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La clôture de la concupiscence

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C'est de la voix de l'entraîneur de soccer de son plus vieux que Julie est tombée amoureuse. Il appelait fréquemment à la maison. C'est elle qui répondait. Avant même de le voir, elle avait craqué. Elle avait sauté la proverbiale clôture.

« Une voix chaude, calme, apaisante, pleine d'intonations qui font frémir », m'a-t-elle écrit.

Chaque appel de l'entraîneur était attendu par Julie « comme un enfant attend le père Noël », dit-elle.

Quand je l'ai interviewée, au téléphone, elle m'a raconté ces premiers coups de fil. Elle m'a raconté qu'en 20 ans de mariage, elle n'avait jamais même songé à sauter la clôture.

Sa pire incartade?

« Me retourner pour zieuter les fesses d'un gars! »

« Et là, je capotais sur une voix... »

Un jour, enfin, elle l'a vu.

« J'étais faite, à vie. Je l'ai su tout de suite. »

Julie a été chamboulée jusqu'à la moelle: pour elle, le mariage, c'était sacré. Elle méprisait ces femmes qui sautaient la clôture. « Je ne pouvais pas concevoir aimer deux personnes à la fois. »

Un soir, à cet homme qui l'envoûtait, elle a écrit une lettre.

« Je veux te le dire au moins une fois. Je suis amoureuse de toi. »

---

J'ai eu ma première blonde à 16 ans. Ça fait 25 ans que je suis « actif » dans le territoire du coeur. Et j'en avais 17 quand la deuxième a sauté la clôture. Rien de grave, dans le grand totem des infidélités: elle avait « frenché » avec un autre gars.

Dieu que ça fait mal...

Pourtant, j'ai été des deux côtés de la clôture. Pas comme vous (vous, vous êtes fidèle), mais disons comme votre voisin (car l'infidélité, c'est les autres): trompeur et trompé. Mais la brûlure d'être trompé ne m'a pas empêché d'infliger cette douleur-là.

Pourquoi?

Eh bien, peut-être parce que, comme l'affirmait Jenny Fields, la castrante maman de S.T. Garp dans Le Monde selon Garp, de John Irving: « Le monde est malade de concupiscence. »

Malade de désir, quoi: concupiscence, dérivé du latin conscupiscens, « désirer ardemment »...

Les statistiques sont affligeantes: de 20 à 30% des hommes sautent la clôture; chez les femmes, c'est de 15 à 20%, rapporte le sexologue Yvon Dallaire, auteur du livre L'infidélité, qui cite des études européennes, américaines et canadiennes. Mais les stats sont incomplètes, forcément. « Pas facile, écrit Dallaire, d'avoir l'heure juste sur la prévalence de l'infidélité, étant donné le secret qui entoure cette activité. »

Le sondeur Jean-Marc Léger a bien résumé ce secret-là en commentant un jour une enquête sur l'amour réalisée pour le Journal de Montréal. À la question « Avez-vous déjà trompé votre conjoint? », 19% des répondants ont dit oui. On avait posé une deuxième question sur le sujet: « Avez-vous déjà tenté de tromper votre conjoint? » Cette fois, le oui a rallié 44% des répondants.

Traduction, selon M. Léger: « Entre 19% et 44% des gens ont été infidèles. »

Remarquez, si le monde est malade de concupiscence, le règne animal n'échappe pas au démon du désir: moins de 10% des espèces animales seraient monogames, note Yvon Dallaire. La fidélité, écrit-il, ne serait pas inscrite dans la biologie. Rares exceptions de fidélité absolue: les manchots empereurs et les hippocampes...

Voilà. Imitez l'hippocampe, et le parfum de la voisine - ou celui du laitier - vous laissera totalement indifférent(e).

---

Dans le PhilosophieMagazine de l'été 2012, l'auteur cynique Roland Jaccard lamine l'institution et l'idée même du mariage. Et il brandit un enseignement relayé par Platon pour illustrer comment l'homme est déchiré par les femmes - la sienne et les autres...

Le jeune Hippias, semble-t-il, posa un jour un dilemme à Socrate.

« J'ai une femme que j'adore, mais ma maîtresse me rend fou de plaisir. Dois-je quitter ma femme pour vivre avec ma maîtresse ou renoncer à ma maîtresse et rester avec ma femme? »

Réponse de Socrate: « Quoi que tu fasses, tu t'en repentiras. »

---

Est-ce si grave, au fond?

