What does Alberta want?

Il y a quelques jours, quand je disais aux gens que je m'en allais en Alberta pour couvrir les élections fédérales, ils me servaient ce regard affligé qu'on réserve à celui qui vient de confier qu'il doit prochainement se taper une coloscopie.

«L'Alberta?»

Plissement attendri des lèvres.

«Pauvre toi.»

J'avais beau dire que ne-non, l'Alberta, c'était mon idée; que l'Alberta est une terre bizarrement exotique par sa différence anthropologique par rapport au reste du Canada; que l'Alberta est une bibitte fascinante parce qu'elle est peut-être tout ce que le Québec n'est pas, j'avais beau dire tout ça, on ne me croyait pas.

Pas grave.

Je suis venu deux fois en Alberta dans un contexte politique, pour le travail. La première fois, en 2004, pour les élections qui ont abouti à un gouvernement minoritaire de Paul Martin. La seconde, quand la menace de coalition PLC-NPD (Bloc) a poussé Harper à proroger le Parlement: l'Alberta était furieuse de voir que son gouvernement conservateur avait failli être renversé par une coalition de gauchistes alliés aux séparatistes...

Avec les richesses pétrolières et gazières, le pouvoir économique du pays s'est déplacé, depuis 10 ans, vers l'Ouest. Avec la fusion du Parti progressiste-conservateur et de l'Alliance canadienne (ancien Reform Party), le pouvoir politique a suivi le même chemin. Si la droite est au pouvoir, c'est parce qu'elle a su se fédérer sous la bannière du nouveau PC. Un PC qui a largué le mot «progressiste»...

Je suis venu deux fois en Alberta, et les deux fois j'ai été fasciné par cette province qui ne s'excuse pas d'être férocement bitumineuse, qui emmerde les écolos et autres plateaupithèques tout en votant en masse pour le Parti conservateur. En masse? You bet: l'Alberta compte 28 sièges aux Communes; 27 sont détenus par des conservateurs.

La seule députée non conservatrice s'appelle Linda Duncan. Néo-démocrate, elle a ravi Edmonton-Strathcona au PC, en 2008, par quelque 500 voix. J'ai rendez-vous avec elle ce matin. Duncan est tout ce qui se dresse devant un balayage conservateur albertain, le 2 mai. Le Parti libéral? Il a de la difficulté à trouver des candidats. Le PLC est encore honni, ici, 31 ans après que le gouvernement Trudeau eut imposé le Plan énergétique national, qui a profité, selon les Albertains, à tout le pays... sauf à eux.

L'Alberta n'est pas «à droite», elle est «la» droite canadienne telle qu'elle s'articule aujourd'hui. Au provincial, le Wild Rose Alliance Party, incarné par sa jeune chef Danielle Smith, est en pleine ascension et réputé encore plus à droite que le Parti conservateur fédéral, qui cherche aujourd'hui à se détacher du carcan minoritaire.

Bref, si Stephen Harper parvient à arracher un mandat majoritaire, le 2 mai, il est fort possible que le Canada ressemble de moins en moins au «Central Canada» du Québec et de l'Ontario, qui dominent le paysage économique, social et culturel du pays depuis l'ère Trudeau. Et de plus en plus à l'Alberta.

Après des années et des années de «What does Quebec want?», le pays commence à se demander «What does Alberta want?» Après le 2 mai, la réponse risque d'être plus claire...

D'où ma curiosité. Que veulent les Albertains?

De Calgary à Edmonotone en passant par Fort McMurray, Camrose et Medicine Hat, je vais tenter de répondre à cette question.

BLAGUE PLATE - Page 3 du Calgary Herald, l'autre matin: «Quebecers don't hate Alberta», papier sur un sondage commandé par l'Institut économique de Montréal, groupe de réflexion de droite, dans la foulée de critiques du gouvernement Charest contre les sables bitumineux qui salissent la planète - c'était avant la controverse (hum-hum) des gaz de schiste.

Bref, ça tombe super bien, je vais me présenter aux gens en disant: «Hi, my name is Patrick Lagacé, and I don't hate you.» Je trouve qu'il s'agit d'une excellente entrée en matière.

Toujours dans le Herald, une chronique où les députés conservateurs de Calgary sont critiqués: le gouvernement conservateur ne veut pas mettre une cenne dans un projet de tunnel qui passerait sous une des pistes d'atterrissage de l'aéroport. Ici, les gens disent: Harper a bien annoncé du fric pour des travaux à l'aéroport de Québec. On sait ben, le Québec a toujours tout ce qu'il veut...

«Hi, my name is Patrick Lagacé and I'm not from Quebec City.»




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