Les lobbyistes aiment la bouffe

La fondation pour l'obésité juvénile, la Société canadienne... (PHoto Chip Litherland, archives The New York Times)

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La fondation pour l'obésité juvénile, la Société canadienne de pédiatrie et la Fondation des maladies du coeur et de l'AVC recommandent de limiter la consommation de jus de fruits, mais encouragent les adultes et les enfants à manger plus d'oranges, de pommes et d'autres fruits à haute teneur en fibres.

PHoto Chip Litherland, archives The New York Times

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Le jour (hier) où je mets dans votre assiette une chronique où je vous dis que la science démontre qu'on perd du poids en contrôlant ce qu'on met dans sa bouche, pas en faisant du sport, nous arrive d'Ottawa cette dépêche sur la place du jus dans le Guide alimentaire canadien.

Permettez que j'en cite un bout...

« Les spécialistes de l'obésité décrient depuis longtemps que les jus de fruits se trouvent dans le Guide alimentaire canadien, en raison de leur haute teneur en sucre et du nombre de calories par volume qu'ils contiennent... »

Et l'article cite le même médecin que je citais dans ma chronique d'hier, Yoni Freedhoff ! Tu parles de planètes joliment alignées pour me donner une suite de chroniques toute cuite dans la bouche...

« Le jus profite d'un statut d'aliment santé absolument pas mérité qui est sans le moindre doute en partie dû au fait que le Guide alimentaire affirme que le jus est l'équivalent d'un fruit, a expliqué le Dr Freedhoff à La Presse Canadienne. Goutte pour goutte, il a le même nombre de calories que le Coca-Cola. Dans certains cas, il en a plus. Le jus de raisin contient le double de sucre, le double de calories. »

Je le disais hier, citant Freedhoff qui cite le consensus scientifique là-dessus : la meilleure façon de perdre du poids, c'est de contrôler ce qu'on mange et ce qu'on boit.

Et la meilleure chose à boire, meilleure-chose-tout-court et meilleure-chose-pour-ne-pas-engraisser, c'est... de l'eau. Capoté, hein ?

Oui, bon, les producteurs de jus de fruits vont vous dire que les jus de fruits peuvent compenser le fait de ne pas manger de fruits, ils sont moins loquaces sur la quantité de sucre contenu dans leurs jus.

Dans l'imaginaire collectif, le jus de fruits semble plus pur, plus santé que les boissons gazeuses, énergétiques ou énergisantes. Pourquoi ?

Pour la même raison qu'on boit quand même du Coke, du Gatorade, du Red Bull et (nouvelle mode) de l'eau de noix de coco : parce que l'intense mise en marché de ces produits les rend incontournables. 

Ça s'imbrique dans la culture, ça se faufile dans nos habitudes et ça finit dans nos gueules.

Prenez le jus d'orange. Boire du jus d'orange le matin n'est pas un besoin humain fondamental, c'est juste un marché secondaire développé par les producteurs d'oranges qui ne savaient plus trop quoi faire de leurs surplus de production. Oui, je sais, le jus d'orange est supposément « fraîchement pressé », c'est écrit sur le carton de jus. Mais c'est le gars de marketing qui tient le crayon...

La dépêche de La Presse Canadienne sur la place du jus dans le Guide alimentaire canadien est révélatrice parce qu'elle cite le lobbyiste du jus canadien. Que dit ce lobbyiste ?

Vous êtes prêts ? Tenez-vous bien...

Il dit que le jus de fruits, c'est bon.

Étonnant, n'est-ce pas ? Le lobbyiste payé par les producteurs de jus dit que le jus de fruits, c'est bon ! Aux États-Unis, le lobby de la patate frite surgelée disait que la patate frite, c'est pas si mauvais, quand les écoles voulaient instaurer des menus santé...

J'ai l'air de déconner, mais il y a toujours un lobbyiste embusqué dans les officines gouvernementales quand vient le temps de dire aux citoyens ce que la connaissance scientifique suggère de manger, de manger peu ou de ne pas manger. La chose a été largement documentée au Canadaet aux États-Unis: les lobbyistes réussissent à concurrencer les scientifiques tant sur les recommandations que sur le libellé de ces recommandations.

Ainsi, en 2006, quand Santé Canada a réinitialisé le Guide alimentaire canadien, les lobbyistes de la bouffe avaient leur mot à dire dans les recommandations, au même titre que les scientifiques.

Je vous laisse deviner qui, du scientifique ou du lobbyiste, a un boni de fin d'année si vous mangez plus de ceci ou de cela.

LA SCIENCE - Hier, je citais donc ce médecin, Yoni Freedhoff, professeur à l'Université d'Ottawa, spécialiste en la matière, qui cite des - DES - tas d'études scientifiques qui démontrent que le sport ne fait pas maigrir. Freedhoff cite des études faites ici, aux États-Unis, en Europe et même en Afrique, qui ont étudié des milliers de personnes, comparant parfois des cohortes de sportifs sur des périodes aussi longues que 20 ans et...

Et il y a plein de gens qui n'y « croient » pas.

Plein de gens qui ne veulent pas « croire » que tous ces triathlons, que tous ces kilomètres avalés à vélo, que ces détroits de Béring franchis à la nage n'ont pas de lien avec leur taille de guêpe.

« Oui, mais moi, je crois que... »

Je vous le dis avec toute la délicatesse dont je suis capable, mais quand vous contredisez DES méta-analyses scientifiques avec pour seule preuve empirique votre expérience personnelle d'abonné au gym, vous êtes dans l'équipe de ceux qui disent que le réchauffement climatique causé par l'homme est une invention parce qu'il fait -34 un 15 janvier.

C'est correct, je vous aime même quand vous êtes irrationnels, ce doit être la faute de Mercure qui rétrograde, comme je disais.

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