Pour Manon, non.

Manon n'a pas 50 ans, son seul amant à vie avait toujours été son mari (ils sont ensemble depuis 23 ans), jusqu'à ce qu'elle apparaisse sur le radar de l'apollon du bureau. Un type de 15 ans son cadet, avec qui elle a fait du jogging horizontal au (attention, cliché total) party de bureau. « C'est épouvantable de dire ça, mais je ne me sens pas coupable. »

Ce fut « une expérience », dit-elle, celle de se sentir désirée après 23 ans de mariage... Dans un contexte où on peut se taper sur les nerfs, à force de trop se connaître, entre époux. « C'est le côté séduction, flirt, qui m'a fait succomber. La cruise, voir qu'un autre gars s'intéresse à toi. Un beau gars, en plus. »

Pour Manon, ce genre d'infidélité - ponctuelle, isolée - ne signifie en rien la fin de son couple. « Ce n'est pas la fin... À condition de ne pas le dire. »

Plus jeune, elle était mortifiée à la seule idée de tromper son chum. Aujourd'hui, elle hausse les épaules.

« Au moins, j'aurai su avant de mourir ce que c'est que de coucher avec un autre homme que mon mari. »

---

Ah, j'oubliais: Julie.

Elle ne saura jamais ce que c'est, elle, de coucher avec un autre homme que son mari. L'entraîneur a répondu - poliment, mais fermement - qu'il était heureux avec sa tendre moitié.

Mais le mal est fait. Non seulement Julie a le coeur brisé, non seulement elle vit dans l'espérance d'un signe de cet homme, non seulement sa relation avec son mari bat de l'aile, mais elle considère avoir commis un grave délit.

- C'est de l'infidélité, ton histoire, Julie?

- Oui, dit-elle sans hésiter. Quand tu as quelqu'un dans ton esprit, c'est une infidélité. C'est aussi grave que de tromper physiquement.

J'ai dit à Julie qu'elle était beaucoup trop dure avec elle-même. Je me serais senti con de lui citer Socrate, mais quand même, Julie: Quoi que tu fasses, tu t'en repentiras...

C'était il y a 2500 ans et Socrate, penseur immense, a accouché de cette formule banale, qui ne règle ni n'éclaire rien en matière de concupiscence et d'infidélité. Il y a peut-être, pauvre Julie, quelque chose de plus fort que l'espèce même qui bout en toi...

---

Je pose la question, encore. Est-ce si grave, au fond?

Il y a probablement autant de réponses que d'infidélités. Mais je trouve absurde la posture du « tolérance zéro ». Genre: Tu sautes la clôture, pis c'est fini. C'est confondre l'Homme, et la Femme, avec son très lointain cousin l'hippocampe.

Où il y a de l'amour, il y a le danger de sauter la clôture de la concupiscence. Dans La nuit je mens, Alain Bashung aborde la question de cette satanée clôture avec détachement...

D'estrade en estrade, j'ai fait danser tellement de malentendus

Des kilomètres de vie en rose

Un jour au cirque, un autre a cherché à te plaire...

Détachement n'est peut-être pas le mot. Résignation, peut-être. Je ne sais pas...

Mais Helen Fisher, anthropologue américaine qui consacre ses recherches à l'amour, affirme quelque chose de très déstabilisant pour le couple moderne, souvent fondé sur le je-t'aime-tu-m'aimes-pour-toujours: « Vous pouvez ressentir un attachement profond pour un partenaire de longue date, pendant que vous êtes passionnément amoureux de quelqu'un d'autre. Et, en même temps, être sexuellement attiré par d'autres personnes. Nous pouvons aimer plus d'une personne à la fois. »

La biologie, c'est fort.

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Commentaires (19)
    • Mon opinion est que la première et principale victime d'un acte d'infidélité est la personne qui l'a commise, et non pas son partenaire. Peu importe que l'acte soit avoué ou pas, prémédité ou accidentel, qu'il soit regretté ou accepté sans remords.
      Nos actions nous définissent et nous sommes individuellement responsable d'agir en accord avec nos valeurs, peu importe quelles sont nos valeurs, peu importe les émotions du moment. Il est donc important d'être honnête avec soi-même, d'assumer nos valeurs et de faire face à nos actions (lire:en accepter pleinement la responsabilité).
      Dans ce contexte, un acte d'infidélité est dans mon livre une trahison de soi-même avant d'être une trahison de quelqu'un d'autre. Si nos valeurs nous amènent à entrer volontairement dans une relation exclusive avec un partenaire, nous trahissons ces valeurs en étant infidèle. Si nous sommes entrés dans une relation exclusive avec un partenaire alors que c'était en contradiction avec nos valeurs, nous nous trahissons avant même d'avoir commis un acte d'infidélité.
      Par contre, si nous sommes dans une relation explicitement non-exclusive - en concordance avec nos valeurs - et bien, peu importe l'opinion de notre partenaire, nous ne commettons un acte d'infidélité. Je dois ajouter que peu importe la condition de la relation, le partenaire n'est jamais le responsable d'un acte d'infidélité. Si vous n'êtes pas heureux dans une relation, il vous appartient de terminer cette relation. Sinon, soyez prêts à assumer l'entière responsabilité de vos actions.

    • La fidélité n'est pas un choix ou une obligation, c'est quelque chose qui est intrinsèque. Tu es fidèle ou pas. Tu ne te poses jamais la question. Est-ce que cela veut dire que la personne fidèle ne peut ressentir certaines émotions en présence d'une autre personne que celle avec qui elle partage son couple? Non, cela veut simplement dire qu'elle sait que ce sera passage comme une envie de fumer ou une envie de manger du chocolat. La personne infidèle saura toujours trouver des raisons pour justifier son infidélité car pour elle, l'infidélité est la norme. La morale de mon commentaire, vous ne pouvez pas juger les autres care chacun a son propre code d'éthique. Mais de grâce, gardons les fidèles et les infidèles avec les infidèles. Soyons ouverts et communiquons. Nous éviterons ainsi les drames et pourrons tous vivre heureux. Joyeuses St-Valentin xx

    • Lucky, est-ce que votre régulier est au courant de ce que vous vivez avec l'autre? En parler contribue beaucoup à briser la bulle, car ça nous force à nous poser les vraies questions. Si vous pensez constamment à l'autre, c'est peut-être parce que votre désir de passer du temps avec lui est frustré? La passion des premiers moments est quelque chose de très fort, mais ça passe! Ceci dit, c'est possible d'aimer plusieurs personnes, mais ce n'est pas simple. Ça, c'est certain...

    • Voilà pourquoi on ne peut pas aimer deux hommes à la fois... Que répondre à son homme (son régulier) lorsqu'on pense constamment à l'autre et que le jour de la St-Valentin il nous dit qu'il s'ennuie de sa femme alors qu'on est à la maison tous les soirs, toutes les nuits, toutes les fins de semaine, pour être présente pour notre famille? On ne peut pas être disponible pour deux, même si nous les aimons différemment...
      Et oui, Patrick, j'ai fait ce que tu m'as dit, au cas où tu te poserais la question!

    • Pourquoi serait-il mieux d'aimer une seule personne que plusieurs? Les liens qu'on crée avec les autres sont tous différents et uniques. On ne veut pas nécessairement faire sa vie avec tous. On peut aimer de différentes manières, selon la place que chacun occupe dans notre vie. Pourquoi l'éthique dont parle JCJasmin doit nécessairement être celle de l'amour unique et exclusif? Pourquoi aimer plusieurs personnes serait-il égoiste? Si celui qui a besoin d'être aimé de manière exclusive, souffre... n'est-ce pas plutôt parce qu'il ressent un manque? Alors pourquoi ne pas travailler à combler ce manque plutôt que de mettre fin aux autres relations? Oubliez pour un moment les couples ouverts, et commençons d'abord par nous parler ouvertement.

    • @JCJasmin, j'appuie totalement vos dires à saveur kierkegaardienne.
      Le mariage étant pratiquement toujours entouré d'un aura religieux, peu importe les cultures, il est donc selon moi, en plus d'un acte social, un acte fondamentalement éthique/moral. Il fait appel à la capacité de l'homme (et de la femme aussi, faut pas oublier la femme) à passer outre ses pulsions animales, à établir sa condition. Mais cela rejoint un concept du mariage monogame. Ce n'est pas nouveau qu'il y ait eu dans le passé, et qu'il y ait encore, des cultures où le mariage polygame constitue la norme (c'est ce sacré de misogyne de Schopenhauer qui serait content). Mais là, ça apporte aussi tout un autre lot de problèmes avec. Anyways, dans le cas ici de la fidélité, on pourrait dire au final que ce n'est pas tant le fait d'avoir des "désirs ardents" qui constitue le problème, mais plutôt ce que l'on fait suite à ces désirs ; bref, comment on les gère.
      My 5 cents
      (avec le 1 cent qui prend le bord, on ne pourra bientôt plus en donner 2...)

