Sur la police, l'ombre du politique

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Marc Parent quittera son poste de directeur du Service de police de Montréal après un seul mandat de cinq ans.

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Luc Ferrandez était membre du comité de sélection au poste de chef de police, en 2010. Il se souvient d'un Marc Parent impressionnant de souplesse dans sa vision du travail de police. « On l'a nommé pour son discours progressiste et humaniste. Je me souviens par exemple qu'il disait qu'il fallait être flexible, que 45 % des gens arrêtés ont un problème de santé mentale. C'était un policier modèle pour le rapprochement entre les policiers et les citoyens. »

En septembre 2010, M. Parent est devenu directeur du Service de police de Montréal.

« Mais le Marc Parent que j'ai vu en action, me disait hier le maire de l'arrondissement Le Plateau, était à des années-lumière du Marc Parent que j'avais vu au comité de sélection. »

Selon le chef de l'opposition, le réel a envoyé deux obstacles dans les pattes du chef de police.

Premièrement, le printemps érable de 2012 et son abondance de manifestations, ce qui a poussé la Ville de Montréal à adopter le règlement P-6, qui a forcé la police à se montrer intransigeante avec les manifestants. La souplesse que préconisait Marc Parent, le candidat, a pris le bord.

Deuxièmement, le maire Coderre a imposé « une vision autoritaire » de la police, selon Luc Ferrandez : « Si tu dis à la police que tu ne veux pas voir une seule vitrine brisée, si tu dis à la police que tu ne veux pas qu'une seule manif ne donnant pas son itinéraire soit tolérée, c'est impossible de faire preuve de souplesse. »

Luc Ferrandez me donne un exemple des deux Marc Parent qu'il a pu voir à l'oeuvre : d'un coté, le policier qui ne croyait pas à la méthode tough on crime, mais bien à la méthode intelligente, et de l'autre côté, un chef qui a dû composer avec P-6 et un pouvoir politique pesant fort sur le SPVM.

« J'étais tanné, un jour, des problèmes de graffitis dans le Plateau. J'en ai parlé au chef, je lui ai dit que je songeais à hausser le montant des amendes. Le chef m'a dissuadé de le faire. Il m'a expliqué qu'à long terme, le seul effet réel serait de marginaliser les jeunes qui commettent ces méfaits, qui n'auront pas les moyens de payer les amendes, que ça compliquerait les relations avec la police. C'était un bon argument. Mais c'est le même chef d'un SPVM qui a fait des arrestations de masse en vertu de P-6 et qui donnait des constats de 634 $ aux gens arrêtés ! »

Le chef, lui, rejette cette vision des choses. Si le SPVM « ne laisse plus traîner les choses » en matière de manifs, ce n'est pas seulement en raison de P-6 ou des exigences du maire Coderre : « Les gens ont le droit de manifester, mais on ne peut pas payer de l'effectif policier, jour après jour, pour des manifs qui ne donnent pas leur itinéraire, qui nous font aller partout. »

Marc Parent quittera donc son poste après un seul mandat de cinq ans et son prochain job - qui sera annoncé en septembre, on ne sait trop où - sera assurément plus reposant que celui de chef de la police de Montréal.

Ce qui pose la question de sa succession.

Depuis des années, j'entends des policiers déplorer l'influence du politique sur le SPVM. 

À l'époque de la défunte Communauté urbaine de Montréal, la police portait le nom de Service de police de la communauté urbaine de Montréal (SPCUM), pas celui de Service de police de la Ville de Montréal (SPVM). Dans l'acronyme, ce n'est qu'une lettre majuscule de différence.

Mais cette lettre de plus à l'époque du SPCUM, elle incarnait cette nécessaire distance supplémentaire qui doit séparer le pouvoir politique et la police de Montréal, me raconte-t-on. Le directeur du SPCUM répondait de ses actes à la présidence de la CUM, pas au maire de Montréal.

Cette époque est révolue, et ce que j'entends souvent, c'est que du commandant de poste de quartier au directeur du Service, les officiers de la police de Montréal savent qu'ils doivent soigner leurs relations - les policiers emploient un verbe plus imagé - avec les élus, du maire d'arrondissement au maire de Montréal.

L'effet pervers de cette nécessaire distance supplémentaire qui a été abolie, c'est que la police se trouve politisée dans son quotidien. Une décision intelligente d'un point de vue de police peut facilement être court-circuitée parce qu'elle s'explique mal, politiquement.

Marc Parent n'a pas voulu évoquer l'ancienne époque, qu'il n'a pas connue. Il m'a cependant juré être « indépendant » du pouvoir politique, tout en trouvant « normal » qu'il y ait des discussions avec l'hôtel de ville. « J'ai connu quatre maires, dit-il, et quatre directeurs généraux. Ils avaient tous une vision différente. »

Les supputations vont commencer sur l'identité du successeur du chef Parent. Qu'importe son nom, attendez-vous à ce que son successeur soit tough on crime. C'est toujours une méthode plus facile à expliquer, d'un point de vue politique, que la méthode intelligente.

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