L'ère du 0,05 mg, c'est pour bientôt?

Le Québec est la seule province canadienne qui... (PHOTO ÉTIENNE RANGER, ARCHIVES LE DROIT)

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Le Québec est la seule province canadienne qui ne sanctionne pas les automobilistes interceptés avec plus de 0,05 mg d'alcool par 100 ml de sang.

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Quelle est la province canadienne qui fait preuve du plus grand laxisme face à l'alcool au volant ?

Un indice, on dit souvent qu'il s'agit d'une province où existe une « société distincte »...

Si vous avez répondu Terre-Neuve, désolé, non, mauvaise réponse. Les Terre-Neuviens sont distincts à bien des égards, mais le Québec est la seule province canadienne qui ne sanctionne pas les automobilistes interceptés avec plus de 0,05 mg d'alcool par 100 ml de sang.

Toutes les provinces du Canada ont des « mesures administratives » pour sanctionner, en marge du Code criminel, ceux qui dépassent la barre du 0,05 mg. L'Ontario, par exemple, suspend votre permis de conduire pour trois jours, pour une première infraction (et vous donne une amende de 180 $). La Colombie-Britannique, elle, inflige une suspension de permis de conduire de trois jours et une amende de 200 $.

Partout au pays, la limite légale est toujours de 0,08, prescrite dans le Code criminel. Au-delà de 0,08, vous êtes passible de sanctions criminelles. Mais toutes les provinces ont adopté le principe de la « fourchette d'avertissement », entre 0,05 et 0,08, parce que dès un premier verre, nos facultés - vision, réflexe, jugement - commencent à s'effriter et nuisent à notre conduite.

Ailleurs au Canada, le message de ces « sanctions administratives » est limpide : vaut mieux boire moins que plus si vous prenez le volant. Pas au Québec...

Je vous parle d'alcool au volant aujourd'hui parce que lundi dernier, je vous ai raconté l'histoire de Marie-Ève Lefebvre-Breton, qui a tué un homme au volant de sa voiture, alors qu'elle était légalement ivre. Cette chronique m'a valu un abondant courrier à propos d'un tas d'enjeux touchant l'alcool et la conduite automobile.

Et ces réflexions de lecteurs m'ont ramené au psychodrame collectif de 2009-2010, quand le gouvernement du Québec a jonglé avec l'idée d'infliger une sanction administrative aux automobilistes dont le taux d'alcoolémie se serait situé entre 0,05 et 0,08. On ne parlait pas d'amende ni de remorquage du véhicule ni de points d'inaptitude : seulement d'une interdiction de conduire pendant 24 heures. Encore là, le Québec aurait été parmi les plus accommodants.

Les oppositions péquiste et adéquiste s'étaient fait le relais de l'industrie de la restauration en se battant pour le droit de continuer à conduire son char à 0,08. Quand les libéraux de Jean Charest avaient fait marche arrière, le PQ avait même parlé de « victoire du gros bon sens ». Ah, le fameux « gros bon sens », toujours très séduisant pour faire des clips de 10 secondes à la TV, malheureusement soluble dans les données probantes...

Et que montrent les données probantes, la science ? Qu'abaisser les seuils de tolérance en matière d'alcool au volant peut avoir un effet immédiat sur la mortalité routière : la Colombie-Britannique a constaté une baisse de 40 % des collisions mortelles causées par l'alcool, en comparant la première année de l'ère du 0,05 aux 15 années précédentes. On constate, là où règne le 0,05 mg, une sorte d'effet d'entraînement qui, sans enrayer l'ivrognerie routière, pousse l'automobiliste à moins lever le coude.

Même si les infractions liées à l'alcool au volant ont plongé au Québec depuis une dizaine d'années, reste que 41 % des automobilistes tués sur nos routes avaient consommé de l'alcool.

Et chaque année, l'alcool tue environ 160 Québécois sur nos routes, en blesse gravement autour de 370 (1900, légèrement), ce qui nous coûte collectivement 90 millions de dollars en indemnisations.

En 2009-2010, quand la ministre des Transports Julie Boulet a tenté de faire adopter le régime des sanctions administratives dès la barre des 0,05, Québec estimait que cela contribuerait à éviter 45 morts par année.

Mais Québec a reculé. C'est donc dire qu'on accepte de payer une sorte de « taxe d'ébriété » de 45 morts par année, sans compter les blessés, juste pour permettre aux Québécois de conduire plus « cocktail » que les autres Canadiens. Depuis 2009, c'est donc dire qu'environ 300 Québécois sont morts sur les routes pour que nous puissions conserver notre titre de société la plus permissive du Canada en matière d'alcool au volant...

Cela est parfaitement débile.

Un jour, dans quelques décennies, nous allons regarder l'ère du 0,08 sur les routes québécoises avec le même ahurissement qui nous saisit quand on pense à ces anciennes moeurs où les Québécois conduisaient une bière entre les jambes, « un p'tit dernier pour la route », il y a quelques décennies...

Et si vous pensez que je suis un ayatollah parce que j'ai hâte à l'ère des 0,05 mg sur nos routes, pensez à ces pauvres Suédois : c'est 0,02 mg, la limite, en Suède ! La mortalité routière en Suède est aussi une des plus basses du monde : sous la barre des 3 morts par 100 000 habitants.

Tchin, tchin, ma gang de distincts...

***

MARIE-ÈVE

Justement, parlant du sujet de ma chronique de lundi, vous avez été nombreux à souligner que si Marie-Ève Lefebvre-Breton avait des remords, pourquoi n'a-t-elle pas plaidé coupable, pour éviter un procès de deux semaines ?

J'aurais dû inclure un paragraphe supplémentaire qui aurait précisé ceci : sa défense était basée sur un endormissement provoqué par l'anémie. Son médecin a témoigné au procès qu'il l'avait traitée, avant le drame, pour des épisodes de grande fatigue... Qui n'a été diagnostiquée qu'après l'accident.

Le jury n'a pas retenu cette défense.

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