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Julie mange des beignes pour une raison, une seule...

(LES COTEAUX) Lundi soir. Dans une semaine, c'est le jour J. Le soleil va se coucher sur la route 338. Dans un immeuble commercial affreux, comme tous les immeubles commerciaux du genre, ça fourmille dans un petit local du rez-de-chaussée.

Je cherche Julie...

Julie? Elle est au téléphone, me dit-on en me la montrant du doigt.

En effet, Julie est au téléphone.

Elle a 20 ans. Elle milite pour le Parti québécois dans Soulanges, qui regroupe 15 villages, à l'ouest de Montréal. C'est la deuxième élection de Julie. Chaque jour, ou presque, elle se pointe ici pour tenter de faire élire Marie-Louise Séguin, qui tente de déloger la libérale Lucie Charlebois, indélogeable depuis 2003...

Julie était donc au téléphone, comme la demi-douzaine de militants présents, pour inciter les gens de Saint-Lazare, de Saint-Clet et de Saint-Télesphore, pour ne nommer que ces endroits, à aller voter en ces dernières heures du vote anticipé.

Julie arrive...

«En 2012, on a perdu par 1514 voix. Et le candidat ne venait pas d'ici!»

Traduction: cette fois, la candidate «vient d'ici»: Marie-Louise Séguin a beau travailler depuis 32 ans à Radio-Canada - elle est en congé sans solde -, elle a toujours habité la région et a même fréquenté la polyvalente Soulanges, ce qui, dit-on, est très important pour l'électorat...

Julie, elle, n'habite plus le coin. Elle a grandi à Saint-Lazare - beaucoup d'Anglos, pas un coin fertile pour le PQ -, mais habite Dollard-des-Ormeaux depuis six mois avec son père. N'empêche, elle fait le voyage chaque jour, après ses cours de droit à l'Université de Montréal, pour apporter sa contribution ici...

Pourquoi ces heures à travailler bénévolement, même le week-end, à manger des beignes?

Pour la même raison qu'à peu près tous ceux qui, comme Julie, militent pour le PQ dans cette élection, de Gaspé à Gatineau: le pays.

Et peut-être qu'il faut avoir 20 ans pour dire ça, mais quand Julie le dit, ce n'est bizarrement pas si cucul: «Il y a comme un genre de poésie dans la souveraineté. C'est un plus beau projet de société que le fédéralisme.»

Dans l'autre pièce, Jonathan Lévesque, 32 ans, père de trois enfants, le dit avec moins de guirlandes, mais c'est la même chose: «On y croit.» Le pronom personnel «y» étant, bien sûr, la cause...

Comment devient-on souverainiste, quand on n'a pas encore 20 ans, en ce début de XXIe siècle? Pour Julie, il y a eu les textes de Gaston Miron, de Gérald Godin. Puis l'Histoire, celle de la Révolution tranquille. Et, enfin, l'histoire de René Lévesque...

«J'étais fascinée par Lévesque. Je me suis mise à lire, lire, lire sur lui. Sur Option Québec. Sur son départ du Parti libéral...»

Ses parents?

Pas une grande influence parentale, si j'ai bien compris.

Son père a voté Oui, en 1995, «par dépit». Sa mère, elle, a voté Non. «Elle disait que la souveraineté est morte avec Lévesque...»

Hier, j'ai fait une entrevue avec la télé de la CBC, pour un reportage sur les élections québécoises. Le journaliste m'a sondé sur le rôle de la souveraineté dans cette campagne et sur ce que cela signifie pour l'idée de pays, si le PQ ne gagne pas, lundi prochain...

Les anglos du Canada - et quelques fédéralistes québécois - pensent qu'un jour, l'idée même de la souveraineté va disparaître du paysage, comme la mode des pantalons à pattes d'éléphant.

Le hic, c'est que pour des milliers de Québécois, la souveraineté n'est pas une mode, c'est un idéal.

Et quand j'ai dit au journaliste de la CBC que, like it or not, la souveraineté va toujours être en filigrane de notre vie politique, je pensais à Julie qui fait des appels et qui mange des beignes dans ce local affreux de la route 338 à Les Coteaux.

Les amis

La semaine dernière, le journaliste Félix Séguin a sorti des extraits des agendas de Jean Charest, du temps où il était chef de l'opposition.

Pierre Karl Péladeau a constaté les faits et il en a profité pour pourfendre la proximité entre Jean Charest et les milieux d'affaires. Nommément, avec la famille Desmarais, qui détient Power (qui détient Gesca, qui détient La Presse).

Soit.

Puis, pas longtemps après, Denis Lessard de La Presse a sorti des bouts de l'agenda de Jean Charest quand il était premier ministre. Et, tiens, tiens, le PM de l'époque est allé souper au chalet de M. Péladeau, à Eastman!

C'est fantastique, quand on est PM, on a comme des accès formidablement privilégiés à des gens formidablement puissants. On est invités à leur table. Une proximité se crée.

Ça m'a fait penser à Dany Michaud. Je lui ai demandé:

- Dany, as-tu déjà reçu un PM à souper chez toi, un samedi?

- Euh, non.

- Un chef de l'opposition?

- Non plus.

Dany Michaud est le directeur de Moisson Montréal*.

Et c'est drôle, je pense que si nos grands chefs politiques étaient aussi proches de Dany qu'ils peuvent l'être des titans de Québec inc., Moisson Montréal aurait moins de misère à trouver les moyens de nourrir les 135 000 Montréalais qui composent sa clientèle mensuelle.

Pendant qu'on fait ce faux débat sur la séparation de l'État et de la religion, avez-vous remarqué qu'il y a un débat qu'on ne fait pas? Ça n'intéresse ni la CAQ, ni le PQ, ni le PLQ...

Je laisse la réalisatrice Micheline Lanctôt résumer la chose...

«Ne faudrait-il pas, peut-être, penser à une charte des valeurs où l'on aurait l'occasion de soustraire l'État au pouvoir de la finance?»

* Moisson Montréal commence sa grande collecte pour les enfants aujourd'hui: moissonmontreal.org




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