La police politique, version péquiste

Le chef péquiste Jean-François Lisée veut que la... (Photo Jacques Boissinot, La Presse Canadienne)

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Le chef péquiste Jean-François Lisée veut que la Sûreté du Québec soit obligée d'avertir les formations politiques si un de leurs élus est dans le viseur des policiers.

Photo Jacques Boissinot, La Presse Canadienne

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Il y a quelques années, la police de Montréal a cogné à la porte du député Amir Khadir pour procéder à l'arrestation de sa fille. La police la soupçonnait d'avoir participé à des méfaits pendant le printemps étudiant de 2012 (elle a reçu une absolution conditionnelle).

Quelques semaines plus tard, un policier montréalais m'avait confié que l'arrestation de la fille d'un député de l'Assemblée nationale était politiquement délicate.

- Normalement, on aurait dû aviser la Sûreté du Québec, par courtoisie.

- Et vous ne l'avez pas fait ?

- Non. On craignait que la SQ n'avise Khadir.

Je savais et écrivais déjà à l'époque que la SQ était une police politique : dans les années 70, 80, 90 et pour l'essentiel des années 2000, la SQ n'avait à peu près jamais inquiété le pouvoir politique - bleu ou rouge - avec des enquêtes criminelles en matière de corruption.

Quand même, pour l'arrestation de la jeune Khadir, j'étais étonné : on parlait ici de la fille d'un député de Québec solidaire, un tiers parti, pas de la fille d'un ministre du gouvernement...

- Pas grave, avait rétorqué mon interlocuteur, la SQ protège le pouvoir et dans son optique, même un député de Québec solidaire, c'est le pouvoir.

Une affirmation qui recoupait d'autres faits troublants sur la relation symbiotique pouvoir-SQ, résumée par un policier non identifié qui a déclaré ceci en 2012 à l'émission Enquête, au sujet de la SQ : « De façon générale, il y a un principe non écrit de protection du gouvernement. »

C'est pourquoi je ne doute pas une seconde qu'en 2012, la SQ ait pu « informellement » avertir le gouvernement Marois que des élus étaient apparus sur le radar des policiers.

Le chef péquiste veut que le processus soit formalisé, que la SQ soit obligée d'avertir les formations politiques, si un de leurs élus est dans le viseur des policiers.

Pendant des années, j'ai décrié ce « principe non écrit de protection du gouvernement », j'ai décrié cette police politique au nom d'une évidence : si, dans les années 70, 80, 90 et 2000, la SQ avait fait son job et avait enquêté sur les appels d'offres truqués, les élections clés en main et les pots de vin déguisés en dons politiques, nous n'aurions pas eu besoin d'une commission Charbonneau.

Et là, au moment où la police provinciale commence à faire son job d'enquête au mépris des considérations politiques - un maire de Montréal arrêté, un maire de Laval arrêté, une ex-vice-première ministre arrêtée, entre autres -, le chef péquiste voudrait attacher un boulet politique aux pieds des enquêteurs ?

Euh... Non !

La police doit pouvoir faire son job, point. Ce n'est pas son job de prévenir - formellement ou informellement - les employeurs de ses cibles qu'une enquête policière a eu lieu, qu'elle est en cours ou qu'elle pourrait avoir lieu. Même si cet employeur est l'État.

Un exemple de la bêtise de cette idée ? Il y a quelques années, la Sûreté du Québec a eu la brillante idée de prévenir « informellement » le gouvernement Charest que des chefs de la FTQ étaient ciblés par une enquête criminelle, Diligence II.

Au gouvernement de Jean Charest, quelqu'un a alors eu la tout aussi brillante idée de prévenir la FTQ qu'elle était dans le viseur de la SQ. Résultat : les cibles syndicales ont cessé de parler librement dans leurs conversations téléphoniques, évoquant ouvertement leur connaissance d'une enquête policière en cours ! Du stuff de république de bananes...

(Le Québec étant le Québec, personne au gouvernement n'a été inquiété pour cette fuite, pas plus que la SQ : on a plutôt déclenché une enquête pour savoir qui avait osé parler de ce scandale au Journal de Montréal !)

La seule chose dont la police a besoin, c'est d'encore plus d'autonomie face au pouvoir politique. Par exemple, que les leaders de la SQ et de l'UPAC soient nommés par un vote des deux tiers de l'Assemblée nationale, comme c'est le cas pour le Vérificateur général. Un mandat de 10 ans, comme le directeur du FBI américain, non renouvelable1.

Mais ça, on le sait, le PLQ n'en veut pas. Comme quoi les velléités de contrôle de la police n'ont pas de couleur, au Québec : ni M. Lisée ni M. Couillard ne souhaitent une véritable autonomie de la SQ.

1. Un article du Guardian sur le FBI illustre à merveille ce qu'est un corps de police indépendant du politique.

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