées. Des chiffres de 25 à 45 millions circulent à propos de cette facture.

Pour une période de 10 ans, l'opération frôlerait les 240 millions. C'est beaucoup d'argent. Et nos élus devraient montrer plus de transparence dans cette affaire. Les pourparlers dégagent en effet une désagréable impression d'opacité.

Ainsi, pourquoi l'entente n'est-elle pas conclue alors qu'on en parle depuis un an? Est-ce vrai que le gouvernement fédéral se fait tirer l'oreille? Et si oui, pour quels motifs?

Ce n'est pas tout. Quel est le coût réel des travaux envisagés? Ecclestone fournira-t-il des assurances pour garantir que la Fédération internationale de l'automobile (FIA) placera toujours le Grand Prix du Canada au calendrier de la Formule 1? Quel sera l'impact du Grand Prix envisagé à New York-New Jersey, à compter de l'an prochain, sur celui de Montréal?

Bref, beaucoup de questions demeurent sans réponse. La relation entre Ecclestone et nous, les contribuables, devrait être plus limpide.

* * *

Le Grand Prix 2013 a été un franc succès. Ces trois jours ont fait oublier la grisaille dans laquelle l'épreuve de l'an dernier a été tenue.

Il faut noter l'effort de François Dumontier et de son équipe pour bonifier l'engagement social du Grand Prix. Un partenariat avec Moisson Montréal a permis de récolter des dons, en argent et en denrées, pour aider les gens moins fortunés.

Cette initiative est bienvenue.

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Commentaires (12)
    • En réponse à @pierrebrunelle...si le king de la F1 Ecclestone est le propriétaire de la F1...comme quelqu'un semble le croire...alors les gouvernements N'ont certainement PAS à subventionner avec MES taxes un multi-milliardaire EN PLUS de ses 'tit n'amis derrnière les volants de gros bolides à gros prix ...qui sont en majorité AUSSI des multi-milliardaires. A ce que je sâche...les gouvernements NE subventionnent PAS le hockey de la LNH, ne subventionnent pas le CH ou subventionnaient pas Les Nordiques...dans le temps! Pas plus que les gouvernements subventionnent les Alouettes de Montréal!
      Pour ce qui est du commentaire de @alaindc...et des retombées pour la visibilité du Québec et de Montréal...hé ben pas besoin de la F1 pour ça...la Commission Charbonneau s'en charge déjà très bien depuis un certain temps. Thank you.

    • Vous dites 240 millions sur 10 ans, ça fait 24 millions par an, en supposant que le Grand prix soit garanti pour au moins 10 ans. Une étude plus terre à terre des vraies retombés d'un grand prix suggère des retombés de 30 millions par an. Pas si payant.
      Et la visibilité, vraiment?
      personnellement, c'est pas de savoir qu'une ville accueille la F1 qui me donnera l'envie de la visiter.
      le cout.
      240 millions pour la F1 sur 10 ans, 259 millions pour la salle de l'orchestre symphonique, et combien de millions pour encore un nouveau toit du stade? Et pendant ce temps,on chiale contre l'amphithéatre de Québec, qui en a bien besoin, hockey ou pas.

    • Il y a au moins une autre chose de bonne quand il y a de la Formule 1 à Montréal, que tout le monde semble oublier: On ne parle pas de Carré Poire...

    • Est-il le proprietaire de la marque "F1"?
      Si oui, alors il peut faire ce qu'il veut.

    • Le Québec ( Montréal) et le Canada ne s'en sortiront pas... à continuer de s'endetter tant et aussi longtemps que cet autocraticien billionnaire sera en place et continuera de gérer avec son fouet et ses gants de fer la F1. Le seul qui en sort grand gagnant n'est PAS le Canada OU le Québec ou Montréal ...MAIS plutôt Ecclestone. C'est lui qui en tire profit$...et les chiffres sont là pour le prouver.

    • "Si le gouvernement du Québec est cosignataire d'une entente avec Ecclestone, l'Autorité des marchés financiers se penchera-t-elle sur le dossier comme le veut la loi 1?" Bonne question!
      .
      En fait, contrairement à la F1, le gouvernement, s'il veut réaliser un projet, peut faire affaire avec d'autres entreprises que celles qui ont, comment dire, un passé trouble. Cela s'appelle la concurrence. Mais si l'on veut un Grand Prix du Canada à Montréal, à part Bernie Ecclestone, avec qui peut-on négocier?
      .
      C'est la raison pour laquelle je crois en les vertus de la concurrence.
      .
      À côté de cela, les quelque 2 millions$ demandés par NASCAR paraissent une aubaine! Évidemment, une course Nationwide n'a pas le standing - ni le bling-bling - de la Formule 1, mais elle créait un événement plus familial, avec des billets à prix plus abordables. Il est également vrai que les retombées de la F1 sont plus importantes; les visiteurs sont plus riches, et dépensent davantage que les spectateurs de NASCAR.
      .
      Il faut aussi comparer ce que nous coûte l'événement avec ce que d'autres administrations, ailleurs dans le monde, doivent débourser pour avoir un Grand Prix chez eux. Quand imprezaRS parle "des gradin vide en Chine, en Turquie et au Bahrein", c'est sûrement parce que les administrations locales déboursent plus que nous afin de satisfaire l'appétit de Bernie Ecclestone, et que le "gratin" ne suit pas partout. Pour l'instant, à tout le moins.
      .
      Bref, l'avenir nous le dira.

