Le petit Napoléon

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Ça se passe dans une école de Montréal et avant même que la commission scolaire ne me demande de taire son nom, il était clair dans ma tête que je n'allais pas le faire. Parce qu'au centre de l'histoire se trouve un p'tit cul de 5 ans.

Le garçon arrive donc en maternelle, en août dernier. Il a l'air de tous les autres petits garçons de 5 ans qui se présentent, l'air hésitant, pour ce jour glorieux qu'est le premier jour du parcours scolaire.Sauf que ce n'est pas un petit garçon comme les autres qui franchit la porte de l'école, en cette rentrée scolaire 2013-2014.

Ce petit garçon-là, celui dont je vous parle, n'était pas un enfant-roi. C'était un enfant-dictateur, un Napoléon...

C'est quelqu'un qui connaît des profs de l'école qui m'a signalé l'affaire. Il était outré quand il m'a écrit. Figurez-vous donc, M. Lagacé, que la directrice de l'école a envoyé un courriel à tous les hommes qui travaillent dans l'école pour leur dire de ne pas approcher du garçon... À la demande de la mère !

Extrait du courriel envoyé aux hommes de l'école: Suite à la rencontre de parents pour XXX, nous vous demandons, pour votre propre sécurité, de ne pas vous trouver seul en présence de XXX. La mère refuse qu'il soit seul avec un homme (même dans un gymnase ouvert et vitré comme lorsque ABC lui parle 5 minutes à la récréation - cela a été vérifié spécifiquement)...

Comportement de l'enfant, selon ce que j'ai pu glaner: tête de cochon de calibre olympique, incapacité complète d'écouter et d'obéir aux adultes, tentatives de fuite du terrain de l'école, turbulence généralisée en classe et hors de la classe...

Comme m'a dit quelqu'un qui travaille à l'école: «Je n'ai jamais vu ça de ma vie.» Et quand j'ai appelé les gens de la commission scolaire, je n'avais pas encore prononcé cinq phrases pour décrire l'affaire qu'ils savaient déjà de qui je parlais...

Un petit ouragan perpétuel. À tel point que l'école a embauché une personne dont la principale tâche était de suivre l'empereur pour tenter de le contenir, de le raisonner et...

Et de l'éduquer.

De l'éduquer dans le sens du travail de base qu'un parent doit faire pour préparer son enfant à interagir avec l'univers. Mais évidemment, quand tu es élevé comme si tu étais un empereur, quand tu vois l'univers, tu ne penses qu'à une chose: le conquérir.

En cela, j'avais déjà une bonne chronique. Pas une chronique sur cet enfant, non, une chronique sur le métier de parent, sur la responsabilité que nous avons de nous assurer que nos enfants ne soient pas un trou noir, une fois sortis de la maison...

Puis, j'ai parlé à la directrice. On m'avait dit que la directrice avait peut-être été trop patiente, trop accommodante avec la mère de Napoléon...

Elle m'a tout raconté, de A à Z. L'attitude de la mère, surtout. Son déni, parce que c'est ça, au fond, une grande partie du problème: la mère niait complètement que son enfant puisse être autre chose que l'adorable petit proutte qui illuminait sa résidence, hors des heures de l'école.

Généralement, m'a-t-elle raconté, le parent d'un enfant «difficile» doit faire le deuil de l'enfant «parfait». Mais généralement, ils finissent par voir la lumière et collaborer avec les efforts de l'école.

Pas cette mère-là.

Cette mère-là s'entêtait. Refusait de croire le personnel, quand il racontait comment le petit se comportait. La directrice me racontait tout ça... Sans exaspération.

«Elle était en déni total. Dans deux, trois ans, elle va comprendre...»

Et ce courriel qui faisait des hommes de l'école des pédophiles en puissance, grands dieux, c'était quoi?!

Une demande temporaire, le temps de faire des vérifications, a répondu la directrice. «Si j'avais refusé cette demande, et que l'enfant avait en effet vécu des choses traumatiques aux mains d'un homme dans son passé, j'aurais peut-être empiré les choses.»

Vérifications faites, l'enfant n'avait jamais subi de sévices aux mains d'un homme. Demande refusée, finalement...

Ok, mais tous ces efforts que vous avez consacrés à cet enfant, vous ne les avez pas mis ailleurs...

«Oui, a rétorqué la directrice. Mais ma tâche, c'est aussi de m'occuper du 20% d'élèves difficiles, pendant que les 80% vont bien. Disons que je mets 25 heures par semaine sur cet élève-là, pendant quelques semaines... Et que je sauve 3000 heures au système, dans 15 ans?»

Là, je ne savais pas quoi répondre...

«Je vais faire tout - tout, tout, tout - ce que je peux pour prévenir que le système ne l'échappe. Et pour que la mère, enfin, allume.»

L'histoire ne dit pas si la mère de Napoléon a allumé. Elle l'a retiré de l'école au cours de l'automne.

J'allais donc écrire cette chronique sur cette grande responsabilité parentale: façonner un être humain qui ne fera pas suer inutilement l'univers.

J'espère que vous voyez l'autre chronique, en filigrane, sur ces éducateurs pour qui l'école n'est pas qu'un lieu où on apprend à lire, à compter et à écrire.

Ceux-là pensent aussi que l'école est un lieu où il faut prendre le relais des parents JUSTEMENT pour éviter que les petits chéris ne deviennent des monstres qui font suer tout le monde, plus tard.

Ces éducateurs-là font cela de mille et une façons.

À ceux-là, merci.




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