L'énigmatique Pat Burns

«À Montréal, s'il y avait deux Coupes Stanley... (Photo Denis Courville, archives La Presse)

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«À Montréal, s'il y avait deux Coupes Stanley par année, le Canadien devrait gagner les deux. Pour le coach, ça devient très exigeant», a déjà dit Pat Burns au sujet du Canadien et des attentes qui l'entourent.

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Saisir la personnalité de Pat Burns a toujours représenté un défi. À l'époque où il dirigeait le Canadien, je suivais les activités de l'équipe sur une base quotidienne. Nos rapports n'étaient pas fameux, surtout à la fin de son règne.

On l'a oublié aujourd'hui, mais les dernières semaines de Burns derrière le banc du Canadien en 1992 ont été catastrophiques. Il s'est mis à dos la moitié de ses joueurs. Même la direction de l'équipe en a eu assez de son attitude bourrue et querelleuse. Son départ a été perçu comme une délivrance.

Un an plus tard, La Presse m'a dépêché couvrir la fin de la série entre les Maple Leafs de Toronto, désormais dirigés par Burns, et les Kings de Los Angeles. Les gagnants affronteraient le Canadien en finale de la Coupe Stanley. J'ai découvert un homme différent et plus ouvert. Dans ses mots imagés, il m'a expliqué la pression particulière de diriger le Canadien.

«À Montréal, s'il y avait deux Coupes Stanley par année, le Canadien devrait gagner les deux. Ce n'est pas méchant, c'est une pression qui est bonne pour l'organisation. Mais pour le coach, ça devient très exigeant. C'est dur pour toi, ta santé et ta famille. Après quatre ans, tu finis par t'en ressentir...»

Désormais roi de Toronto - les Maple Leafs connaissaient enfin du succès après des années de petite misère -, il m'a accueilli dans l'entourage de son équipe avec générosité. Il était content, et avec raison, que ses exploits soient suivis de près à Montréal.

Une scène m'est restée en mémoire. C'était dans le garage du Forum de Los Angeles, après l'échec crève-coeur des Maple Leafs en prolongation du sixième match. Un gain les aurait catapultés en finale. Mais voilà qu'un affrontement décisif s'avérait nécessaire. Burns faisait les cent pas près de l'autobus des siens lorsque je l'ai aperçu:

- Au fond, Pat, tu dois être fier de tes gars...

Un léger sourire était apparu à son visage. «Voyons, je ne peux pas leur dire ça maintenant, sinon on est fait! Mais quand tu penses qu'on n'avait pas d'affaire en demi-finale de la Coupe Stanley, c'est sûr que...»

Ce soir-là, j'ai vu dans ses yeux une grande fierté. Et j'ai été heureux pour lui.

* * *

Comment expliquer ces deux pôles de la personnalité de Burns, parfois père fouettard sans imagination et parfois capable d'une fine compréhension de ses joueurs?

Une partie de la réponse est fournie dans la biographie que lui consacre Rosie DiManno, et dont la version française est sortie hier.

Cette journaliste de Toronto a réalisé de nombreuses entrevues dans le cadre de sa recherche. Une des plus intéressantes est celle de Lou Lamoriello, le grand patron des Devils du New Jersey, la dernière équipe dirigée par Burns dans LNH.

«Pat était une personne insécure - je crois que la plupart des gens ne s'en rendaient pas compte», dit-il.

Lamoriello avait embauché Burns à l'été 2002. À l'époque, celui-ci ne comprenait pas pourquoi il était boudé par des équipes en quête de nouvel entraîneur depuis son départ des Bruins de Boston, deux ans plus tôt. Lamoriello, écrit DiManno, lui avait donné une explication directe.

«Je lui ai dit:»C'est tout simple: tu étais un entraîneur qui usait tout le monde autour de toi - autant ta propre personne que tes joueurs.»»

Selon Lamoriello, avec le temps, Burns s'attribuait le succès de ses équipes et oubliait que les joueurs en étaient les premiers responsables. Ceux-ci finissaient par le lui reprocher.

DiManno ajoute que Burns n'avait jamais eu une conversation si limpide avec un directeur général, manifestement capable «de pouvoir lire en lui comme dans un livre».

Un an plus tard, avec Burns derrière le banc, les Devils remportaient la Coupe Stanley.

* * *

Après m'être plongé dans la biographie de Burns, j'ai relu certains articles de La Presse à l'époque où il dirigeait le Canadien.

Avec le recul, l'insécurité évoquée par Lamoriello est évidente. Sous ses allures de dur, Burns était rongé par le doute. Tenez, dès sa troisième saison, pourtant bien en selle, il a évoqué la perspective de perdre son emploi. Ce vague à l'âme était étonnant.

Quelques années plus tard, lors d'une visite de ses Maple Leafs à Montréal, il avait déclaré: «À toutes les années, il faut que je prouve ma valeur. Je n'ai pas été un joueur de la Ligue nationale, mais un simple policier».

Burns était fier de son premier métier. Mais il n'oubliait jamais que son passé était différent de ceux de Serge Savard ou de Jacques Lemaire, qui remportaient des Coupes Stanley pendant que lui menait des enquêtes en Outaouais.

Rosie DiManno, chroniqueure au Toronto Star, possède le sens du récit. Et la version française rend justice à son style vivant, qui met en évidence plusieurs épisodes marquants de l'intrigante carrière de Pat Burns.

L'entrée en matière, qui examine la jeunesse du futur entraîneur, est intéressante. Et les dernières pages, émouvantes, sont consacrées à son combat contre le cancer.

Il reste plusieurs choses à dire sur le séjour de Pat Burns à Montréal, qui a dirigé le Canadien durant quatre saisons et non pas trois, comme DiManno l'écrit au début du bouquin. Mais l'auteure contribue de belle façon à mieux comprendre cet énigmatique personnage.

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Rosie DiManno, Pat Burns, L'Homme qui voulait gagner, Éditions Hurtubise.

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