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Un geste de civilisation

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On dirait bien que cette fois-ci, c'est vrai. On dirait bien que le Québec va bientôt devenir l'une des rares juridictions dans le monde à permettre à certains citoyens atteints de maladies incurables, à certaines conditions, d'obtenir une aide médicale pour mettre fin à leurs jours.

Le projet de loi sur les soins de fin de vie, comme on l'appelle, a atteint la fin de son cheminement dans la machine à saucisses parlementaire, la semaine passée.

Prochaine et ultime étape: l'adoption du projet de loi sur les soins de fin de vie par l'Assemblée nationale. Ce qui pourrait se faire cet hiver.

En 2011, l'Assemblée nationale avait accueilli à l'unanimité les recommandations du rapport de cette bibitte extraordinaire, la commission spéciale Mourir dans la dignité, composée de députés de tous les partis.

Cette commission s'était élevée au-dessus du jeu partisan pour prendre le pouls des Québécois sur le suicide assisté. Elle avait formulé des recommandations étayées pour encadrer ce geste médical.

Le gouvernement de Jean Charest ne s'est pas empressé de transformer le rapport en projet de loi. Dès son arrivée au pouvoir, le PQ a confié ce dossier à celle qui l'incarnait déjà: la ministre Véronique Hivon.

L'automne dernier, surprise: 25 députés libéraux, la moitié du caucus, ont voté contre une formalité parlementaire, c'est-à-dire le principe du projet de loi.

Encore là, la survie du projet de loi n'était pas menacée... À condition que le gouvernement minoritaire péquiste ne tombe pas.

Car il est devenu clair, l'automne dernier, que ce projet de loi divise la députation libérale. Sans l'appui d'une majorité claire de députés libéraux, j'ai écrit l'évidence, début novembre: un éventuel gouvernement Couillard ne s'empresserait certainement pas de reprendre le flambeau de la fin de vie.

Quand j'ai demandé à Véronique Hivon si le projet de loi avait de bonnes chances d'être adopté au printemps, elle a eu cette réponse: «Il y a de bonnes chances qu'il le soit dès cet hiver.»

Les quatre partis représentés à l'Assemblée nationale ont déjà affirmé que leurs députés pourront voter librement, hors des contraintes de la ligne de parti, selon leur conscience.

Le PQ l'appuie à l'unanimité.

Tout indique qu'il sera adopté.

Le PLQ a souligné, la semaine dernière, au terme de la commission parlementaire, avoir contribué à amender 57 des 70 articles du projet de loi.

«Les bonifications et les précisions apportées au projet de loi, sur la base des suggestions des députés de l'opposition et des experts, font en sorte que les chances d'adoption du projet de loi sont excellentes», me dit Véronique Hivon.

On a ainsi pu clarifier le rôle - délicat - des maisons de soins palliatifs du Québec. Ces 29 établissements, financés à la fois par Québec et par les collectivités locales, pourront offrir ce «soin nouveau», selon les mots de la ministre, mais ne seront pas tenus de le faire.

Pionnière des soins de fin de vie, la Maison Michel-Sarrazin de Québec avait déjà annoncé son opposition farouche à ce que ses résidants aient accès au suicide médicalement assisté sous son toit.

«On a respecté ça», note Mme Hivon.

Les établissements publics de santé, ajoute-t-elle en revanche, devront obligatoirement l'offrir: «C'est fondamental.»

Seul bémol, dans les hôpitaux: le personnel médical pourra plaider l'objection de conscience pour ne pas prodiguer ce soin.

Ce qui est tout à fait normal, souhaitable et en harmonie avec la délicatesse qui doit présider à l'encadrement de la mort des personnes.

J'ai cette certitude: une société qui offre à ses citoyens condamnés par la médecine les moyens d'en finir dignement et doucement est une société qui pose un geste de civilisation.

Présentement, la solution de rechange, si vous êtes condamné par la médecine, c'est de faire cela à la bonne franquette, c'est de se lancer en bas d'un viaduc ou de se flinguer derrière une grange, avec toute l'indignité que cela suppose...

Et c'est le faire seul, évidemment.

Parce que se suicider avec le concours de ses proches, c'est risquer qu'ils se fassent ensuite accuser au criminel.

Il semble bien que le Québec posera sous peu un geste de civilisation et rejoindra la poignée de juridictions qui permettent aux citoyens de mettre fin à leurs jours dignement.

L'enjeu - la mort - dicte évidemment que personne ne sablera le champagne si le projet de loi de Mme Hivon est adopté.

N'empêche: ce n'est pas rien.




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