OD, Bali, Joanie et nous

La candidate Joanie fait partie des finalistes de... (Photo André Pichette, La Presse)

Agrandir

La candidate Joanie fait partie des finalistes de la téléréalité Occupation double Bali, qui se conclura demain avec un vote du public.

Photo André Pichette, La Presse

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

Il y a de l'espoir. Honnêtement. Je sais que vous n'en êtes pas convaincus. Que dès que quelqu'un mentionne Occupation double Bali, vous êtes nombreux à soupirer et à lever les yeux au ciel en affirmant que de toute façon, vous n'avez pas vu un seul épisode de ce monument de vide et de vulgarité qu'est OD - une téléréalité présentée par V, produite par Julie Snyder et qui se termine demain soir après avoir occupé un temps d'antenne ressemblant à 200 ans.

Mais je vous le répète : il y a de l'espoir. J'en sais quelque chose, ayant suivi assez assidûment les tribulations de nos futurs ex-couples à Bali. Je ne l'ai pas fait par plaisir, mais par obligation professionnelle, je tiens à le souligner. Faut bien que quelqu'un se sacrifie...

Or, mon assiduité me pousse à affirmer que tout n'est pas perdu, pourvu que l'on considère cette téléréalité dans une perspective historique, en la comparant à ce qui s'est fait par le passé. 

Notamment à V, qui, en 2003 sous la marque de TQS, nous a fait cadeau de Loft Story, la téléréalité la plus crapoteuse de son histoire.

Sachez qu'en 2003, vous étiez plus de 1 million -  plus précisément 1 160 000 téléspectateurs - à suivre une bande de jeunes « wannabe » aux diplômes souvent inexistants, parlant un québécois de fond de ruelle, confinés comme des rats dans un loft en forme de cloche de verre où il n'y avait rien à faire, sinon ratatiner dans le jacuzzi.

Vous souvenez-vous des célèbres paroles de la non moins célèbre Mélanie - une Joanie avant la lettre, mais sans lettres ? À moitié soûle, en titubant dans la soupe poisseuse du jacuzzi, elle avait lancé à personne en particulier qu'elle avait- ouvrez les guillemets - « envie de manger une queue ». Fermez les guillemets. Ça, c'était il y a exactement 14 ans.

Regardez l'immense chemin parcouru depuis. D'abord, les cotes d'écoute d'Occupation double Bali n'ont jamais frôlé le million, ce qui n'est peut-être pas une bonne nouvelle pour les commanditaires, mais témoigne d'un réel progrès social et culturel.

Autre amélioration : contrairement aux candidats du Loft, les candidats d'OD s'expriment dans un français plutôt correct qui n'écorche pas trop les oreilles, hormis quelques expressions anglo pseudo-cool comme « fake as fuck ».

Autre atout non négligeable : la plupart des candidats sont allés au cégep et parfois même à l'université, où ils ont fait des études en psychologie, en philosophie ou en science horticole. Il y a même un écrivain jeunesse dans le lot. Enfin, il faut savoir que la plupart des livres écrits par Pascal-Hugo contiennent une vingtaine de phrases et s'adressent à des enfants du primaire, mais bon, c'est mieux que rien.

Les lofteurs de 2003 ne faisaient rien de leurs dix doigts et ne pouvaient aller nulle part pour se changer les idées. Les candidats d'OD, eux, ont pour la plupart avoué que l'attrait du voyage avait pesé lourd dans leur décision de participer à la téléréalité. Aucun d'entre eux n'est assez fou pour avoir eu envie de passer neuf longues semaines sous vide dans la prison dorée d'une villa. Par conséquent, tous ont fait des séjours, qui à Bali même, qui en Thaïlande, à Singapour, aux Philippines ou à Zanzibar. Ils ont découvert les us et coutumes du coin, goûté à des plats typiques, vécu des fêtes et des rituels et rapporteront de leur aventure des souvenirs impérissables et, avec un peu de chance, une meilleure compréhension du monde dans lequel ils vivent.

Si les voyages forment la jeunesse, autant dire que les candidats d'Occupation double Bali vont revenir moins niaiseux et plus formés et informés qu'avant. Pas de doute : il y a de l'espoir.

Reste l'issue de demain qui semble se jouer entre le couple de « badass » intempestifs formé par Joanie et Sansdrick et le couple poli, joli, lisse et gentil de Jessie et Pascal-Hugo.

Assez ironiquement, la perception populaire semble être que Pascal-Hugo et Jessie sont vrais, authentiques et sincèrement amoureux et qu'au contraire, Joanie et Sansdrick forment un couple de frimeurs, calculateurs, qui font semblant de s'aimer pour le fric, une jolie somme d'environ 400 000 $. 

Rappelez-vous, à ce sujet, la remarque crue mais lucide de Joanie : « Arrêtez d'agir comme s'il n'y avait pas de prix à la fin de ce jeu et comme si vous vous en câlissiez. Faites pas comme si ça n'existait pas non plus, quand même. On va pas être hypocrites. »

Personnellement, je trouve Joanie et Sansdrick pas mal plus authentiques que leurs principaux rivaux. Au moins, ces deux-là ne nous racontent pas d'histoires et ne cherchent pas à nous faire croire qu'un amour sincère peut naître à la caméra dans des circonstances qui n'ont rien à voir avec la vraie vie.

J'arrête ici toute tentative d'influencer le vote. Demain soir, c'est au public de décider et de faire la part des choses.

J'ai déjà cru que la téléréalité était un feu de paille condamné à la mort par saturation. Disons que le feu de paille brûle plus longtemps que prévu, mais avec moins de force et de flammes qu'avant.

Il y a de l'espoir.




Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

la boite:2525685:box

Autres contenus populaires

la boite:219:box
image title
Fermer