L'objet neuf ne reste pas neuf longtemps

Si notre chroniqueur s'est acheté du bonheur, le... (PHOTO TOMOHIRO OHSUMI, BLOOMBERG)

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Si notre chroniqueur s'est acheté du bonheur, le prix du bonheur se situe juste un peu sous la barre des 1000 $.

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J'ai acheté un nouvel objet, il n'y a pas si longtemps.

C'est un objet dont je n'avais absolument pas besoin. En fait, c'est la réplique d'un objet que je possédais déjà et qui fonctionnait encore très bien : il vibrait au bon moment, il faisait du bruit au bon moment, il m'informait de façon fiable de choses parfois importantes et souvent de choses pas importantes. Bref, il accomplissait avec célérité toutes les tâches exigées de lui.

À ma courte honte, je vous le confesse : l'ancien objet n'avait pas encore succombé à l'obsolescence programmée. J'ai moi-même programmé son obsolescence en succombant à la tentation de le remplacer par un autre objet, qui se targue d'avoir deux avantages sur l'ancien objet.

Le premier avantage est virtuel : l'objet neuf a davantage d'espace de stockage, dont je n'ai pratiquement pas besoin.

Le second avantage est mesurable dans le réel : il est un peu plus gros que l'ancien. Juste un peu, en fait. Il y a des chances que je sois tombé dans ce vieux piège qui consiste à se convaincre que quelques pouces feront toute la différence.

L'ennui, c'est que quand je mets l'objet nouveau dans ma poche de pantalon, il menace d'en sortir. L'ancien s'y lovait sans pépin.

On dira que je me suis acheté du bonheur. Si c'est le cas, le prix du bonheur se situe juste un peu sous la barre des 1000 $. Mais je vous jure que je ne cherchais pas du bonheur, je voulais simplement un nouvel objet. Je savais que je ne serais pas plus heureux en sa compagnie. Et le pire, c'est que les millions et les millions et les millions de dollars amassés par la vente de cet objet partout à travers le monde ne font probablement même pas le bonheur des héritiers du type qui a inventé l'objet qui nous occupe.

Non, vraiment, ce qui me surprend, c'est de voir à quelle vitesse je me suis habitué au nouvel objet, à quel point je me suis rapidement lassé de ce nouvel objet.

Les premières heures, les premiers jours, je prenais l'objet en question dans ma main et, à chaque manipulation, un petit frétillement s'éveillait quelque part dans mon cortex, le cerveau reptilien, dirait doctement Clotaire Rapaille.

Puis, tout comme la vague efface le message qu'on a écrit dans le sable à Punta Banana, le temps a passé et ledit frétillement a disparu. Je me suis mis à manipuler l'objet nouveau avec la même méthodique indifférence qui présidait à ma manipulation de l'ancien objet.

Question accessoire : quand le frétillement disparaît, peut-on dire de l'objet qu'il est encore « nouveau » ?

Je ne sais pas.

Mais heureusement, l'objet nouveau-plus-si-nouveau a une fonction permettant de l'interroger (sans farce !) : on appuie longtemps sur un bouton et une voix nous demande ce qu'on veut. On répond. Parfois, l'objet a une réponse. Je me demande si l'objet sait ce que « frétillement » veut dire.

L'ironie, c'est que l'ancien objet dort désormais dans le tiroir d'une commode que je ne remarque même plus, mais qui m'a fortement fait frétiller, elle aussi, quand je l'ai achetée, naguère. Une partie de notre civilisation réside dans cette image : un objet qui m'indiffère dort oublié dans un autre objet qui m'indiffère, tous deux soudés en un tout que je ne remarque plus.

J'ai acheté un nouvel objet, il n'y a pas si longtemps.

Je ne le remarque plus, pis ça me trouble.

J'ai l'air de parler de consommation, mais je pense que non. Je parle de désir. Et si la fugacité du désir ne vous trouble pas, vous, ben, je vous envie. C'est samedi, bon magasinage.

TRUMP

Avez-vous vu les partisans de Trump qui agressent les dissidents, dans ses rassemblements ?

Avez-vous entendu Trump qui approuve ?

Avez-vous peur ?

À VISAGE DÉCOUVERT

Il fut une époque où je bloguais, j'étais donc exposé à la bêtise de la section des commentaires, ce qui revient à dire : la bêtise de l'Homme (ça vous inclut, les filles).

J'avais cette certitude, à l'époque : l'impunité de l'anonymat favorisait la prolifération de la bêtise dans cet univers virtuel. J'avais tort.

Nous assistons à quelque chose comme la fin d'une époque dans l'histoire de l'humanité : la bêtise s'affiche de plus en plus à visage découvert, avec son nom, avec sa photo, avec les photos des membres de sa famille.

La bêtise ne se cache plus.

Agglomérée, elle est désinhibée, sent les fesses de ses semblables. Se sent bien, au soleil.

Je vous dis ça parce que vendredi, la page Facebook d'une émission de Radio X à Québec a publié une photo des premières dames du Canada et des États-Unis, toutes deux en robes de designer. Sous la photo, une question : « Pour une nuit : Sophie ou Michelle ? - cliquez sur l'image pour exprimer votre opinion »...

Oui, il y a de la bêtise au pixel carré dans l'idée même de ce sondage, c'est vrai. Mais c'est dans la section commentaires qu'on retrouve le caractère désinhibé de la bêtise moderne...

Tout un aréopage de zauditeurs ont répondu, la grande majorité à visage découvert. « Michelle sans hésiter. Elle chantera pas pendant l'acte », nous a assuré Gabriel Montambault, qui, pour toute son assurance sur ce qui se passerait pendant « l'acte », publie exactement zéro photo de lui avec des filles, que des photos de lui, seul, mille photos de lui, seul. « Michelle », a répondu Richard Boutet, homme de peu de mots, originaire de Saint-Michel-des-Saints. « Moi, c'est Sophie par défaut car Michelle est en réalité un homme », a opiné François Morin, de Montréal, qui a passé dix ans dans les Forces canadiennes et qui publie des vidéos ludiques ainsi que des contenus conspirationnistes.

Bien sûr, l'animateur du show va faire deux heures de radio au moins avec ce bout de chronique, lundi.

Bien sûr, il y aura un Trump ici aussi, un jour. Inévitable, le marché est là.

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