Coyotes: la LNH gagne le gros lot

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À défaut d'un match de la LNH, je me suis branché sur le web, mardi soir, pour écouter la séance du conseil municipal de Glendale.

Mon moment favori est survenu lorsque Greg Jamison a pris la parole. Ancien président des Sharks de San Jose, habitué des arcanes du pouvoir dans la LNH, le futur acquéreur des Coyotes s'est exprimé d'une voix grave, pesant chacun de ses mots. On se serait cru au théâtre.

«Une équipe professionnelle est soumise à une obligation très forte: être partenaire de la ville où elle est établie, a-t-il dit. Je crois profondément en cela. C'est pourquoi nous avons accepté d'éliminer 30 millions en coûts durant les cinq premières années du contrat.»

Avouez que Jamison ne manque pas de culot! La ville de Glendale, dont la situation financière est catastrophique, versera à son groupe 320 millions au cours des 20 prochaines années pour gérer le Jobing.com Arena.

Or, de la manière dont Jamison a présenté les choses, c'est comme si son groupe avait fait une concession de 30 millions à la ville.

Dans les faits, seul le calendrier des versements changera. La ville déboursera tout de même 71 millions de 2013 à 2017 pour assurer l'avenir de l'équipe dans le désert. Et elle paiera les 30 millions économisés au début du contrat au cours des années ultérieures.

La mairesse Elaine Scruggs, opposée à l'entente, a été claire à la fin de la séance: ce contrat de gestion est tout simplement une aide financière directe aux Coyotes.

Pour boucler son budget, Glendale devra couper des postes et diminuer ses services. N'en doutez pas: l'industrie du sport professionnel vient de remporter une grande victoire. Encore une fois, et malgré un contexte financier pénible, l'argent des contribuables servira à l'alimenter.

Le résultat du vote connu, Jamison n'a sûrement pas acheté un billet pour le mégatirage de 550 millions tenu hier soir aux États-Unis. Il venait déjà de remporter son gros lot.

Et si les Coyotes ne font pas leurs frais, demandez-vous? Aucun problème! Peu importe les termes de la prochaine convention collective, on sait déjà que les équipes riches transféreront encore plus d'argent à celles dans le besoin au cours des prochaines années.

Greg Jamison devrait envoyer un mot de remerciement aux propriétaires des Rangers de New York, des Maple Leafs de Toronto et du Canadien. C'est en partie grâce aux revenus générés par ces organisations qu'il pourra vivre de nouveau son grand rêve: diriger une équipe de la LNH.

Quant à Gary Bettman, le maintien des Coyotes en Arizona préserve en partie son héritage. Après le départ des Thrashers d'Atlanta pour Winnipeg, il n'aura pas à transférer une deuxième équipe d'une métropole américaine à un marché canadien plus modeste comme Québec.

* * *

Greg Jamison a jusqu'au 31 janvier pour compléter l'achat des Coyotes. Il serait étonnant qu'il ne réussisse pas. Après un si gros déblocage, son excellente réputation dans le hockey en souffrirait si le projet devait achopper.

Le futur président des Coyotes est un homme très habile. La manière dont il a manoeuvré au cours des derniers mois est impressionnante. Son style tout en douceur lui a permis d'atteindre ses objectifs. On ne l'a jamais entendu menacer qui que ce soit, ou multiplier des dates butoir pour augmenter la pression sur les autorités municipales.

À Glendale, ce dossier était une poudrière. Une personnalité plus abrasive que la sienne n'aurait pas réussi ce coup gigantesque.

Lorsqu'il était avec les Sharks, Jamison était un homme très influent dans la LNH. Il retrouvera vite son ascendant au Bureau des gouverneurs.

Résultat, les partisans de la ligne dure dans les négociations avec les joueurs trouveront un autre allié. Comme tous les dirigeants d'équipes établies dans des marchés fragiles, Jamison souhaite sûrement obtenir un maximum de concessions dans la prochaine convention collective.

Il s'agit d'ailleurs d'un problème important dans la LNH: les organisations qui fonctionnent rondement ne semblent pas avoir un grand poids. Cela explique aussi la durée du conflit.

* * *

Il était temps que la situation se règle à Glendale. Lorsqu'on en vient à connaître les noms de tous les membres du conseil municipal, c'est signe que le feuilleton a trop duré!

N'empêche que la tournure des événements ne constitue pas une bonne nouvelle pour Québec. La construction du nouvel amphithéâtre, déjà amorcée, faisait de la capitale nationale une destination de choix pour les Coyotes.

À court terme, il serait étonnant qu'une autre concession devienne disponible. La prochaine convention collective donnera sûrement de l'oxygène pendant quelques années aux équipes ayant du mal à boucler leur budget.

L'ennui, c'est que ce laps de temps permettra à d'autres villes de faire avancer leur propre projet visant à accueillir une équipe de la LNH. Seattle et Markham en sont deux exemples. Si des chantiers s'ouvrent en 2013, elles deviendront des concurrentes féroces.

Une expansion? Faudra voir dans quel état la LNH se retrouvera après ce long lock-out. La priorité sera d'abord de reconstruire les ponts avec les amateurs et les partenaires corporatifs. Pas sûr que la dilution du produit, conséquence inévitable d'une expansion, serait appropriée.

En revanche, si la LNH décide de mettre aux enchères deux nouvelles concessions, ce serait une bonne façon de toucher des centaines de millions en revenus supplémentaires.

Tout est possible, comme dirait l'autre...

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