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Quinze ans dans le noir

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Le 16 novembre 1999, Julie Surprenant est descendue de l'autobus 25A, sur la petite île Saint-Jean, à Terrebonne. Il était 20h56. Elle revenait des Galeries de Terrebonne. En mettant le pied à terre, elle pouvait apercevoir l'appartement où elle habitait avec son père Michel, rue de Castille: 50 mètres séparent l'arrêt de bus de l'appart.

La 25A est repartie.

Et Julie n'a jamais été revue.

C'était il y a 15 ans. Julie aurait 31 ans, aujourd'hui.

- Ton deuil est fait, Michel?

- Le deuil, c'est exclu. Julie, où qu'elle soit, qu'importe dans quel état elle est, elle nous attend. Le deuil, ça veut dire tourner la page. Je peux pas tourner la page, elle m'attend. J'accepte qu'elle soit pas là, mais le deuil, non.

Je tutoie le père de Julie parce que je l'ai «couvert», il y a 15 ans, quand je faisais les faits divers au Journal de Montréal. Michel était là, dans les médias, chaque jour de cet automne-là, «pour garder l'histoire vivante», comme il disait.

Et c'est encore «pour garder l'histoire vivante» que Michel Surprenant parle de Julie aujourd'hui. Et du monument qui sera inauguré à la mémoire de Julie dimanche prochain, le 16, quinze ans jour pour jour après sa disparition.

Quinze ans, quinze ans d'attente, quinze ans à ne pas savoir. Je pense à Julie, je pense à un cri sans fin.

***

À l'époque, la Sûreté du Québec (SQ) avait ratissé tout le secteur de l'île Saint-Jean, petit secteur de Terrebonne sur la rivière des Mille-Îles. Quelque 3000 personnes avaient été interrogées, 700 infos, analysées, des plongeurs avaient exploré la rivière, le portrait-robot d'un «témoin important», vu dans l'abribus, avait été publié, l'hélicoptère de la SQ avait survolé le secteur...

Rien.

Pas un indice qui permette de localiser Julie. Pas un témoin pour donner un détail crucial pour que la police puisse coincer un suspect.

Il y a eu un suspect: Richard Bouillon habitait le logement au-dessus de celui des Surprenant. Il a été dans la ligne de mire des policiers. Pas de preuves, rien qui puisse le relier à la disparition de l'adolescente de 16 ans. Quand son nom a filtré, des femmes de son passé sont sorties de l'ombre pour témoigner. Il s'est avéré que Bouillon était un prédateur sexuel de première catégorie. Quatre victimes avérées, entre 1973 et 1989.

Mais pour Julie, Bouillon a toujours nié...

En 2006, Bouillon a avoué le meurtre de sa jeune voisine, alors qu'il se mourait d'un cancer. Il s'est confessé à une préposée aux bénéficiaires de la Cité de la santé de Laval. Celle-ci n'a rien dit avant 2011, quand elle a raconté l'affaire au journaliste Claude Poirier. Cinq ans de flottement. Cette année-là, il y a eu enquête du coroner sur ces aveux restés secrets. D'autres fouilles policières ont eu lieu dans la rivière, à la recherche d'un sac de hockey... Sans succès.

Sur Bouillon, Michel n'a pas grand-chose à dire.

- J'ai toujours regardé la situation en éliminant le négatif. Le négatif, ça te détruit. Les hypothèses, ça te détruit.

- Les hypothèses, Michel?

- Ce qui aurait pu survenir. Les hypothèses, c'est le prix de consolation. J'ai besoin de la vérité.

Le cas de Julie n'est pas tabletté, dit le porte-parole de la SQ, Guy Lapointe. Les enquêteurs de l'escouade des cas non résolus vérifient toutes les infos: si vous en avez une, vous composez le 1 800 659-4264 pour parler à un enquêteur, confidentiellement.

***

Dimanche prochain, 15h, un monument à la mémoire de Julie Surprenant sera donc inauguré, tout près de l'endroit où elle est disparue. C'était l'idée d'Andrée-Anne, la soeur de Julie, me dit Michel. Sortie de l'île Saint-Jean de l'autoroute 25, vous ne pouvez pas manquer l'endroit.

Michel, lui, reste convaincu que quelqu'un, quelque part, possède une info cruciale, une info qui va permettre de trouver Julie. Le temps passe, les circonstances changent, les langues se délient... C'est là-dessus que Michel Surprenant compte.

«C'est mon but ultime: avoir l'information qui va faire débloquer le dossier.»

LES DÉPUTÉS S'ACTIVENT - Samedi, je proposais que le politique prenne le relais de ce mouvement de prise de parole des femmes sur les agressions sexuelles de toutes sortes. Je proposais une créature calquée sur la commission Mourir dans la dignité, qui a parcouru le Québec sur tout ce qui touche la fin de vie...

Hier, le PQ a proposé à l'Assemblée nationale exactement cela: une commission qui se pencherait sur la question des agressions sexuelles, sous toutes ses coutures...

My God, je pense que je vais suggérer des choses plus souvent à nos élus dans cette chronique, on dirait que j'ai de l'influence! Je vais commencer par demander la paix dans le monde, mais ça se peut que je demande un contrat d'asphalte...

C'est la députée péquiste Carole Poirier qui a fait la proposition, via une motion déposée sans préavis. Le gouvernement libéral a refusé, mais on me chuchote à l'oreille que c'est pour mieux discuter du libellé de ladite motion. Les libéraux ne sont pas contre l'idée.

Mme Poirier dit sentir une «ouverture» de la ministre de la Justice, Stéphanie Vallée, à l'idée d'une commission calquée sur Mourir dans la dignité, qui pourrait aussi aborder - par exemple - le problème spécifique des femmes autochtones et de la traite des jeunes femmes au sein de gangs de rue.

On verra.

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