Le scénario Bataclan

Des policiers patrouillent devant le Bataclan, alors que... (PHOTO BERTRAND GUAY, AGENCE FRANCE-PRESSE)

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Des policiers patrouillent devant le Bataclan, alors que des Parisiens se rassemblent près de la salle de spectacle pour observer une minute de silence en mémoire des victimes des attentats de vendredi.

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Dimanche à Tout le monde en parle, Guy A. Lepage a fait remarquer à Denis Coderre que les policiers français ont mis près de trois heures avant d'investir le Bataclan. Question : à Montréal, ça prendrait combien de temps ?

Très, très bonne question, Guy A....

Je ne me souviens pas de la réponse de Denis Coderre, un torrent de mots rassurants qui éludait la question. Peut-être qu'il ne le sait pas et ce serait normal : notre maire a beau être omniprésent, il n'est pas omniscient, il ne peut pas tout savoir.

Je me suis donc renseigné, parce que c'est une des couches d'horreur qui m'ont interpellé dans l'attaque du vendredi 13 à Paris : ces deux heures et 40 minutes de « prise d'otages » pendant lesquelles les terroristes ont pu tirer à satiété sur leurs proies, sans être inquiétés par la police.

Je note ici que devant des assaillants armés d'AK-47, les armes de poing des patrouilleurs ne peuvent pas grand-chose. Pour ces - rares - affrontements-là, il faut du gros calibre. Pour ces affrontements, il faut attendre les policiers spécialisés, ce qu'on appelle en général le SWAT, ou RAID à Paris, ou Groupe tactique d'intervention (GTI) à Montréal.

Je me suis renseigné, à gauche et à droite, auprès de sources qui sont en position de savoir combien de temps le GTI de la police de Montréal mettrait à entrer dans un théâtre montréalais, dans le cas d'un scénario à la Bataclan.

Réponse : ça dépend, et ça dépend surtout de l'heure du jour et du jour de la semaine.

Consensus chez ceux que j'ai interrogés :  il ne serait pas étonnant que le GTI mette plus de temps que le RAID français à investir la place.

Il faut savoir ceci : le GTI montréalais n'est pas en constant déplacement dans la ville. Les agents affectés à cette unité d'élite sont cantonnés dans un poste (que je choisis de ne pas révéler ici). Ils fonctionnent sur appel, pour arrêter des suspects potentiellement armés ou pour déloger des forcenés.

Il faut aussi savoir qu'à certains moments de la journée ou de la semaine, le GTI n'est pas actif. C'est-à-dire qu'en cas d'urgence, il faut signifier aux agents de se présenter au poste pour s'habiller, attendre les autres agents, monter dans le camion, se mettre en direction... Ce qui prend du temps.

Ce qui s'est passé à Paris le 13 novembre 2015 rappelle ce qui s'est passé à Bombay les 26, 27, 28 et 29 novembre 2008 - oui, l'attaque a duré quatre jours -, quand des commandos islamistes ont attaqué la mégapole indienne. Des terroristes prêts à mourir, qui sèment le chaos en plusieurs endroits dans un environnement urbain. Bilan : 175 morts, 300 blessés.

En 2009, Ray Kelly, commissaire de la police de New York (NYPD), a témoigné au Congrès américain sur les leçons apprises par ses troupes lors de l'analyse de l'attaque islamiste à Bombay. Il a d'abord noté que les policiers patrouilleurs de Bombay n'étaient tout simplement pas armés ou entraînés pour combattre ces terroristes à l'entraînement militaire. Que les commandos indiens ont mis 12 heures avant de commencer à engager le combat avec les assaillants. Le NYPD a intensifié l'entraînement aux armes lourdes de ses recrues, en plus d'entraîner plus d'agents aux interventions tactiques, pour venir en appui aux agents du SWAT en cas d'attaque qui dégénérerait en guérilla urbaine. Tout cela s'ajoute à DES équipes SWAT mobiles qui sont en fonction 24 heures sur 24.

Au Canada, au Québec et à Montréal, le plus grand secret entoure la préparation de la réponse aux actes terroristes. Le genre de reddition de comptes comme celle qu'a faite le commissaire Kelly au Congrès en 2009 est tout simplement inimaginable ici. Mes collègues Daphné Cameron et Bruno Bisson, hier, ont tenté de poser des questions sur les attentats de Paris à la police de Montréal et à la Sûreté du Québec. Silence radio, pas de commentaires.

Si le maire Coderre veut se rendre utile ces jours-ci en matière de terrorisme, il devrait poser des questions sur les effectifs du GTI montréalais prêts à intervenir à tout moment. Et il devrait demander aux commandants du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) combien de temps le GTI mettrait avant de franchir les portes du Métropolis, dans un scénario catastrophique à la Bataclan.

Si les boss du SPVM ne vivent pas dans un monde parallèle, ils vont donner au maire des scénarios semblables à ceux que j'ai entendus.

Et il n'aimera pas ces scénarios.

Je cite le commissaire Ray Kelly, encore, dans son témoignage au Congrès sur l'attaque de Bombay, inspiration des attaques de Paris : « Les terroristes ont une pensée créative. Nous devons faire de même. »

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