On ne naît pas Simone...

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

Longtemps banni des conversations de salon et des conversations tout court, considéré comme une étiquette salissante, aliénante et réductrice, mal aimé et malmené, le mot «féministe» a passé de nombreuses années pas tant au purgatoire que dans les limbes de la conscience collective.

Voilà pourtant que pour une foule de raisons obscures allant du retour du balancier à l'air du temps qui change d'air tout le temps, le mot «féministe» est revenu à la mode et connaît même un regain de popularité, n'en déplaise à Donald Trump et à ses amis et émules machos.

On entend le mot «féministe» débouler de la bouche des étudiantes de l'UQAM comme des chanteuses populaires ou de jeunes actrices de renom, quand ce ne sont pas les humoristes qui se mettent de la partie.

À telle enseigne que le féminisme au Québec a désormais au moins deux produits culturels accessibles, l'un sur le Net - les capsules très féministes des Brutes -, l'autre à la télé publique: une série diffusée à heure de grande écoute, Les Simone, produite par un gars (Louis Morissette), réalisée par un autre gars (Ricardo Trogi), mais écrite en grande partie par une femme, Kim Lévesque Lizotte.

Avant d'avoir vu les trois premiers épisodes, je ne croyais pas tellement au féminisme des Simone. Je croyais plutôt qu'un savant exercice de marketing récupérateur était à l'oeuvre et que Maxim, le personnage principal incarné par Anne-Élisabeth Bossé, ne tarderait pas à rentrer dans le rang, là où échouent la plupart des personnages féminins de la télévision québécoise.

J'ai failli être confortée dans mes préjugés lorsque le scandale du concours de magasinage aux Galeries d'Anjou a éclaté, concours faisant appel non pas à l'indépendance d'esprit du public féminin des Simone, mais à son asservissement aux diktats de la mode. Le concours a fini par être annulé à la suite d'une levée de boucliers, mais il a entretenu mon scepticisme un certain temps quand même. Et puis pour paraphraser madame de Beauvoir elle-même, on ne naît pas Simone, on le devient... Et pas forcément au petit écran.

Pourtant, j'ai dû reconnaître dès le premier épisode des Simone qu'un élan féministe imprègne la série qui dépasse l'anecdotique.

Je ne parle pas de l'exemplaire du Deuxième sexe de Beauvoir que le réalisateur a cru bon de nous montrer en gros plan au cas où on n'aurait pas compris. Je parle de la quête de Maxim qui, en bonne aspirante féministe, se cherche et veut se trouver, si possible sans l'aide de son chum tellement parfait qu'il en est étouffant ou de son amant de passage, perdu dans l'adoration récurrente de ses pectoraux. Je parle de la quintessence de la quête féministe, celle du combat contre le déterminisme de son sexe, qui a poussé bien des femmes à claquer la porte au mariage et à la famille, pour se réaliser dans une carrière ou simplement aller voir ailleurs si elles y étaient.

Cette quête-là, menée contre le fatalisme d'une vie tracée d'avance, on la retrouve dès le premier épisode des Simone, celui qui m'a conquise.

Mieux encore - et c'est peut-être là où le bât va blesser -, je me suis reconnue complètement et entièrement dans le personnage. Maxim, c'est moi à 30 ans. Moi aussi, je lisais Le deuxième sexe et je rêvais de vivre libre et sans attaches comme Simone et Jean-Paul. Moi non plus, je ne voulais rien savoir du mariage, de la banlieue et du bungalow. Sauf que, malheureusement, c'était il y a 30 ans. J'écris malheureusement parce que des conversations glanées ici et là avec des filles beaucoup plus jeunes m'ont indiqué que certaines filles de 30 ans (beaucoup?) ne se reconnaissent pas du tout dans Maxim. Elles trouvent que Maxim est un ovni pas rapport et pas de son temps.

Autrement dit, ce ne serait peut-être pas un hasard si je me reconnais dans Maxim, dans la mesure où le personnage serait calqué sur un modèle ancien qui n'a rien à voir avec la façon d'envisager la vie des trentenaires d'aujourd'hui.

Bon, je vous répète ce qu'on m'a dit. Je vous le répète, mais je ne suis pas d'accord.

Parce qu'à mon humble avis, la quête de Maxim est non seulement universelle, mais aussi intemporelle. Et si certaines trentenaires contemporaines ne le voient pas, c'est peut-être qu'elles sont encore enlisées dans le déterminisme de leur sexe et dans une image d'elles-mêmes qui a été construite par la société actuelle plus que par elles. On a beau être en 2016, des fois, les idées évoluent moins vite que les années.

C'est une hypothèse que j'avance et elle est peut-être complètement erronée. N'empêche, que ces belles trentenaires aiment ça ou non, cela fait un bien immense de voir au petit écran des filles qui ont le premier rôle sans nécessairement être en prison, et à qui on donne le droit de se poser des questions existentielles. Habituellement, ce sont les personnages masculins qui ont droit à ce privilège.

Maxim n'est peut-être pas aussi radicale que certaines féministes pures et dures aimeraient qu'elle soit, mais, personnellement, je trouve qu'elle est sur la bonne voie. Pas celle du magasinage aux Galeries d'Anjou. Celle de son autodétermination. On ne naît pas Simone, pas plus qu'on ne naît libre. On le devient... si on le veut bien.

Partager

À découvrir sur LaPresse.ca

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

la boite:2525685:box

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer