Conflit étudiant: il n'y a pas de ligne de parti

Comme chroniqueur, j'ai un truc infaillible pour éviter de faire un Stéphane Gendron de moi-même, c'est-à-dire de me mettre le pied dans la bouche jusqu'à la rotule.

Je prends congé.

Congé, donc, la semaine passée.

Ça m'évite de dire des niaiseries.

En revenant à la civilisation, je suis tombé sur des messages de lecteurs inquiets. «Vous êtes où? Vos boss vous ont fait taire! Ils veulent pas que vous plantiez le gouvernement, pour sa loi spéciale, on sait ben...»

Évidemment, ils disaient ça parce que, dans ce journal, j'ai souvent brutalement critiqué Jean Charest et son gouvernement pour sa gestion du dossier étudiant: on espérait un chef d'État; on a eu le directeur adjoint d'un concessionnaire Lada pour la Basse-Côte-Nord...

Évidemment, certains ont fait 1 (mon absence) + 1 (la loi spéciale qui matraque le droit d'association) et ils ont conclu que la Grosse Presse Libérale m'avait exilé dans quelque Sibérie.

Sauf que non. Pas de complot. J'étais en congé. Volontaire.

Les inquiétudes de certains lecteurs en disent plus sur le climat de ce Printemps érable, complètement paranoïaque, que sur la propension aux complots chez la moyenne des ours, remarquez.

Il n'y a plus de milieu. Il n'y a que des extrêmes, galvanisés. Des fois, fatalement, les gens tombent dans le trou où était le centre, et ils font 1+1=22...

Mon journal lui-même est tombé dans ce trou. Samedi, à la une, résultat d'un sondage: les Québécois appuient la loi spéciale. Petit hic: le sondage a été mené pendant les débats à l'Assemblée nationale. Il n'en fallait pas plus pour qu'en certains quartiers, on crie à la manipulation de l'information, au biais pro-libéral de La Presse...

Pardon?

Je veux bien admettre une maladresse, il eut été préférable d'attendre de connaître les détails du projet de loi 78 avant de poser une question sur le sujet. Mais le grand complot pro-libéral?

Un peu de sérieux...

Car il faut vraiment lire ce journal avec une loupe, à la recherche d'un adjectif subliminal, pour passer à côté d'un truc gros comme un éléphant: depuis trois ans, La Presse a été à l'avant-garde des révélations qui ont embarrassé le gouvernement de Jean Charest.

Des exemples?

Qui a révélé que pendant que Québec disait donner une dernière chance à la négo avec les étudiants, on planchait sur ce projet de loi spéciale?

Denis Lessard, de La Presse.

Qui a révélé la passion pour la politique d'un haut dirigeant d'une firme de génie, histoire qui illustre les liens entre les firmes de génie et le politique?

Fabrice de Pierrebourg, de La Presse.

Qui a récemment révélé que Line Beauchamp, alors ministre de l'Environnement, avait participé à un petit-déjeuner de financement où se trouvait un mafieux notoire?

André Noël, de La Presse.

Qui a écrit qu'un ancien conseiller de Jean Charest recyclé dans les tableaux scolaires semble favorisé par un appel d'offres public?

Vincent Marissal, de La Presse.

Qui a écrit qu'au sein même de l'Unité permanente anticorruption, son indépendance politique fait l'objet de sérieux doutes?

Fabrice de Pierrebourg, de La Presse.

Qui a révélé l'histoire des cadres unilingues anglophones dans ce fleuron du Québec économique qu'est la Caisse de dépôt et placement?

Francis Vailles, de La Presse.

Qui a révélé qu'Hydro-Québec cache 1 milliard en dépassements de coûts dans la réfection de Gentilly-2?

Paul Journet, de La Presse.

Qui a révélé plusieurs des scoops du scandale de l'attribution des places subventionnées en garderie par le ministère de la Famille à des amis du Parti libéral?

Tommy Chouinard, de La Presse.

Dans le commentaire, même combativité.

Michèle Ouimet a écrit que sur la question de la hausse des droits de scolarité, le gouvernement est tombé sur la tête.

Rima Elkouri a dit que la hausse des droits de scolarité est «brutale» et constitue une «injuste part».

J'ai dit que Jean Charest exploite le chaos électoral.

Yves Boisvert a, parmi les premiers, dénoncé la «commission émasculée» qu'était la première mouture de la commission d'enquête sur les saloperies du monde de la construction, une première mouture semblant protéger les politiciens.

Et il y a Chapleau, toujours cruel envers le premier ministre et sa grande famille libérale.

Où ça, le complot?

Oui, je sais. La page éditoriale est pro-gouvernement, dans ce débat. Ça en décoiffe plusieurs. Je ne suis pas d'accord avec Pratte, avec Dubuc, avec Gagnon.

Mais ils ont leurs points de vue, j'ai les miens. Yves a les siens, comme Michèle, comme Rima, comme Marie-Claude. Ce journal n'est pas un monolithe. Il est probablement aussi polarisé, ces jours-ci, qu'autour de votre table de cuisine...

Donc, quand je vois des appels au boycottage de La Presse pour cause de biais libéral, je suis sidéré. Et je me pose une question, une seule: Jean Charest, qui est crucifié dans nos pages depuis trois ans, est-il encore abonné, lui?




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