Gilles Vigneault, en 86 mots

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En 10 ans, j'ai écrit combien de mots sur le débat identitaire ? Oh, au début, nous n'appelions pas cela le « débat identitaire », non, c'était le débat-sur-les-accommodements-raisonnables.

Donc, en 10 ans, combien de mots ?

Voyons voir... Du kirpan à l'école à la commission Bouchard-Taylor en passant par la Charte des valeurs et Hérouxville, sans oublier le burkini et les joueuses de soccer portant un hijab...

Des milliers de mots, c'est sûr.

Ce que je disais dans ces milliers de mots, au fond, c'est ma certitude que l'avenir de la Nation n'est pas menacé par des ajustements aux règles de stationnement pour la Chavouot juive ou par les éducatrices en garderie portant le hijab. Je réfute ça, complètement. Non, nous sommes plus forts que ça.

J'ai écrit des milliers de mots là-dessus en 10 ans, alors imaginez ma gêne quand, en 86 mots, Gilles Vigneault est venu exprimer la semaine passée tout ce que j'aurais voulu écrire, si j'avais le talent de M. Vigneault pour la vie et pour les mots...

Le père de Gens du pays était au dévoilement de la murale de Laurent Gascon à son effigie, jeudi dernier dans Hochelaga-Maisonneuve. Il était pour l'occasion interviewé par Radio-Canada. Dans l'extrait, la journaliste demande donc à M. Vigneault ce qu'il a encore à raconter, à 88 ans...

« Il semble qu'il y ait encore beaucoup à dire, répond-il, toujours vif comme un lynx. Et je pense que tout n'a pas été dit. Il faut arriver à parler d'identitaire sans avoir à émettre des lois et des règlements sur l'identitaire, ce qui laisserait entendre que l'identitaire est disparu, qu'il n'existe plus. Il faut que l'identitaire sorte des gens naturellement, et qu'on n'ait pas à l'identifier tous les jours. Surtout, qu'on n'ait pas à l'identifier contre quelque chose. Il faut que ce soit pour les gens, et pour ceux qui s'en viennent. »

J'ai entendu ces 86 mots magnifiques et je me suis dit que c'était ce que je voulais dire depuis 10 ans : oui, on est « contre » les non-Tremblay-de-souche-catho-francos quand on fait bruyamment et systématiquement la danse du bacon à propos des signes et des pratiques des « autres », quand on érige en péril existentiel chaque fait divers identitaire, quand on dit qu'il y a des accommodements qui ne sont pas déraisonnables...

Non, on n'a pas besoin de tout codifier dans des lois et dans des chartes au nom des valeurs et de l'identité. L'identité se vit au jour le jour, elle s'affirme naturellement, et de toute façon, elle est assez forte, notre identité nationale, pour s'imposer dans le quotidien des choses, dans l'imaginaire québécois. Dire ça, ce n'est pas espérer la charia...

Bref, j'ai entendu ces 86 mots de M. Vigneault et je me suis senti moins seul dans la gang qui regarde ailleurs quand des gens de mon pays pensent que le burkini annonce l'islamisation prochaine de la nation, qui pense que mon peuple est assez fort pour résister à toutes sortes de tracasseries et picossages, que mon peuple n'est pas soluble dans le halal ou dans le cachère...

Ah, j'oubliais...

Après l'envolée de M. Vigneault, la reporter le relance : « Je sens la référence politique dans votre commentaire », dit-elle. Le poète : « Ça peut m'arriver ! »

Et il a dit ça avec le sourire d'un homme qui sait qu'il ne mourra jamais.

JFL 2.0

Grands dieux, je ne reconnais plus Jean-François Lisée !

D'abord, il est chef du Parti québécois, même moi qui le connais un peu dans le civil, ça me surprend. Chef, comme Bouchard, comme Lévesque, comme Parizeau ? Ayoye. Chef, après avoir vécu une mort politique dans le « moment Péladeau » ?

Ensuite, le JFL qui se distanciait discrètement de la Charte après la volée électorale de 2014 est le même JFL qui a fait campagne en se faisant le champion de l'identité, lui qui a assis l'épouvantail d'Adil Charkaoui sur les genoux d'Alexandre Cloutier, dans une manoeuvre de culpabilité par association aussi détestable que celle que le PM vient de faire en lui collant un logo subliminal du Front national sur le revers du veston...

C'est ce même Lisée qui a prononcé le mot « identité » une seule fois dans son discours-fleuve de vendredi, on aurait cru qu'il n'avait jamais surfé sur cette vague qui finit toujours par trouver son burkini...

Et c'est toujours Lisée qui promet comme chef du PQ d'intégrer certaines des vues d'Alexandre Cloutier - qu'il décrivait comme un multiculturaliste - sur la laïcité pour « rééquilibrer » les siennes...

Mais le Lisée que je reconnais le moins, c'est le Lisée public. Le Lisée 1.0 « passait » difficilement, il était vu comme hautain, comme condescendant... Et, en certains quartiers, uniquement comme hautain et condescendant. Le Lisée 2.0 a réussi à montrer son côté givré et facétieux. C'est aussi ce que le PQ a acheté, vendredi dernier, en consacrant Lisée, qui fait un « comeback » politique digne du Robert Bourassa 2.0 de 1985.

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