Rien ne se perd, rien ne se crée

Patrick Lagacé... (Photo archives La Presse)

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Patrick Lagacé

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Qu'a dit Antoine Laurent de Lavoisier, chimiste français moins célèbre que ses mots?

Allez, un petit effort...

Voici ce qu'a dit M. Lavoisier dans son Traité élémentaire de chimie en 1789 (cette année-là, comme toutes les années depuis 1993, le Canadien n'avait pas gagné la Coupe, pire, il n'avait pas fait le détail), il avait dit, donc : «Dans la nature, rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme...»

Ainsi, à la tête du Canadien, Claude Julien va succéder à Michel Therrien qui vient d'être congédié, comme il avait succédé à Michel Therrien qui venait d'être congédié en 2003. Rien ne se perd, rien ne se crée, indeed...

Cette répétition du grand cercle de la vie d'entraîneur de hockey professionnel fait penser non pas à une scène du Roi lion, mais bel et bien à une scène dans Le jour de la marmotte, où le Phil de Bill Murray revit sans cesse la même journée qui recommence, sauf qu'il est le seul à le savoir, tous ceux que Bill-Phil croise l'ignorent...

Donc, il y a cette scène où Phil demande à la serveuse du restaurant : 

«Est-ce que vous avez des déjà-vu, Mme Lancaster?

- Je ne crois pas, mais je vais demander en cuisine.»

Un déjà-vu...

C'est cela ! Nous sommes dans un déjà-vu!

Michel Therrien a dû se sentir comme Phil mettant pour la énième fois le pied dans la gadoue en descendant du trottoir du village quand il a appris le congédiement de Claude Julien, la semaine passée...

En fait, nous sommes dans un déjà-vu lui-même enroulé dans un quasi-déjà-vu, pour être rigoureusement exact. Permettez que je m'explique...

Le remplacement de M. Therrien par M. Julien (premier déjà-vu) pour éviter la répétition de la débandade du CH de l'an dernier, dont on sentait une possible réédition poindre dans les récents ratés de l'équipe (le quasi-déjà-vu, que la venue de M. Julien vise à empêcher)...

Comme rien ne se perd, que rien ne se crée et que tout se transforme, Michel Therrien ira sans doute coacher une autre équipe prometteuse qu'il ne pourra pas - encore - amener à fleurir jusqu'au bout de ses pétales, comme le Canadien des récentes années, comme les Penguins de Pittsburgh de 2009.

À moins qu'il ne redevienne coachnaliste à RDS, comme il l'était avant de revenir diriger le CH. Ou, puisque tout se transforme : à TVA Sports plutôt qu'à RDS...

S'il aboutit dans un studio de TV, Michel Therrien ira donc côtoyer les mêmes journalistes qu'il méprisait ouvertement hier encore, lui qui accueillait les questions sur la présence parfois inexplicable de David Desharnais sur le jeu de puissance avec la même hargne que si on lui avait demandé de produire un extrait vidéo de sa dernière coloscopie, là, en direct à la TV.

Rien ne se perd, rien ne se crée : oui, il me semble en effet que le Michel Therrien 2.0 était comme le Michel Therrien 1.0 : prisonnier du genre de colère difficilement contenue, du genre qui fait froncer les sourcils de votre cardiologue.

Job stressant, dites-vous?

Bien sûr, bien sûr...

Mais Barack Obama parvenait à avoir l'air détendu en public même après avoir autorisé un raid sur Oussama ben Laden. Alors come on, pour la pression, il y a pire dans la vie que gagner 2 millions US par année pour dessiner des X et des O sur un tableau blanc et répondre aux questions des journalistes affectés à la couverture du CH : 100 points de presse en tant que coach du Canadien ne sont pas aussi désagréables qu'une seule entrevue chez Paul Arcand en tant que ministre des Transports.

On rit, on est dans la pop-psycho, mais avoir un air bête 24/7, peut-être que ça abîme tes relations avec les joueurs, la matière première de cette industrie qu'est le hockey professionnel? Anyway, c'est toute la faute à P.K...

Rien ne se perd, rien ne se crée : c'est vrai chez les fans et les féfans : l'arrivée de M. Julien va nous pousser à espérer, encore, avec la même foi pas trop cachée, des lendemains qui se transforment en Coupe Stanley.

Mais peut-être que nous jouons sans le savoir dans Le jour des perdants, où le Canadien de Montréal revit - façon Jour de la marmotte - la même saison couci-couça année après année, totalement synchro avec cette société dont il est un des fleurons : ni bon ni mauvais, juste moyen, la ligne le séparant de la médiocrité étant aussi mince que le ligament collatéral interne de Carey Price. Peut-être que changer le coach ne change rien au film...




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