You Can't Always Get What You Want, mais....

La chanteuse Lady Gaga a chanté à de... (Photo Chris Keane, Reuters)

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La chanteuse Lady Gaga a chanté à de nombreuses reprises devant les partisans d'Hillary Clinton lors de la campagne présidentielle américaine.

Photo Chris Keane, Reuters

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En 1992, à Little Rock, en Arkansas, c'est le tube de Fleetwood Mac Don't Stop qui a accompagné Bill Clinton jusqu'à sa première victoire à la présidence. Seize ans plus tard, au Grant Park de Chicago, Barack Obama a plutôt choisi un morceau classique, grave et solennel, pour accompagner sa victoire présidentielle. Quant à Donald Trump, sur le coup de 3 h du matin mercredi, qu'a-t-il choisi de faire résonner dans la salle de l'hôtel Hilton à New York après son discours d'acceptation? You Can't Always Get What You Want des Rolling Stones!

J'avoue qu'en entendant cette chanson en plein milieu de la nuit alors que je venais d'être réveillée brutalement par une alerte de mon iPad, j'ai cru que j'hallucinais. Je voyais mal pourquoi un type qui vient de remporter une élection historique faisait jouer une chanson de loser, dont le message est que vous ne pouvez pas toujours avoir ce que vous voulez dans la vie?

En y repensant, je me suis dit que Trump voulait peut-être ainsi consoler les partisans d'Hillary. Comme s'il leur avait lancé: désolé les amis, mais on ne peut pas toujours avoir (le candidat) qu'on veut dans la vie.

L'autre hypothèse qui m'est venue à l'esprit, c'est que Trump a surtout retenu de cette chanson la suite de son refrain: «You can't always get what you want/But if you try sometimes well you might find/You get what you need». (On n'a pas toujours ce qu'on veut mais si on fait un effort, on peut parfois obtenir ce dont on a besoin.)

Traduire: chers Américains, vous venez d'obtenir ce dont vous avez besoin: moi, Donald Trump. De ce que Trump nous a donné à voir de lui-même jusqu'à maintenant, cette deuxième hypothèse semble la plus plausible.

Quant aux Rolling Stones, ils sont contre la récupération de leurs classiques par Trump depuis longtemps. En mai dernier, ils l'ont d'ailleurs signalé au candidat en lui interdisant de jouer Start Me Up pendant ses rassemblements. Puis deux mois plus tard, ils sont revenus à la charge en lui interdisant cette fois de reprendre You Can't Always Get What You Want. Fidèle à lui-même, Trump les a envoyés promener comme il l'a fait pour tous ceux dont il a détourné les chansons sans leur permission.

Et dans un sens, sans lui donner raison, on peut comprendre son attitude. En effet, jamais un candidat à la présidence, sauf peut-être Richard Nixon, n'a été aussi honni par l'establishment artistique américain que Donald Trump. L'implication des artistes américains, tout particulièrement ceux du monde de la musique, n'a cessé de prendre de l'ampleur pendant la campagne, comme si le moindre succès de Trump attisait la flamme de leur motivation. Hormis Susan Sarandon, qui a déclaré qu'elle n'appuyait pas Hillary parce qu'elle refusait de voter avec son vagin, et Clint Eastwood, un républicain pur boeuf, les vedettes américaines les plus en vue ont toutes fait front commun autour d'Hillary contre Trump.

Et même si Taylor Swift est restée délibérément vague sur ses intentions de vote, les appels de phare de Madonna, Lady Gaga, Shakira, Cher et Neil Young ou l'implication proactive de stars comme Katy Perry, qui a carrément fait campagne avec Hillary, ou plus récemment de Beyoncé, Jay Z et de Bruce Springsteen, qui participaient à des concerts de soutien à Hillary vendredi et samedi soirs, ont largement compensé pour l'ambiguïté de Taylor Swift.

Le magazine Billboard, la bible de la musique, recense une trentaine d'artistes qui ont publiquement et à plusieurs reprises usé de vitriol pour dénoncer Trump sur les réseaux sociaux. Adele, Miley Cyrus, Usher, Marc Anthony, Lena Dunham, Ricky Martin, Wyclef Jean sont du nombre, et j'en passe.

Tous les animateurs des émissions de fin de soirée n'ont cessé de tourner Trump en dérision et de faire, soir après soir, les pires blagues à son sujet. Quant à Saturday Night Live, l'extraordinaire caricature qu'Alec Baldwin fait de Trump depuis plusieurs semaines a fait augmenter les cotes d'écoute de l'émission à des sommets atteints il y a longtemps.

Sachant cela, on peut se questionner sur l'influence réelle qu'exercent les vedettes sur l'électorat américain: ont-elles un vrai poids politique comme semblait indiquer leur empressement à s'engager? Pensaient-elles que par leurs commentaires, leurs endossements et leurs concerts, elles changeraient le cours de l'Histoire?

À voir les résultats de mardi, on est forcé d'en déduire que l'électorat américain - du moins l'électorat pro-Trump - se moque éperdument de toutes ces vedettes. Ou pis encore: l'alignement de cette armada de vedettes derrière Hillary a eu sur cet électorat un effet contraire et a renforcé l'idée d'une élite qui protège ses acquis et ses privilèges. Bref, Trump n'a pas seulement ébranlé le pouvoir politique, mais le pouvoir artistique aussi.

Samedi, au lendemain du grand concert de soutien à Cleveland, Hillary, un sourire coquin aux lèvres, s'est vantée devant la foule d'avoir passé la soirée la veille avec la reine Beyoncé et son mari Jay Z. Hillary avait l'air presque trop fière d'elle-même. Quelques heures plus tard, Trump se faisait un malin plaisir de la rappeler à l'ordre en déclarant à ses partisans: «Nous, on n'a pas besoin de Jay Z ou de Beyoncé. On n'a pas besoin de Jon Bon Jovi. On n'a pas besoin de Lady Gaga. Tout ce dont nous avons besoin, c'est de grandes idées pour que l'Amérique redevienne grande à nouveau.»

Quel dommage que la suite des choses lui ait donné raison.

Mince consolation, à partir de janvier prochain, il ne risque pas d'y avoir beaucoup de musique live à la Maison-Blanche à part le rock de garage de Ted Nugent. Et en lieu et place de dîners chics avec George et Amal Clooney, Donald et Melania vont devoir se contenter d'un barbecue avec le sinistre Clint Eastwood. Ça ne sera pas exactement la joie, mais qui sait si ce n'est pas tout ce dont ils ont besoin...

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