Uber, le XXIe siècle sur roues

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La Ville de Montréal refuse encore, contrairement à d'autres villes aux États-Unis, d'élargir l'industrie du taxi à Uber.

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Je connais des gens qui ne jurent que par Uber, qui ne veulent plus rien savoir du taxi traditionnel.

C'est vrai que c'est fantastique, le service Uber. Mais la Ville de Montréal refuse d'élargir l'industrie du taxi à Uber, qu'elle considère toujours comme un service illégal.

Je comprends la Ville de Montréal.

Car s'il est vrai qu'Uber et les autres services qui facilitent le covoiturage sont efficaces, c'est aussi une concurrence déloyale pour les chauffeurs de taxi.

Il y a un contrat social entre l'industrie du taxi et la Ville de Montréal. Ce contrat social est simple : les chauffeurs sont l'objet d'un tas de règles (formation, inspections mécaniques, etc.) et la Ville de Montréal fixe des barrières à l'entrée (ne s'improvise pas chauffeur de taxi qui le souhaite). C'est le modèle nord-américain qui a fait école.

C'est un système imparfait qui fait son job de protéger les citoyens en encadrant un service qui permet aux chauffeurs de taxi de gagner leur vie. Le système est imparfait, mais le fait demeure : les chauffeurs acceptent d'être réglementés par le Bureau du taxi de la Ville de Montréal, en échange d'un marché protégé.

Là, avec Uber, les chauffeurs qui ont payé 200 000 $ pour un permis de taxi avec voiture (et qui doivent travailler comme des esclaves pour rembourser la dette rattachée à ce permis) se retrouvent en concurrence directe avec des chauffeurs Uber qui travaillent avec leur propre voiture, pour arrondir leurs fins de mois, sans réglementation.

À sa face même, c'est une situation injuste. À sa face même, c'est une situation que la Ville de Montréal ne peut pas cautionner en cessant de talonner les chauffeurs Uber pour service de taxi illégal, simplement parce qu'Uber est populaire.

Là-dessus, je suis avec les chauffeurs : Uber est un service illégal qui vous livre une concurrence déloyale.

Mais...

Parce qu'il y a un mais. Deux, en fait.

Mais l'industrie du taxi ne pourra pas éternellement se fier à la Ville de Montréal pour la protéger du XXIe siècle. Le piratage de la musique existe, malgré les efforts de Sony et compagnie pour criminaliser les « pirates ». À l'usage, Uber va s'imposer et finira par être encadré, même à Montréal.

Mais l'industrie du taxi ne pourra pas éternellement faire l'économie d'une réflexion sur ses propres défauts. Prendre le taxi à Montréal est une expérience aléatoire et inégale. Le taxi de mon ami Stanley Bastien, porte-parole bien connu de l'industrie, est toujours impeccable, comme celui de plusieurs de ses collègues. Mais trop souvent, j'ai l'impression de m'asseoir dans une poubelle roulante. Je ne suis pas le seul. Un chauffeur Uber ne peut pas se permettre cela : il est évalué par ses clients et ces évaluations sont publiques.

Le conseiller municipal Guillaume Lavoie, de Projet Montréal, qui prône l'ouverture du marché montréalais à des services comme Uber, ne mâche pas ses mots : « Le taxi est une industrie qui a besoin de se prendre en main. Pourquoi autant de gens vont vers des plateformes comme Uber ? Parce que c'est pas vrai que tu peux payer par carte de crédit dans toutes les voitures de taxi, c'est pas vrai que toutes les voitures sont propres. Et qui n'est pas tombé sur un chauffeur qui, dans un poste de taxi, refuse de l'embarquer parce qu'il ne va pas assez loin ? »

En effet...

Quand j'ai parlé à M. Lavoie jeudi, il était à Chicago, après un séjour à San Francisco. Uber et les services connexes ne se sont pas implantés aux États-Unis sans heurt, dit-il, mais dans ces deux villes, ils ont été encadrés, pas interdits. « Et le constat que je fais, c'est que ça rend l'industrie du taxi meilleure, dans ces villes. »

Pour Projet Montréal, la vraie concurrence du taxi, ce n'est pas Uber, ce n'est pas le BIXI ni les services d'autos en libre partage. C'est le Montréalais qui se déplace en auto, c'est le ménage montréalais qui a une seconde auto, croit M. Lavoie.

Ultimement, c'est vrai : moins il y aura de Montréalais qui se déplacent dans leur auto, plus les modes de transport alternatifs - incluant les bons vieux taxis - seront utilisés.

Plus de joueurs, mais une plus grosse « tarte » pour les Uber, les taxis, les BIXI, etc.

Mais dans l'intervalle, c'est l'évidence : les chauffeurs Uber sont une concurrence déloyale aux chauffeurs de taxi parce qu'ils peuvent faire du taxi sous le radar, sans les contraintes réelles, emmerdantes et coûteuses de faire du taxi légalement. C'est injuste.

Je vois que des chauffeurs de taxi tendent des pièges à des chauffeurs Uber, qu'ils dénoncent. C'est peut-être excitant pour eux de jouer à James Bond, et c'est vrai qu'ils ont la loi de leur bord, mais plutôt que d'emmerder les chauffeurs Uber, ils devraient demander aux clients Uber pourquoi ils n'ont pas appelé une bonne vieille compagnie de taxi...

Les réponses risquent de les surprendre.

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