    • Pour l'avoir vécu, je suis totalement d'accord avec Helen Fisher.

    • ''L'occasion fait le larron''! On travaille avec quelqu'un..puis un jour on prend un élan et hop! on saute la clôture!

    • Il n'avait jamais embrassé
      Personne que sa fiancée.
      C'était le fidèle absolu,
      L'homme d'un seul amour, pas plus.
      Et les globe-trotters,
      Et les explorateurs,
      Friands de bagatelle,
      Regardaient étonnés
      Ce bonhomme enchaîné
      A son bout de dentelle.
      Bonhomme sais-tu pas
      Qu'il existe là-bas
      Des beautés par séquelles,
      Et qu'on peut sans ennui
      Connaître mille nuits
      De noces avec elles ?
      Et l'homme répondit :
      "Je le sais bien, pardi,
      Mais le diable m'emporte
      Si je m'en vais chercher
      Loin d'ici ce que j'ai
      Juste devant ma porte."
      Je n'ai vu qu'un amour, un seul, mais je l'ai vu,
      Et ce grain de beauté a su combler ma vue,
      Et ce tout petit bout de Vénus me suffit :
      Pour connaître une femme, il faut toute une vie.
      Si l'envie vous prenait de courir les jupons,
      Soyez gentil, ne courez pas après ma belle!
      -George Brassens, Le fidèle absolu

    • À JC Jasmin, votre propos mérite réflexion, je suis à des lieux de vous, mais...vous méritez réflexion !

    • Hier, le mariage homosexuel a été adopté par l'Assemblée Nationale en France (il était temps!). Pour faire suite à @lovelia, je fais une prédiction pour 2050: je crois que plusieurs sociétés progressives vont avoir adopté une reconnaissance légale (union civile?) pour les relations polyamoureuses. Plusieurs enfants sont déjà élevés dans des arrangements familiaux à plus que deux partenaires. Selon [1], il y aurait plus de 500 000 familles polyamoureuses aux États-Unis; avec peut-être Seattle comme refuge idéal...
      Pour en apprendre plus sur le polyamour, vous pouvez commencer par: http://fr.wikipedia.org/wiki/Polyamour .
      Il n'y a rien d'absolu derrière la 'fidélité' à deux; c'est aux partenaires adultes à gérer leurs ententes et attentes!
      Simon
      [1] http://www.thedailybeast.com/newsweek/2009/07/28/only-you-and-you-and-you.html

    • Lucky, tout ce que vous dites là n'est pas bien différent de ce qui peut se produire dans un couple, disons, ordinaire. Moi aussi j'ai des amis qui n'allaient pas voir ailleurs et qui filaient le parfait bonheur, et un jour ils se sont séparés. La fin de l'amour peut frapper tout le monde. Tout dépend des motifs pour lesquels on va voir ailleurs. Parfois c'est parce qu'on n'est plus bien où l'on est. Mais il me semble que les plaisirs de l'amitié et de l'amour constituent aussi un motif. Le vrai problème, c'est le manque de communication. Accepter quelque chose qui ne nous convient pas n'est jamais bon. C'était plutôt ça le problème du couple dont vous parliez.

