Message à des chauffeurs de la STM

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Patrick Lagacé

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Les chauffeurs de la Société de transport de Montréal (STM) doivent remplir un formulaire avant de partir sur la route. C'est la Société de l'assurance automobile du Québec (SAAQ) qui l'exige, une façon d'attester de la conformité mécanique du véhicule lourd. Ça s'appelle un «bulletin de travail».

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L'ancien formulaire

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Le nouveau formulaire

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Or, le bulletin de travail exigé par la SAAQ a été modifié en date d'hier. La chose était attendue, prévue : la direction de la STM et le syndicat avaient eu des discussions à ce sujet. Le syndicat aurait voulu une formation pour préparer les chauffeurs au nouveau formulaire.

Le boss a dit non, il a dit on se calme, c'est un formulaire très légèrement modifié...

Et après avoir vu les deux formulaires - le lecteur peut comparer les deux versions, dans cette chronique -, je comprends la direction de la STM d'avoir résisté à l'idée de donner une formation pour un nouveau formulaire identique quasiment en tout point à l'ancien.

Après discussion, le SCFP et la STM ont convenu d'informer par diverses mesures les chauffeurs de la nouvelle façon de remplir ce bulletin de travail très légèrement modifié.

Dans les huit garages de la STM, on a donc monté un stand d'information d'une journée. On a envoyé un dépliant explicatif au domicile des chauffeurs. On a installé des panneaux géants dans les garages. La STM avait prévu hier deux chefs d'opération plutôt qu'un seul comme c'est le cas d'habitude, pour informer les chauffeurs qui auraient des questions...

Les chauffeurs des garages Stinson, Saint-Denis, LaSalle, Mont-Royal, Legendre, Frontenac et Saint-Laurent ont tous miraculeusement compris comment remplir le formulaire, hier matin. Et leurs autobus ont pris la route sans problème.

Sauf les autobus du garage d'Anjou.

***

Au garage d'Anjou, 84 chauffeurs ont choisi de ne pas comprendre le formulaire 2.0, et les usagers d'une vingtaine de circuits ont attendu en vain un bus qui n'est jamais arrivé, en pleine heure de pointe matinale. À cause d'un formulaire...

On chuchote que le fond de l'affaire serait une lutte intestine dans le SCFP, qu'il y a en filigrane un VP de la section locale 1983 qui, au garage d'Anjou, serait...

Stop, j'arrête ici.

J'arrête ici parce qu'on s'en contre-sacre, des raisons. À la fin, tout ce qui compte, c'est que les chauffeurs syndiqués SCFP d'Anjou ont décidé de faire suer, contrairement à leurs camarades des sept autres garages de la STM : il y a à Anjou 84 chauffeurs divorcés du réel. Et ils ont été vaillamment défendus par le SCFP.

Je ne suis pas un mange-syndicat. J'ai cent fois dit que le syndicalisme est un contre-pouvoir essentiel dans plusieurs pans de l'activité économique. Un contre-pouvoir imparfait, puisque rien ne l'est, parfait.

Mais nous vivons une ère où le syndicat n'a pas tellement d'amis, hors de la nébuleuse syndicale. Quand tu n'as pas de protection syndicale, quand tu n'as pas de régime de retraite public, quand ta journée de maladie, tu la prends à tes frais... disons que ton premier réflexe de solidarité sociale n'est pas nécessairement de descendre dans la rue parce que les chauffeurs SCFP de la STM devront désormais payer une cotisation de 9 % plutôt que de 6% à leur régime de retraite.

On sait ça, on sait que des forces du patronat et du fric - ici et ailleurs - aimeraient bien que le syndicalisme ne soit qu'une carpette, question de mieux s'essuyer les pieds sur les travailleurs. On sait ça.

Les gars et les filles du garage d'Anjou le savent probablement. Leurs chefs syndicaux le savent assurément. Ils savent que les syndicats n'ont pas la cote, même (surtout?) chez les travailleurs qu'ils trimballent matin et soir...

Et que font-ils?

Ils laissent des centaines de personnes sans service par un matin de première neige!

Coudonc, à la section locale 1983 SCFP, êtes-vous conseillés par le Conseil du patronat?

***

Parmi ces centaines de personnes laissées sur le trottoir hier matin, combien ont dû renoncer à des heures de salaire ? Combien ont dû tout simplement prendre un congé non payé, hier?

Ça, on ne le sait pas. Impossible de comptabiliser ces pertes. Eux, ces usagers lésés, ces travailleurs floués, ils le font où, leur grief? Qui les remboursera pour ces heures de travail perdues?

Je ne sais pas.

Ce que je sais, c'est que sur le nouveau formulaire «bulletin de travail» qui a tant fait pester les chauffeurs syndiqués de la STM du garage d'Anjou, il y a une ligne qui n'a pas changé, une ligne qu'on a transposée au nouveau formulaire.

Une phrase écrite en petits caractères, comme si on voulait s'excuser d'avance par le graphisme. La voici : «Pour le remboursement fait à partir d'un téléphone public, inscrire votre # de matricule et le montant dans la case "téléphone"».

Oui, ça doit faire chaud au coeur des gens qui ont attendu leur autobus en vain, hier, sur 23 routes de l'est de Montréal : si leur chauffeur-syndiqué-SCFP fait un appel d'une cabine téléphonique pour signaler un bris mécanique, eh bien, la STM lui remboursera le prix de l'appel...

Daniel Leroux, VP du syndicat SCFP des chauffeurs STM, ne m'a pas rappelé, hier. Je n'avais pourtant qu'une seule question pour lui...

C'est rendu combien, un appel d'une cabine téléphonique, de nos jours?

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