Pourquoi Valérie Plante a gagné

« Valérie Plante a gagné. Elle a gagné contre... (Photo Martin Chamberland, La Presse)

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« Valérie Plante a gagné. Elle a gagné contre toute attente. Depuis que j'ai l'âge de suivre la politique, je ne me souviens pas d'un revirement de situation aussi spectaculaire, au Québec », écrit Patrick Lagacé.

Photo Martin Chamberland, La Presse

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Elle a gagné. C'est incroyable de le penser, mais Valérie Plante a gagné la mairie de Montréal. Qui l'eût cru il y a six, sept semaines ? Personne. Pas moi, en tout cas.

J'avais beau avoir d'immenses réserves sur Coderre, je le pensais indétrônable. Je le voyais pour ce qu'il était : une bête politique hyperdouée... Malgré la bourde du feuilleton des billets de la Formule E.

J'étais sûr qu'il allait dévorer tout rond Valérie Plante, inconnue hors de son arrondissement il y a un an quand elle a gagné (contre toute attente) la course à la direction de Projet Montréal, lui, l'omnimaire connu de tous.

Un maire qui avait convaincu bien des gens que si Montréal avait retrouvé son dynamisme, c'était grâce à lui. Et seulement à lui.

Mais Valérie Plante a gagné. Elle a gagné (encore une fois) contre toute attente.

Depuis que j'ai l'âge de suivre la politique, je ne me souviens pas d'un revirement de situation aussi spectaculaire, au Québec.

Mme Plante a eu raison : elle était bel et bien l'homme de la situation...

***

La première fois que j'ai entendu parler de Richard Bergeron, il avait des idées jugées radicales. C'était quelque part dans la première partie des années 2000.

Il parlait d'une ville moins portée sur l'auto. Il avait même écrit un livre anti-voitures, Le livre noir de l'automobile. Il rêvait de rues piétonnes et de tramways...

La première fois que j'ai entendu parler de Richard Bergeron... Hum, voulait-il piétonniser l'avenue du Mont-Royal ? Ou y interdire les voitures ? J'oublie...

Toujours est-il que c'est lui qui a fondé Projet Montréal et qui a brigué plusieurs fois la mairie de Montréal pour ce parti, sans succès.

On le dépeignait comme un extrémiste avec ses idées modernes. Imaginez : une ville pensée pour les gens qui l'habitent... Méchant malade !

En 2013, après une autre défaite, il a largué Projet Montréal et il a rallié l'Équipe Coderre. Il voulait goûter au pouvoir, une fois, au moins...

Et il y a quelques jours, juste avant un vote qui s'annonçait serré, l'ex-chef de Projet Montréal a traité son ancien parti de ramassis d'extrémistes...

Y a pas à dire, M. Bergeron a toujours eu de bonnes idées, qu'il a su porter avant leur temps.

Pour le timing, c'est une autre affaire.

***

Elle a gagné.

Il faut lui accorder un peu de mérite, quand même. Denis Coderre a perdu, et je veux bien reconnaître que ceux qui le haïssaient le haïssaient en tabarslak, en tout cas assez pour aller voter la rage au coeur...

Mais Valérie Plante ne doit pas son élection uniquement à un mouvement anti-Coderre.

Il y a le style, d'abord.

Ses sourires et ses rires étaient plus grands grâce au contraste flagrant entre elle et son adversaire : depuis un an, Denis Coderre bougonnait et pestait la plupart du temps.

Il y a le fond, ensuite. Projet Montréal est dans le paysage depuis 2004, ses idées sont connues, son approche générale est encore celle de Richard Bergeron : penser la ville en fonction de ceux qui l'habitent, à hauteur de souliers et de bottes, de vélos et de poussettes.

C'était une idée radicale il y a dix, douze ans. Radicale dans le sens que bien peu de gens parlaient de ça. Que « ça » avait bien peu de relais en politique...

Puis, petit à petit, Projet Montréal a gagné des quartiers. Et les gens ont aimé ce que ces « extrémistes » avaient à proposer.

Pour les non-Montréalais, bien sûr que ça complique un peu les choses. Ça les emmerde, je comprends. Mais je ne sympathise pas du tout...

Parce que cette saillie de trottoir contre laquelle tu pestes, ami banlieusard, cette saillie de trottoir qui t'enlève un spot de stationnement devant ton troquet préféré, eh bien, cette saillie de trottoir est à mes yeux un aménagement intelligent qui protège mieux mon fils de 12 ans quand il traverse la rue, dans MON quartier.

Voilà. Rien de personnel...

Projet Montréal, c'est aussi ça : un parti qui a impressionné ceux qui ont voté pour lui, dans les arrondissements.

Luc Ferrandez, que vous aimez haïr de Mont-Laurier à Gaspé ? Il a été réélu avec 65 % des voix ; c'était 50 % la dernière fois.

Doit faire de quoi de correct...

***

Le danger qui guette Projet Montréal ?

Au pif, je dirais ceci : la certitude des premiers de classe.

Ils sont au courant des dernières innovations super méga cools dans les villes reculées du Danemark, les gens de Projet Montréal. Ils en parlent avec maestria. Mais certains d'entre eux ont parfois de la misère à comprendre que tout le monde n'a pas forcément lu tous les livres de Jane Jacobs...

J'exagère. Mais vous comprenez ce que je veux dire. Si Coderre avait une arrogance toute populiste, certains « projettistes » ont parfois l'arrogance des champions de Génies en herbe.

Ça reste de l'arrogance.

***

La fameuse ligne rose prônée par Valérie Plante est peut-être une utopie. Peut-être que c'est trop cher. Peut-être que c'est trop compliqué.

Mais j'aime mieux rêver de stations de métro que de payer des taxes pour construire un maudit stade de baseball pour subventionner cette industrie milliardaire hyper profitable qu'est le baseball majeur, pour laquelle Denis Coderre était prêt à bien des compromissions, la moins grave étant d'enfiler l'uniforme vintage tricolore des Expos...

Je ne sais pas si on aura cette ligne rose, « engagement » de Valérie Plante (alors qu'elle n'a absolument pas le pouvoir de la concrétiser, même si elle se réveille mairesse)...

Mais je sais que pour au moins quatre ans, mes taxes ne serviront pas à financer un stade pour les Expos 2.0.

Vous direz au bien prospère Stephen Bronfman que s'il veut un stade neuf, eh bien, il n'a qu'à le financer avec le fric qu'il planque dans les paradis fiscaux.

Avec le fric des taxes, je préfère payer pour des saillies de trottoir. Je soupçonne qu'il va y en avoir de plus en plus.




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