Le laisser-mordre n'est pas terminé

Projet Montréal doit dévoiler la semaine prochaine le... (ARCHIVES LE SOLEIL)

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Projet Montréal doit dévoiler la semaine prochaine le règlement sur les chiens dangereux qui viendra remplacer celui de l'administration Coderre, qui avait interdit les pitbulls.

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Il y a deux ans, le Québec s'est émotivement lancé dans une conversation sur les chiens dangereux, en particulier les pitbulls. Émotivement? Quand une enfant est défigurée et qu'une femme adulte est tuée par des attaques de pitbulls, l'émotion va forcément faire partie des débats.

Dans la foulée de cette conversation nationale, Québec a promis d'agir et de plancher sur une loi antipitbull. C'était l'intention, au début : réglementer les pitbulls.

Puis, au fil des consultations, le gouvernement a bien vu qu'interdire les pitbulls était une demi-solution à un problème réel, celui des chiens dangereux. En chronique, j'avais évolué de la même façon.

Il est cependant faux de dire, comme l'affirme le conseiller de la Ville de Montréal Craig Sauvé, que légiférer sur les races de chiens «n'est pas scientifique». 

Ce qui est exact, c'est que les études sur la dangerosité des chiens sont tellement diverses par leurs méthodologies, les régions sondées et les époques comparées qu'il est impossible de même établir un consensus scientifique.

Le projet de loi porté par le ministre de la Sécurité publique Martin Coiteux a donc été amputé de ses éléments les moins consensuels, comme le ciblage des pitbulls. Il cible désormais les chiens potentiellement dangereux, il force l'enregistrement de tous les chiens dans les municipalités et la déclaration obligatoire des morsures.

Au strict point de vue législatif, disons de la gestion de la machine à saucisses législatives, Martin Coiteux a bien navigué : il présente un projet de loi qui a des chances d'être adopté dans le Parlement actuel. Parfait.

***

Sauf que dans le réel, la mouture actuelle du projet de loi va nous ramener à peu près au même point qu'avant que Québec n'offre une réponse législative au problème du laisser-mordre.

Ce que je lis donne une immense latitude aux municipalités pour réglementer les chiens potentiellement dangereux. OK, en apparence, cela est formidable et cela respecte l'autonomie accrue des villes prônée par le gouvernement...

Mais si la municipalité où tu habites se fiche de la gestion des chiens potentiellement dangereux, il va se passer quoi? Rien, j'en ai bien peur.

Bien peu de municipalités vont vouloir se taper le trouble de serrer la vis aux imbéciles qui ne savent pas contrôler leurs bêtes... Parce que c'est du trouble, gérer les chiens.

Après avoir écrit sur les pitbulls et les chiens dangereux, en 2016, j'ai reçu des centaines de réactions par courriel, dont un bon nombre de proprios de pitbulls pour qui il n'existe jamais, qu'importe les circonstances, de chien plus dangereux qu'un autre. Pour ceux-là, le chien-saucisse ou le caniche nain sont aussi dangereux qu'un pitbull...

Et puis, disent-ils, de toute façon, quand un chien attaque, qu'est-ce qui prouve que c'était un pitbull, Monsieur le chroniqueur? Je vais résumer leur posture, sans m'attarder à leurs métaphores impliquant la Shoah : le pitbull qui n'a jamais mordu est un bon pitbull...

Et le pitbull qui a mordu n'était probablement pas un pitbull, rien ne prouve que c'était un pitbull, d'ailleurs les pitbulls ne forment pas une race et puis, Monsieur le chroniqueur, avez-vous personnellement fait un test d'ADN?

Mais dans les réactions reçues, ce qui était sidérant était le désarroi désespérant de citoyens qui doivent vivre avec des voisins tarés qui ne contrôlent pas - et qui ne veulent pas contrôler - leur chien.

Des citoyens qui sont terrifiés quand les pitbulls du voisin viennent jouer sur leur terrain en grognant, parce que la clôture de la cour de leur maître est mal sécurisée. Des citoyens terrifiés quand un chien, pas nécessairement un pitbull, prend les enfants en chasse dans la ruelle, tous crocs sortis.

Ces citoyens-là, quand ils appellent la police, le 911 ou la municipalité, ils ne sont généralement pas pris au sérieux.

Ils se font dire de rappeler si le chien mord...

Ce que je me suis fait dire à l'été 2016, en appelant le 911.

La future loi va-t-elle changer cette attitude de laisser-mordre? Pas sûr.

***

Au moins, la police, la Couronne et les tribunaux ont récemment envoyé un message clair aux proprios de chiens qui ne contrôlent pas leurs bêtes : si votre chien mord, vous risquez la prison. C'est ce qui est arrivé au proprio des chiens qui ont attaqué Vanessa Biron.

Mais j'espérais du projet de loi de Martin Coiteux qu'il sonne la fin du laisser-mordre. J'espérais que tous les Québécois, hommes, femmes et enfants, soient protégés de la même façon, au-delà de la volonté ponctuelle de la municipalité où ils s'adonnent à habiter. En amont d'un drame.

Je lis le projet de loi et on est loin de ça. On aura une loi, c'est mieux que rien, il y a des avancées, mais ça ne sonne pas la fin du laisser-mordre au Québec.

Prédiction funeste : il y aura d'autres attaques, et on découvrira encore que le chien mordeur avait fait la preuve de sa dangerosité dans le passé. On découvrira que leurs maîtres s'étaient comportés en parfaits cabochons, comme les maîtres des chiens qui ont blessé la petite Vanessa Biron et tué Christiane Vadnais.




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