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Les nonos se radicalisent

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La Sûreté du Québec a arrêté un jeune homme de L'Islet qui a eu la géniale idée d'inverser le sens de propos débiles prononcés par un zouf du groupe État islamique et de remplacer «infidèles» par «musulmans». Ça se lisait, sur Facebook, comme une invitation à tuer des musulmans.

Un autre, relayé par mon fil Facebook, a photoshoppé un permis de chasse pour le transformer en permis de chasse aux musulmans...

Il y a toujours eu des tatas, bien sûr, ils ne sont pas nés avec le XXIe siècle. Mais cette époque numérico-sociale leur offre des débouchés, des piédestaux, des haut-parleurs comme jamais avant dans l'histoire de l'Homme. Après, c'est le chien qui court après sa queue: l'écho de leurs bêtises les galvanise. Résultat, comme l'écrivait le Voir récemment, les nonos se radicalisent.

Ce jeune homme de L'Islet a appris à la dure que de nos jours, chacun est à un clic de voir ses paroles foutre le feu à ses propres culottes. Les médias sociaux, c'est comme l'alcool, il faut y aller avec modération si on ne veut pas faire un fou de soi.

Les médias-tout-court, ça peut être la même chose, sauf que personne n'a l'excuse du coup de gueule qui sort comme ça, sans filtre, et qui vous fait atterrir à l'arrière d'une auto-patrouille. Dans les médias, y a des filtres, y a des pupitres, y a des boss: tout un système de garde-fous qui filtrent le message, question d'empêcher les gros grumeaux impropres à la consommation de se faufiler jusqu'au cortex du public avide d'information.

Ainsi, le mystère André Drouin. Le sinistre parrain du Code de vie d'Hérouxville est sorti de la grotte où il se terre - une main sur le mousquet et l'autre sur le front, scrutant l'horizon à la recherche de signes de la fin de la civilisation -, attiré par le micro d'un journaliste mû par le droit sacré du public à l'information, journaliste qui a cru bon demander à M. Drouin ce qu'il pensait de ces attaques de Saint-Jean et d'Ottawa...

Et qu'est-ce que vous pensez qu'il en pense, M. Drouin, de ces attaques, hein?

Il en pense que les attaquants avaient fréquenté des mosquées, alors c'est clair: il faudrait fermer les mosquées. Tant qu'à y être, M. Drouin en a profité pour se prononcer sur une autre question: les démocraties doivent-elles laisser leurs radicalisés de l'islam partir faire le djihad en Syrie et en Irak?

On sait qu'en pareille matière, les services de renseignement et de police des États-Unis, de Grande-Bretagne, de France et du Canada, pour ne nommer que ceux-là, en perdent le sommeil, à peser le pour et le contre. Mais pour l'ex-conseiller municipal d'Hérouxville, P.Q., c'est encore clair: qu'on les laisse partir! Affaire réglée, en deux-trois clips. Et à la météo, Julie?

Il y a les nonos, mais il y a les autres, les pas nonos, les pas nounounes, mais qui le deviennent quand même un peu lorsqu'un islamiste fait un coup d'éclat...

Je pense à Lise Payette, qui tient chronique au Devoir. Le mot «nounoune» ne peut pas partager une phrase qui contient «Lise Payette»: voici une authentique intellectuelle, une progressiste qui a fait oeuvre utile toute sa vie...

Mais qui, vendredi dernier, a écrit ceci en début de chronique: «Des groupes de femmes québécoises ont tenté de faire comprendre pourquoi il leur paraissait dangereux que nos enfants soient éduqués par des femmes voilées dans nos garderies. [...] Avons-nous seulement une petite idée de quelle sorte d'enfants nous aurons après leur passage dans ces garderies où des femmes soumises à l'islam, soumises aux hommes et peut-être même convaincues d'être dans la vérité absolue par rapport à l'évolution de nos sociétés, vont devenir des modèles?»

Partant de là, Mme Payette en arrive au cas du tueur de Saint-Jean. Juste ça.

Rien, absolument rien n'indique que celui-ci ait été radicalisé par une éducatrice en garderie portant le hidjab, du temps de son enfance. Sa conversion à une version violente de l'islam était récente.

Pourquoi, alors, faire ce lien? Je ne sais pas.

Je sais seulement que Mme Payette est la preuve que même les monuments peuvent déraper. Je sais que pour à peu près le même genre de sottises, Jan Wong a perdu son job au Globe and Mail, en 2006. Wong avait fait un lien dénué de base factuelle entre les tueries de Concordia, Polytechnique et Dawson et l'influence de la loi 101 sur la psyché des immigrants et de leurs enfants. Juste ça.

«Nounoune» et «Lise Payette», je le répète, ça ne va pas dans la même phrase. La vie de Mme Payette en témoigne. Mais «André Drouin» et «Lise Payette» dans la même équipe, quand même, ça fesse. En cette ère où il faut avoir peur du loup solitaire, en cette ère où la peur devrait donner le feu vert à l'État pour verser dans le tout-sécuritaire, moi, sorry, ce dont j'ai peur, aujourd'hui, c'est ça: Lise Payette et André Drouin dans la même équipe.

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