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Une moustache, une fin du monde

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C'est fou, quand on y pense: le régime stalinien de la Corée du Nord posséderait une dizaine d'ogives nucléaires, il menace ouvertement d'annihiler la Corée du Sud et les États-Unis et...

Et rien!

Il n'y a pas de panique mondiale. Autour de moi, à La Presse, tout le monde vaque à ses occupations comme si de rien n'était. Mon jeune voisin Philippe Teisceira-Lessard (à peine plus jeune que Kim Jong-un) tente héroïquement d'extraire de la bouche d'Yves Michaud quelque déclaration; Yves Boisvert prépare l'air de rien un autre conte pour tous et la réceptionniste répond au téléphone avec son calme habituel.

Allô, le monde! On se réveille!

Kim Jong-un, 30 ans, amateur de basketball modérément instable, dictateur de la Corée du Nord, a publié une déclaration écrite de 1200 mots tout aussi puérils que belliqueux annonçant un état de guerre avec la «marionnette» sud-coréenne, une «guerre sacrée» qui va dégénérer en «guerre totale nucléaire» et...

Et il paraît que ce qui rend les gens frénétiques, c'est la reprise de Mad Men ce week-end.

Eh bien, moi, je suis inquiet. Sachez-le.

D'abord, quand je pense à la mort, j'espère quelque chose de rapide. Un hiver nucléaire est quelque chose comme un long cancer qui vous donne des rémissions comme un chat s'amuse avec une souris. Ce n'est pas mon idée d'une belle mort.

Ensuite, mes déclarations de revenus ne sont pas terminées et ce serait vraiment vexant, vu que le fisc va inévitablement réclamer des intérêts et des pénalités à mes descendants quand l'activité humaine organisée reprendra, dans un siècle ou deux. Au pire, si la guerre nucléaire éclate, je demande qu'elle éclate après le 30 avril prochain.

Pourquoi, au fait, ne prend-on pas Kim Jong-un au sérieux?

Peut-être que cela tient à cette absence de moustache dans ce faciès obstinément poupon. Il y a quelque chose d'intimidant dans une grosse moustache touffue, chez un dictateur. Kim n'en a pas.

Peut-être que c'est parce que sa prose est ponctuée d'enflures franchement risibles («Le peuple coréen libérera sa rage et accomplira ce désir chéri de réunification nationale, érigeant sans coup férir la meilleure puissance de ce monde», traduction libre), qui nous rappellent les métaphores involontairement comiques de la chroniqueuse Nathalie Elgrably-Lévy, avec qui il a en commun d'avoir divorcé du réel.

Il reste que Kim a une armée, des chars d'assaut, des cuirassés, des avions de chasse, des sous-marins. Et 10 ogives nucléaires. Dix! Ça fait beaucoup de joujoux dangereux pour un type qui agit comme s'il voulait absolument convaincre l'univers de sa virilité.

Entre deux crises de panique, je suis un peu fâché contre les États-Unis d'Amérique. Il y a 10 ans, les États-Unis ont envahi l'Irak. En nous disant quoi? En nous disant deux choses, principalement:

1) Le dictateur Saddam Hussein pose un danger immédiat à la sécurité du monde avec ses armes de destruction massive.

2) Le peuple irakien mérite de goûter à l'enivrant nectar de la liberté ayant mariné dans la démocratie jeffersonienne.

On connaît la suite. Saddam n'avait pas d'armes de destruction massive (mais il avait une moustache, ce qui a sans doute poussé Bush et cie à le considérer comme étant beaucoup plus dangereux qu'il ne l'était en réalité). Et la démocratie à l'irakienne demeure une sorte d'îlot Voyageur: un truc incomplet.

Mais ce dictateur-là, Kim Jong-un, a vraiment des armes de destruction massive. On le sait, il a fait des tests nucléaires! Il menace vraiment le monde: il l'a écrit! Et son peuple affamé vit en état d'esclavage, bien loin du nectar de la liberté.

Sachant cela, les États-Unis se préparent-ils à envahir la Corée du Nord?

Non.

Qui sait, peut-être que si Kim se fait pousser une moustache, l'Amérique va enfin le prendre au sérieux et aller le désarmer, pour le bien de l'humanité?

Mais je rêve en couleurs, je le crains: Kim Jong-un me semble être ce genre d'homme imberbe, chez qui toute tentative de se laisser pousser barbe et moustache est condamnée à l'échec.

Traduction: nous sommes foutus.

Le drame, dans tout cela, c'est que - malheureusement, tragiquement - on ne connaîtra jamais quels lendemains glorieux la gouvernance souverainiste allait nous donner.




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