    • Ouch!!! Là mon ouverture est à 0o. Je vois très mal comment on aller voir ailleurs, une seule fois ou régulièrement, et être dédiée à notre partenaire! On ne parle pas que de sexe ici mais aussi d'amour. Quand on a l'esprit ailleurs, qu'on a un autre homme que notre mari dans la peau, comment peut-on « être fidèle à notre relation, être présent pour lui, l'aimer, le chérir » à 100%? Moi en tout cas, je n'en suis pas capable et c'est ce qui me nuit le plus présentement. Mon mari sait ce qui m'arrive, me voit me battre contre les sentiments que j'éprouve pour l'autre, m'a demandé de ne pas le quitter et attend que mon imbécile de c?ur revienne sagement à la maison ... Si c'était arrivé, du moment où j'aurais fait l'amour avec l'autre, je n'aurais jamais pu rester avec mon mari, c'est certain. Je n'aurais plus jamais été capable qu'il me touche. J'ai vraiment du mal à comprendre le concept. Aller baiser ailleurs? Pourquoi? Juste pour voir si on peut avoir autant de plaisir avec un autre qu'avec notre régulier?...
      A quoi sert le couple dans ce cas? Autant être seule et pouvoir avoir toutes les aventures dont vous rêvez, sans faire de mal à personne. Vous dites qu'il faut connaître les limites du conjoint. S'agit-il vraiment de ses limites ou s'ajuste-t-il seulement aux vôtres pour ne pas vous perdre? J'ai déjà connu un couple supposément très ouvert mais lorsque la femme partait pour s'amuser avec un autre, lui, pendant ce temps, se rongeait le frein jusqu'à ce qu'elle revienne, était incapable de la toucher pendant au moins 4-5 jours à chaque fois et allait voir ailleurs seulement pour lui remettre la monnaie de sa pièce, dans les faits. L'inévitable est arrivé, ils se sont séparés et elle n'a jamais rien vu venir, pensant que la vie était belle comme ça.
      Malgré mon actuelle condition, j'ai du mal à concevoir qu'on puisse aller coucher avec un autre, puis doucement revenir à la maison comme si on était allée faire l'épicerie.

    • Je suis polyamoureuse et je ne crois pas que la fidélité soit un concept qui se base sur quelque chose d'aussi banal que "le corps, le désir".
      Être fidèle, c'est prendre un engagement envers quelqu'un. Lui dire que l'on sera là, pour lui. Lui dire qu'une part de nous lui apartient. Lui dire qu'il peut avoir confiance, qu'il ne sera pas "trahi". Qu'on sera fidèle à la relation, à ce qu'elle implique. Aimer va bien au-delà du corps.
      Jamais il n'est universellement dit que l'on se dédie sexuellement exclusivement à son partenaire. À travers le temps et les lieux, les relations monogames n'ont pas été une notion absolue, on a vu beaucoup de relations polygames être la norme dans certaines société.
      C'est à chaque couple de déterminer les points de conforts et d'inconforts, les "limites", les "règles" (ex: protection avec les autres partenaires, etc.). Mais chose sûre, c'est aussi à chaque personne de savoir se connaître, connaître son partenaire et délimiter ce qui lui convient ou non.
      Et au lieu de se briser face à une infidélité, chaque couple devrait en profiter pour réfléchir à ce qui le compose et à comment il doit se définir.
      L'amour... ça ne se divise pas, ça se multiplie.
      G.C
      p-s pour ceux qui veulent comprendre un peu plus les relations ouvertes/polyamoureuses/alternatives, je vous suggère la lecture de "the ethical slut", essai sur la matière...

    • @M. Dussault,
      Je ne suis pas d'accord. Être fidèle par amour ne demande aucun effort, soit!... tant que l'ultime tentation, LE Mâle Suprême, ne nous apparaît pas en pleine face, auquel cas ça devient beaucoup plus difficile d'y résister, voire impossible et remet même notre amour pour notre conjoint en cause. Je n'ai pas eu à y penser pendant plus de 20 ans de vie de couple lorsque ça m'est arrivé. Ça fait beaucoup d'années à ne jamais se questionner ni ne se remettre en question, à se dire que c'est tellement facile d'aimer le même homme pendant tant d'années, à réussir à gérer notre actif et notre passif de couple, à ne céder à aucune autre tentation qui s'est présentée au cours des années et qu'on a toujours repoussée du revers de la main en riant, en trouvant ça juste cute de se faire cruiser même si on est mariée... La fidélité ne doit pas être une obligation mais bien un choix libre et éclairé, une valeur intrinsèque de notre vie.
      J'ai aussi de la misère à vous suivre dans votre raisonnement: je vois mal le rapport avec l'insécurité. On n'est pas fidèle parce qu'on est insécure, qu'on a peur que l'autre nous quitte. Ça reviendrait à dire que le conjoint ne représente rien d'autre qu'une protection, quelqu'un qui nous évite d'être seul. Ça n'a aucun sens... ce ne serait pas de l'amour dès le départ de la vie à deux, et dans ce cas, ça ne servirait à rien de le choisir, lui. Autant attendre celui qui fera qu'on veuille être fidèle, celui qui en vaudra la peine et surtout, celui qu'on aimera tant qu'il supplantera tous les autres, qui fera qu'on fermera les yeux devant toute tentation.
      Rien n'est clairement défini quand ça concerne l'amour, bien malheureusement. On n'a d'autre choix que de se laisser porter par la vague, en espérant juste qu'on ne s'y noiera pas...
      Julie

