Notre maire fluo

Michael Applebaum... (Photo André Pichette, La Presse)

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Michael Applebaum

Photo André Pichette, La Presse

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De comités d'experts en tables de pilotage, de commission nationale d'examen machin en focus group et en sondages, nos élus sont imaginatifs au cube quand vient le temps de consulter.

Michael Applebaum, maire de Montréal, a poussé ce désir de consultation vers des territoires inexplorés, il y a deux semaines, quand il a annoncé que la Ville demandait à ses citoyens de participer à un sondage en ligne pour décider s'il fallait - oui ou non - boucher les nids-de-poule.

Enfin, dans le réel, il s'agissait de faire pression sur les élus qui, au conseil municipal, avaient voté contre l'octroi de contrats de remplissage de nids-de-poule, car ils craignaient que des compagnies ternies par des affaires de collusion ne les obtiennent.

Rappelez-vous la scène: notre maire intérimaire, un peu serré dans un dossard fluo de travailleur de la construction, bouchant lui-même un nid-de-poule, tout en invitant les Montréalais à répondre à ce questionnaire...

Qu'il ait accepté de se prêter à cette singerie lance un signal inquiétant sur le jugement de Michael Applebaum, évidemment. Qu'il pousse à son absurde limite le concept de «gouverner par les sondages», fussent-ils-totalement-non-scientifiques-et-ouverts-aux-gens-de-Kuujjuaq, aussi. Un maire fort aurait simplement dit que le conseil était dans le champ, aurait plaidé pour qu'on octroie les contrats en se bouchant le nez...

Deux semaines plus tard, les résultats du sondage totalement non scientifique sont connus: 60% des quelque 5200 répondants disent que la Ville ne devrait pas acheter son asphalte d'entreprises ayant trempé dans la marinade de la commission Charbonneau.

Michael Applebaum a donc convoqué la presse, hier, pour annoncer... qu'il allait ignorer les résultats du sondage! De son sondage!

Je me demande ce que pense Régis Labeaume des sondages en ligne.

Paradis

Il est beaucoup question d'évasion et d'évitement fiscal, ces jours-ci. Une enquête journalistique internationale par ici, un ministre français qui cachait peut-être son fric à l'étranger par là...

On lit ça et c'est complexe. Il y a des trucs légaux, des trucs pas légaux, des sociétés paravents, le secret bancaire, un jeu de poupées russes fiscales...

On se met à la place du pauvre enquêteur du fisc chargé de traquer des dollars cachés aux îles Caïman ou aux îles Cook et on sympathise.

Sauf que c'est pas si compliqué. Je laisse Joseph Stiglitz, prix Nobel d'économie et ex-économiste en chef de la Banque mondiale, vous résumer une solution toute simple...

«Ce n'est pas difficile d'enrayer le secret bancaire, de colmater ces comptes bancaires (dans les paradis fiscaux). Tout ce que les États-Unis doivent faire, c'est dire ceci: aucune banque américaine ne peut faire des affaires avec une banque qui ne souscrit pas à des critères de transparence bancaire de base. Si ces banques ne peuvent pas transiger avec des banques américaines et des banques des autres pays du G7, elles cesseront de fonctionner. Il est clair selon moi que nous pourrions nous attaquer au secret bancaire si nous le voulions.»

Lu dans le texte de Marc Thibodeau, hier, sur cette enquête touchant les paradis fiscaux: le ministre des Finances Jim Flaherty a annoncé «qu'il entendait élargir les pouvoirs du fisc afin de permettre la surveillance de tous les transferts internationaux de plus de 10 000$ d'ici 2015»...

Comment, ce n'est pas déjà possible?!

Question: depuis combien d'années l'assurance-emploi ampute-t-elle les prestations d'un chômeur qui quitte le Canada proportionnellement à la durée de son séjour hors du pays?

Pour des pinottes, les contrôles sont efficaces. Pour une fortune familiale, y a pas tellement de contrôles.

Si ça existe, un paradis fiscal, c'est parce que c'est utile pour ceux qui dirigent le monde. Et si vous pensez que je parle des députés et des ministres des pays du G7, je veux juste vous dire que ma chronique d'humour de la semaine, c'était hier.

En parlant d'argent

Yves Michaud, ex-député, militant souverainiste et Robin des banques, va recevoir une amende du Directeur général des élections du Québec (DGEQ) pour avoir acheté une pub dans Le Devoir, lors de la dernière campagne électorale, nommant 13 candidats indignes d'être élus députés.

Indignes pourquoi?

Parce qu'en 2000, ces 13 personnes ont voté cette motion à l'Assemblée nationale qui le dénonçait pour des propos jugés antisémites. Depuis, il estime que l'Assemblée lui a fait un procès injuste et il talonne ceux qui ont participé à cette condamnation.

Peut-être a-t-il raison. Là où Yves Michaud n'a pas raison, c'est sur le fond. Un individu qui achète une pub pour décréter qu'il ne faut pas voter pour tel ou tel candidat, c'est exactement le genre de dérive qui pollue la vie politique américaine.

Bien sûr, Yves Michaud n'est pas un des frères Koch, ces pétroliers fondamentalistes qui achètent des républicains et tentent de couler des progressistes avec leurs millions.

Mais imaginez si, dans Le Devoir ou ailleurs, des gens d'affaires, des compagnies ou des groupes d'intérêt se mettaient à acheter des pubs pour suggérer de voter (ou pas) pour tel ou tel candidat...

Tenez, imaginez des pubs payées par des gens d'affaires fédéralistes, dans lesquelles tel candidat péquiste serait jugé «indigne» d'être élu...

Outré, Yves Michaud ferait la danse du bacon du siècle.

Et il aurait raison.

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