    • Je ne vois pas l'avantage de signer à long terme pour M. Ecclestone. Pour le Québec bien sûr mais son jeu à lui c'est de soutirer un peu plus à chaque année.

    • Ce qui devrait justement faire peur à bien des gens et faire leve les sourcils, surtout ceux des chefs d'État, des politiciens au Canada comme au Québec, c'est justement le style autocratique de Ecclestone et l'affaire du banquier allemand, ancienne relation d'affaires d'Ecclestone qui a reçu une peine de huit ans de prison pour corruption, en lien avec la vente de la société contrôlant la Formule 1 à un fonds privé d'investissement en 2005. Et le fait que des accusations pénales à l'endroit d'Ecclestone seront bientôt dévoilées dans le même dossier. Le Canada, le Québec et Montréal paie cet archi-billionnaire $175 million$ depuis 5 ans en plus de lui offrir des "subventions", des fonds publics - je ne crois pas que mes taxes doivent aller à payer un entrepreneur autocratique comme Ecclestone! La Commission Charbonneau au Québec ça ne vous dit rien? Est-ce que le Canada, le Québec et Montréal vont apprendre quelque chose avec le Grand Prix? A moins que nos politiciens veulent mettre leur image et leur politique avant tous autres intérêts! Il est temps de trouver un autre projet pour le Canada, le Québec et Montréal! Investissons tous ces million$ à mettre le Québec sur la carte internationale en investissant dans le développement de l'auto de demain -l'automobile électrique et dans le développement d'une "pile" révolutionnaire! Là au moins on va tous contribuer à l'avenir du pays et à l'avenir de nos enfants, de mes enfants.

    • Qui que ce soit, et surtout la Première Ministre, qui négocie ou même parle à Ecclestone se « déshonore ».

    • Aucune mention de notre nouveau champion du monde? Ah ok, il ne s'appelle pas Bute ou Pascal et aussi parce que c'était un ancien pimp de Montréal Nord? Pourtant une belle histoire que celui d'Adonis...

    • Grand amateur de F1 mais bien tanné que ce problême semble revenir chaque année et que le dictateur obtienne toujours ce qu il veut.
      Je crois que dans cette valse des millions on en est rendus à ne plus savoir ce qui est trop dispendieux et ce qui en vaut la peine. Pour moi l évaluation ne doit pas se faire seulement sur le coté sport automobile.
      La F1 représente une fenêtre pour Montréal qui en a grandement besoin. Difficile d évaluer touristiquement ce que valent les images diffusées sur la planete entiere mais dans les conjonctures actuelles elles valent de l or.
      Le discours élogieux des commentateurs anglophones de la F1 sur Montréal faisait tellement contraste avec celui qui nous saoule depuis des mois et des mois. On a beau blâmer l opulence des adeptes de ce sport mais d apres ce que je vois, il n y a pas grand différence avec les cravatés qui défilent devant la juge Charbonneau à tous les jours hein ?
      Et au dela du chauvinisme , ce genre de compliments est unique en F1 .Outre à Monaco , on ne parle pas ailleurs de la ville hôtesse et de ses gens et en ce sens, Montréal est annuellement placé sur la carte postale et assurément voit un retour d investissement unique en son genre.
      Mais il faut être honnête aussi. Si on se permet de repenser et de revoir les priorités des gouvernements en place actuellement, l investissement dans le grand prix doit aussi faire le sujet d une réflexion .

    • Entend que fan de la formule 1, je suis triste qu'on est perdu des Grand Prix prestigieux, comme ceux de L'Autriche, du Portugal, de L'Argentine et de la France. Je le serais encore plus de voir disparaitre celui du Canada. Mais on doit dire non à ce mégalomane, à ce chantage, à cette manipulation. Cet homme à détruit le sport que je chéri depuis tant d'année, tout ça pour des gradin vide en Chine, en Turquie et au Bahrein, soyons fier, restons debout et disons non au chantage. La F1 nous aime, elle reviendra par elle même, comme elle retournera en France un jour.
      Pierre Dauphinais
      St-Urbain

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