    • L'article porte sur le/la sauteux de clôture, avec ou sans remors, dans son petit monde intérieur. On n'y parle pas de celui ou celle dont le conjoint a sauté la clôture. Lorsqu'il/elle l'apprendra, car il/elle finit toujours par l'apprendre, il/elle en aura les jambes cassées. On voit souvent cela dans les films ou les téléromans, le conjoint trompé est meurtrie, en colère, fait un spectacle et on passe à la scène suivante. La réalité est 10 fois pire que cela, je le sais pour l'avoir vécue. La confiance sera brisée et cela prendra un immense effort pour qu'elle puisse revenir. La grande majorité des couples n'y survivent pas. (Et pour ajouter l'insulte à l'injure, le conjoint trompé se fera dire qu'il a été trop bon, trop confiant, qu'il aura dû être plus vigilant, etc.; comme si, quand on est en couple, on ne devrait jamais faire pleinement confiance à l'autre et qu'on est niaiseux si on le fait; (allez au diable!)).
      Vous voulez tromper votre conjoin? Ok, alors ayez l'honnêteté de lui dire avant. Vous ne pouvez faire cela? alors ne le trompez pas.
      M. Lagassé, lors de l'affaire Turcotte, je vous avais suggéré par courriel de faire une chronique sur ce que cela signifie d'être trompé par son conjoint et comment on peut se sentir quand cela arrive. Cette série serait une belle occasion d'y ajouter quelque chose à ce sujet.

    • Trois choses : Primo, si de 19% à 44% des gens ont été infidèles, on peux aussi dire que 56% à 81% sont fidèles = une majorité !
      Secundo, justifier le compt. humain en le comparant au compt. animale me semble absurde : pourquoi pas justifier la pédophilie, la nécrophilie et l'inceste tant qu'à y être, non mais !
      Tiercio, l'infidélité est moins surprenante quand on considère que nos comportements pré-engagement nous préparent à devenir de futurs tricheurs [Busby, 2010].
      À mon sens, l'amour durable a toujours tenu grâce aux [nombreux] sacrifices // Ceci étant dit, personne est à l'abri de «sauter la clôture» !

    • Je ne vois pas la raison pourquoi on devrait poser le comportement animal comme valeur normative... Que les hippocampes soient fidèles et les ours ne le soient pas ne change rien. Que la convoitise soit une expérience universelle, même pour ceux qui sont mariés, j'en convient. Mais de là à dire que parce que j'ai une pulsion physique et émotionelle naturelle, cela me justifie à rompre les engagements éthiques que j'ai pris (devant témoins ou pas), ici je ne suis pas d'accord. Le mariage et le couple est l'acte éthique le plus élémentaire qu'un homme ou une femme puisse prendre. Il ne s'agit pas simplement de dire "je vais avoir des émotions fortes envers toi pour toujours" mais de dire qu'au-delà de comment je me sens, je m'engage à t'aimer, te soutenir, te servir, t'encourager, pour le reste de mes jours, de manière inconditionnelle, peu importe ce qu'il m'en coûte.
      Le mariage, c'est passer de la sphère Esthétique (ou mes émotions, mes sensations, mes expériences dirigent le sens de ma vie), soit un mouvement de l'extérieur vers l'intérieur, à la sphère Éthique, ou je me "déverse" comme individu, dans ma société (mon mariage, ma nation, ma famille, mon travail, etc.), soit un mouvement de l'intérieur vers l'extérieur.
      Ce que je crains, en voyant "l'état de l'amour", au Québec, c'est que conçoit l'amour de manière Esthétique, par rapport aux émotions, et on ne le conçoit plus de manière éthique (comme nos grands parents), où Aimer est un verbe, et pas simple un nom commun.

    • La fidélité posée en vertu c'est de l'insécurité mal assumée. La fidélité par amour est une grâce et ne demande aucun effort. Le choix de vivre vieux vous oblige à la fidélité...

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