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La petite noirceur de Saguenay

Jean Tremblay... ((Archives))

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Jean Tremblay

(Archives)

J'ai dîné hier avec des dissidents politiques. Vous devinez que c'est dur, la dissidence politique, dans un pays dominé par un boss aux tendances autocratiques, par définition peu habitué à la critique...

Non, je n'ai pas dîné avec le chef de l'opposition russe ou avec un poète chinois. J'ai dîné avec Paul Grimard et Josée Néron, membres du parti de l'opposition au pays de Jean Tremblay, maire de Saguenay.

On rit, mais Jean Tremblay n'a à peu près jamais connu ça, l'opposition. Jusqu'au scrutin de novembre, les conseillers «indépendants» du conseil ne se distinguaient pas par excès de zèle oppositionnel...

Puis, en novembre, Saguenay s'est doté de deux conseillers de l'Équipe Renouveau démocratique (ERD): Christine Boivin et Josée Néron. C'est avec cette dernière que j'ai dîné, hier. Elle était accompagnée du chef d'ERD, Paul Grimard, battu en novembre...

«Que faites-vous donc si loin du Royaume, bonnes gens?

- On veut une opposition efficace, répond Paul Grimard, alors on est venu voir comment ça se passe ici. Nous avons appelé Projet Montréal et ils ont accepté de nous recevoir...»

M. Grimard et Mme Néron ont été impressionnés par le décorum qui prévaut à l'hôtel de ville de Montréal. Par la collaboration entre élus des partis. Par le maire qui répond de façon sérieuse aux questions des citoyens.

«Ce n'est pas le genre de choses auxquelles nous sommes habitués, à Saguenay», dit Mme Néron, sourire en coin.

Au Royaume de Jean Tremblay, une réunion du conseil municipal sert surtout à adopter en bloc les points à l'ordre du jour, selon M. Grimard et Mme Néron. Pas de débat. Pas de discussion.

Même le budget - 292 millions - est adopté en coup de vent, les yeux fermés ou presque, par le conseil. «Nous ne recevons pas les documents détaillés du budget, dit Mme Néron. Nous recevons les mêmes tableaux que les journalistes, une heure avant eux...»

Et il y a le mépris ordinaire du maire Jean Tremblay pour l'opposition, ponctuée de petits commentaires cheaps et de réponses lapidaires...

Quand Josée Néron a demandé au maire pourquoi il désignait un conseiller en particulier pour le remplacer à la MRC. Réponse du maire: «Scusez-moi, mais c'est pas tellement de vos affaires. C'est moi le maire.»

Plus tard, Mme Néron s'est offerte - avec une grande politesse - pour être membre de quelque comité municipal. Réponse (bizarre) du maire: «Ça, c'est comme les députés libéraux: ils se proposent tous pour être ministres, mais Mme Marois n'en a pas nommé un.»

Ce qui est consternant, c'est que Mme Néron, ce soir-là, était la seule voix dissidente au conseil de Saguenay. Mais le maire la traitait avec les égards habituellement réservés à une mouche à marde. Imaginez si l'opposition avait cinq, six, sept conseillers: probablement que Jean Tremblay se liquéfierait...

«Donc, s'opposer à Jean Tremblay, c'est...

- L'expérience d'une vie, a souri Mme Néron.

- On part d'une autocratie, a ajouté M. Grimard, et on s'en va vers la démocratie. Josée a obtenu un vote, au dernier conseil, imaginez! Elle a perdu, mais d'habitude, il n'y a pas de vote...»

Au conseil, Jean Tremblay rabrouait ses adversaires en leur rappelant que l'opposition avait perdu, en novembre dernier...

Et c'est probablement son idée de la démocratie, comme c'est celle de bien d'autres: j'ai gagné, taisez-vous.

Comme si la démocratie n'était qu'une affaire comptable, l'affaire de celui qui a gagné le plus de votes.

La démocratie, c'est surtout la place des contre-pouvoirs dans la cité. La force des contre-pouvoirs empêche le pouvoir absolu. Le premier des contre-pouvoirs, c'est bien sûr celui de l'opposition légitimement élue. Après, il y a les médias, les syndicats, les tribunaux, la société civile, etc.

Bref, le démocrate s'accommode des contre-pouvoirs. Ça l'emmerde, mais il s'y fait.

L'autocrate dit: ta gueule, c'est pas de tes affaires, c'est moi le maire, c'est moi le président, c'est moi le Grand Timonier, le roi, c'est moi...

RAMBO - Premier constat: l'homme n'est pas un con. Une brute, sûrement. Mais pas si con. Je parle de Bernard Gauthier, bien sûr, qui a commencé son témoignage hier à la commission Charbonneau à propos de ses méthodes de goon syndical de la FTQ sur la Côte-Nord.

On a vu «Rambo» expliquer son intransigeance sur les chantiers de la façon suivante: il faut que la convention collective soit respectée. À la lettre. Tout le temps.

Bernard Gauthier serait un homme de principe à la droiture en acier trempé s'il tenait au respect des règles en tout temps.

Sauf que quand les règles ne font pas son affaire, par exemple quand des employeurs peuvent embaucher des travailleurs de l'extérieur de la Côte-Nord, Bernard Gauthier n'a plus de principes.

Là, il joue des bras, il débarque sur un chantier avec sa meute, et qu'est-ce que tu veux, les gars sont fâchés, comment veux-tu les empêcher de donner des claques sur la gueule...

Là, la fin justifie tous les moyens.

Là, Rambo tire dans le tas.

Au nom de la FTQ, qui ne s'en est pas encore dissocié, je le rappelle.




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