Vic Toews, un vrai dur

Si nos soldats étaient impliqués dans une féroce bataille sur le front de l'Ouest pour repousser les troupes russes, je pourrais comprendre que le ministre de la Sécurité publique du Canada dise que les Forces armées canadiennes ne sont pas faites pour manipuler des sacs de sable en zone inondable.

Mais bon, nos troupes ne sont pas engagées au front à défendre l'intégrité des frontières du Canada.

Ça n'empêche pas Vic Toews, ministre de la Sécurité publique du Canada, de faire la morale à Robert Dutil, son homologue québécois, dans une lettre où il explique:

«J'en ai discuté avec le ministre (de la Défense, Peter MacKay) et nous sommes d'accord que la collecte des sacs de sable ne représente pas un rôle approprié pour les Forces canadiennes.»

On lit ça et on croit rêver.

«Pas un rôle approprié.»

Comme ils disent au Manitoba: WTF?

Si l'armée canadienne était engagée dans une bataille féroce pour repousser les Russes ou les Chinois, évidemment, personne ne s'attendrait à ce que les soldats aident leurs compatriotes à repousser les flots rebelles.

Mais ce n'est pas le cas. Nos troupes ne se battent pas contre des forces étrangères qui tentent d'asservir le Canada. Nos troupes font ce que font les troupes dans leurs bases en temps de paix. C'est-à-dire que nos troupes ont tout à fait le temps de venir en aide à leurs compatriotes qui se battent contre des inondations historiques.

Vic Toews devrait faire comme ses amis conservateurs, toujours si prompts à s'inspirer des États-Unis. Chez nos voisins du Sud, quand des inondations printanières frappent, que font les unités de Garde nationale des États, pensez-vous?

Ben oui, elles aident, entre autres choses, à bâtir des digues avec des sacs de sable, et elles contribuent aux tâches de nettoyage après les sinistres. L'armée américaine s'en vante même dans des communiqués de presse. Ce service à la communauté est une fierté pour les unités de la National Guard.

Mais, à en croire Vic Toews, l'armée canadienne a mille fois mieux à faire, ces jours-ci, que d'aider 3000 Canadiens répartis dans des dizaines de communautés touchées par des inondations historiques.

C'est déjà débile, comme philosophie, mais Vic Toews se surpasse dans la même lettre. Affecter les soldats à des tâches de nettoyage, écrit-il encore comme on tartine un peu de Map-O-Spread idéologique sur une tranche de pain, «placerait les Forces armées canadiennes en compétition avec le secteur privé».

C'est consternant. Quand les conservateurs parlent de la chose militaire, c'est comme si l'armée était une façon de mettre leur virilité sur la table. Comme s'il s'agissait d'une chose sacrée.

Ici: l'armée ne saurait être dérangée pour aider les pauvres civils en détresse et dans le pétrin. Tout d'un coup que les Russes déclencheraient une attaque-surprise, on aurait l'air de quoi, les Canadiens, avec nos sacs de sable?

Encore un peu et Toews tremperait un peu plus profondément son couteau dans le pot de la marmelade libertaire. Un peu plus et Toews nous dirait que, avec davantage d'initiative individuelle de la part des citoyens de la Montérégie, l'eau comprendrait qu'elle n'a pas intérêt à se mesurer à l'Homme.

Les conservateurs: Tough on crime, tough on Mother Nature.

Quatre ans, minimum, de ce genre de bêtise idéologique. Personnellement, je crois que ça va être très amusant.

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