Si l'école était importante (3)

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Imaginez la chose, une seconde. Des parents dévoués décident d'unir leurs forces pour manifester contre les compressions qui débouchent fatalement sur des fermetures de classes pour élèves en difficulté, des suppressions de postes d'orthopédagogues et autres ignominies.

Je parle de parents qui font ça bénévolement, «avec pas de moyens», parce qu'ils se font une certaine idée de l'école publique. Parce qu'ils savent que Québec qui sabre (encore) les transferts aux commissions scolaires, ça finit par avoir un effet réel sur la seule chose qu'on lègue vraiment à ses enfants: une éducation.

Ils ont un flash: des chaînes humaines autour des écoles. C'était le 1er mai, sur le territoire de la CSDM: 26 écoles ont ainsi été étreintes. Les parents se sont mobilisés en moins d'une semaine, me raconte Pascale Grignon, porte-parole du comité «Je protège mon école publique».

Je ne peux pas penser à de plus grands alliés de l'école publique que ces parents qui ont organisé ces chaînes humaines du 1er mai et ceux qui y ont participé. Si tu travailles dans le milieu scolaire, me semble que tu vois ces parents-là comme Han Solo qui se pointe in extremis dans la bataille pour l'Étoile de la mort: Yes, je ne suis pas seul...

Ce qui m'amène à Gilles Petitclerc, directeur de la Commission scolaire de Montréal. Le DG de la CSDM, loin d'aider ces parents qui se démènent pour l'école publique en général et pour la CSDM en particulier, leur nuit.

Une affaire de sac d'école, comme on dit dans le milieu. Le sac d'école est à la fois un objet physique servant à transporter lunch, livres et cube Rubik et un moyen privilégié de communication entre l'école et les enfants.

Certaines directions d'école, fin avril, ont permis aux parents des conseils d'établissement de communiquer avec les parents des élèves, à l'aide de dépliants déposés dans le sac d'école.

C'est la seule façon efficace, légère et rapide d'atteindre tous les parents d'une école: le sac d'école.

Les courriels?

Vie privée oblige, seuls les directeurs d'école peuvent envoyer un courriel aux parents.

Le 1er juin, les parents impliqués dans le collectif «Je protège mon école publique» veulent encercler d'autres écoles. Pour ça, il faut bien aviser les parents des écoles de la CSDM. Bref, les parents voulaient passer par le sac d'école...

Sauf que le DG Petitclerc a interdit à tous ses directeurs et directrices d'école d'utiliser le sac d'école pour dire aux parents que le 1er juin, ce serait chouette que vous arriviez à l'école un peu plus tôt pour cette chaîne humaine, 7h30, genre...

Le DG Petitclerc fait une interprétation «restrictive» - c'est le mot de Catherine Harel Bourdon, présidente de la CSDM - de la «Politique concernant la propagande, la publicité et la sollicitation dans les unités administratives de la Commission scolaire de Montréal, qui stipule notamment qu'il faut éviter que le personnel et les élèves, dans leur milieu de travail et d'apprentissage, soient soumis à toutes sortes de propagande, de publicité, de sollicitation à des fins politiques, parapolitiques, idéologiques et commerciales».

Il travaille pour qui, le DG de la CSDM?

Parce que quand tu mets des bâtons dans les roues de parents qui protestent contre les compressions à ta Commission scolaire, tu ne travailles pas pour les élèves, garanti.

La présidente, Catherine Harel Bourdon, m'a dit qu'elle espère modifier la Politique. «Moi, je suis d'accord pour que les parents puissent s'exprimer et puissent se mobiliser pour protéger l'école publique.»

Mélanie Taillefer, présidente du Comité de parents de la CSDM, est furibonde: «On veut du service à l'élève, on défend le budget de la CSDM... Et la direction générale perd un temps précieux à combattre les parents!»

Mme Taillefer a demandé des explications au DG Petitclerc. Le DG a répondu par écrit, en citant la fameuse Politique. Il a conclu ainsi: «Rien n'empêche toutefois que les directions invitent leur [conseil d'école] à utiliser un autre moyen afin de remettre ces lettres aux parents de l'école (exemple: distribution de tracts sur le trottoir).»

Si l'école était importante, le DG de la plus grande commission scolaire du Québec n'enverrait pas les parents qui se mobilisent pour l'école publique faire le trottoir.

Pour qui travaille le DG Petitclerc? Il a refusé de m'accorder une entrevue, hier. Je vais donc vous dire ma théorie: Gilles Petitclerc fait comme d'autres dirigeants de commissions scolaires qui n'aident pas les parents qui protestent contre les compressions et il se positionne surtout pour la fin de la démocratie scolaire annoncée par Québec. Il ne veut pas offusquer Québec.

Comme tout bon apparatchik, Gilles Petitclerc se positionne.

Pour lui-même.

RAYMOND CHABOT GRANT THORNTON - Une grande firme comptable a passé la gestion de la CSDM aux rayons X. Diagnostic: c'est géré tout croche. Y a des économies à faire.

On souligne ça à gros traits depuis les compressions imposées par Québec. Fort bien.

Mais à Laval, c'est quoi, l'excuse? Raymond Chabot Grant Thornton n'a pas passé la Commission scolaire de Laval aux rayons X et Laval a quand même dû faire des coupes. Boum, 21 classes pour élèves en difficulté seront abolies.

SYNERGOLOGIE - Samedi, sur Twitter, j'ai levé un drapeau blanc pour Bugingo, lynché par les interwebs. Pas que je sois d'accord avec ce qu'a fait François, je suis brutalement en désaccord. Mais il était K.-O. Une 672e joke sur son cas était un 672e coup de pied sur l'homme étendu au sol, K.-O.

Et c'est là que Philippe Turchet, fondateur de la synergologie, m'a écrit un courriel pour me dire que les gens n'avaient pas besoin d'une leçon de morale de Lagacé sur Bugingo. Bon. Je pense qu'il n'a pas aimé ma série qui exposait l'absence de fondement scientifique de sa synergologie...

Il a droit à sa tristesse. Mais ça m'a fait penser à un truc, que Turchet m'écrive en prenant Bugingo comme prétexte: voici un homme, François Bugingo, qui fut pendant des années comme le nez au milieu du visage télévisuel québécois. À TVA, à Télé-Québec, à Radio-Canada. Immanquable.

Et il mentait.

Et il y a 60 synergologues, au Québec.

Vous me voyez venir?

Je pense que les synergologues ne regardent pas la télévision.

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