Les Britanniques, la LNH et le point de bascule

Partager

Comment réagissent les Britanniques lorsqu'ils ont un gros problème sur les bras? Ils appellent un Canadien en renfort!

En 2010, aux prises avec plusieurs ennuis, la prestigieuse Royal Mail a embauché Moya Greene, alors présidente de Postes Canada. Résultat, la marge de profit est en hausse.

En 2011, les dirigeants de Heathrow n'ont pas compris pourquoi une chute de neige avait stoppé les activités de l'aéroport durant plusieurs jours. Comme La Presse l'a déjà raconté, Normand Boivin, numéro 2 d'Aéroports de Montréal, a donné son avis.

Impressionné par ses opinions éclairées, le conseil d'administration de Heathrow l'a nommé chef de l'exploitation. Résultat, la qualité du service a été impeccable lors des Jeux olympiques de Londres.

Cette semaine, la Banque d'Angleterre s'est tournée vers Mark Carney, gouverneur de la Banque du Canada, pour conduire son navire en cette période d'incertitude économique.

Si les Britanniques pigent allègrement au Canada pour sauver leurs institutions, peut-être qu'on devrait utiliser cette recette pour aider celles qui nous tiennent à coeur.

Tenez, un peu de sang neuf ne ferait pas de tort à la Ligue nationale de hockey. Imaginez la commotion si Richard Scudamore prenait la tête du circuit!

Bien sûr, cela n'arrivera pas. Scudamore est le grand patron de la Premier League anglaise de soccer. Des médias britanniques voient en lui le successeur de Bernie Ecclestone en Formule 1. Sous sa gouverne, la Premier League connaît une croissance phénoménale.

Un exemple: pour la période 2013-2016, le circuit touchera près de 9 milliards de dollars en droits de télévision. Les seuls revenus tirés de la diffusion des matchs à l'extérieur de la Grande-Bretagne atteindront 3,2 milliards, selon le Sports Business Journal.

Comment expliquer une telle réussite? Tout simplement parce que la Premier League fonctionne bien. Elle offre un merveilleux spectacle, comme l'excitante conclusion du championnat de la saison dernière l'a démontré. Manchester City a remporté les honneurs au terme d'une journée folle.

En Amérique du Nord, la Premier League gagne du terrain. Des milliers de Québécois sont devant leur écran les matins de week-end pour regarder un match.

Aux États-Unis, le réseau NBC versera 85 millions pour diffuser des rencontres la saison prochaine. C'est presque la moitié de la somme consentie à la LNH!

«On sent un intérêt véritable pour la Premier League», dit Patrick Leduc, l'excellent analyste de La Presse et RDS.

«Les amateurs développent des allégeances pour des clubs en particulier. Je ne suis pas convaincu que le soccer anglais soit le plus fort sur la pelouse, mais ça fonctionne rondement sur le plan du spectacle.»

* * *

La Premier League affronte aussi son lot de difficultés. Les disparités économiques entre les équipes riches et les autres causent un réel problème. L'ensemble du football européen fait d'ailleurs face à ce défi. On est à la recherche du «fair-play financier», un équilibre difficile à atteindre.

Mais si j'utilise l'exemple du soccer britannique, c'est pour démontrer à quel point la LNH se situe à contre-courant d'une tendance lourde dans le sport professionnel: le développement à la vitesse grand V.

De toutes les industries, celle du sport compte parmi les moins touchées par le ralentissement économique des dernières années.

La valeur des concessions a augmenté en flèche, les revenus de télé aussi. Des Jeux olympiques à la Ligue nationale de football, du baseball majeur au soccer anglais, les caisses enregistreuses sonnent plus fort que jamais.

Jusqu'au printemps dernier, la LNH participait à cet élan. Son modèle d'affaires fonctionnait bien, malgré quelques concessions chambranlantes. Le transfert réussi des Thrashers d'Atlanta à Winnipeg a cependant illustré la solution pour régler ce type de problème.

Aujourd'hui, l'essor de la LNH est brisé. Si un règlement avait permis l'ouverture de la saison le 1er décembre, la partie patronale aurait remporté une énorme victoire. Les joueurs avaient accepté une concession supérieure à 1 milliard.

En refusant cette offre, la LNH a pris un risque. Son absence de souplesse lui permettra peut-être d'arracher une convention collective plus avantageuse, mais la prolongation du lock-out atténuera les effets de ces bénéfices.

Reconquérir l'appui des fans et des partenaires d'affaires s'avérera plus difficile. Il faudra du temps avant que la LNH retrouve sa vitesse de croisière. La stratégie de la ligne dure lui a fait franchir un point de bascule décisif.

Contrairement à 2004-2005, l'enjeu n'est pas la refonte du modèle économique. Toutes les clauses en suspens, même celles liées aux droits contractuels des joueurs, se résument à une question d'argent.

Voilà pourquoi il est si difficile de comprendre l'obstination des propriétaires. Peut-être qu'ils obtiendront d'autres gains. Mais les millions de dollars qu'ils arracheront en concessions additionnelles ne compenseront pas les pertes encourues par la poursuite du lock-out.

* * *

Les pourparlers reprendront sous l'égide du Service de médiation américain. Pour que cette intervention soit salutaire, il faudra que la LNH négocie sérieusement.

Les médiateurs n'ont aucun pouvoir. Au mieux peuvent-ils persuader les parties d'accepter des compromis.

Le peu d'enthousiasme manifesté par Bill Daly, l'adjoint de Gary Bettman, me fait cependant craindre une autre déception. Souhaitons qu'en acceptant l'intervention des médiateurs, la LNH ne pose pas un simple geste de relations publiques.

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

la boite:1609999:box; tpl:300_B73_videos_playlist.tpl:file;

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer