Queer de pirate

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Dans une lettre ouverte publiée jeudi, Coeur de pirate, alias Béatrice Martin, se décrit comme queer.

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J'imagine qu'on ne choisit pas le moment de son coming-out. J'entends par là qu'arrive un moment dans la vie d'une personne qui tait sa différence sexuelle, un moment charnière où l'impulsion d'avouer ce qu'on n'osait pas avouer devient irrépressible, impérieuse, incontrôlable. Il n'y a pas de bon moment ni de mauvais moment pour le faire.

Il n'y a que cette impulsion.

Subitement, il faut qu'on dise au monde entier qu'on n'est pas exactement celle ou celui qu'on prétendait être. C'est ce qui est arrivé à Béatrice Martin la semaine dernière. Dans la foulée de la tragédie d'Orlando, la belle enfant, qui aura bientôt 27 ans, a décidé qu'elle ne pouvait plus se taire ni faire semblant. Et surtout que, dorénavant, elle n'avait plus à avoir peur de ce que les autres pouvaient penser d'elle.

Par l'entremise d'une confession publique publiée sur le site web Noisey, appartenant à Vice Media, Coeur de pirate a avoué qu'elle était queer, un mot qui n'a pas d'équivalent français, mais qui signifie, plus ou moins, que Coeur de pirate a quitté le moule binaire traditionnel hétérosexuel pour aimer qui elle veut.

Qu'elle choisisse le lendemain du plus important massacre homophobe des États-Unis pour passer aux aveux en a fait tiquer quelques-uns qui se sont demandé s'il n'y avait pas une pointe d'opportunisme de sa part. D'autant que Béatrice Martin n'a jamais laissé transpirer le moindre signe indiquant qu'elle n'était pas une hétérosexuelle comme les autres. La vaste majorité de ses chansons sont des chansons d'amour ou de rupture mettant en scène des amoureux et des amours hétéronormées.

Mais je le répète: on ne choisit pas le moment de son coming-out. Il s'impose de lui-même. Et s'il s'est imposé à ce moment précis pour Coeur de pirate, cela lui appartient entièrement. 

Elle l'explique d'ailleurs assez bien quand elle écrit que le déluge de messages d'appui sur le Net aux victimes qui n'avaient pas eu le temps de faire leur coming-out auprès de leurs proches lui a fait voir l'importance de ne plus se cacher et de prendre position. L'importance, surtout, de la transparence et de l'honnêteté envers soi-même et envers les autres.

Je ne doute pas un instant de ses intentions, même si le recours à l'expression queer prête à confusion et dégage une certaine ambiguïté, probablement voulue par la chanteuse qui veut garder toutes les portes ouvertes et toutes les voies libres.

N'empêche. Ce que ce coming-out inattendu indique, c'est qu'encore aujourd'hui, en 2016, il n'est pas facile ni aisé de s'assumer ouvertement dans sa différence sexuelle. J'ai encore en mémoire un échange que j'ai eu avec Ariane Moffatt il y a trois ans alors qu'elle recevait des mains de Pauline Marois le prix Lutte contre l'homophobie, décerné par la fondation Émergence.

Je lui avais demandé ce que ça lui faisait d'être la première chanteuse populaire québécoise à assumer ouvertement son homosexualité. Elle m'avait répondu qu'elle trouvait ça un peu désolant d'être la première, y voyant le signe que les choses n'avançaient pas vite.

Puis, avec une touchante honnêteté, Ariane Moffatt m'avait raconté que la découverte de son homosexualité n'avait pas été un cadeau tombé du ciel. Tout le contraire. Et qu'il lui avait fallu une bonne dose de courage pour s'assumer, surmonter la peur d'être jugée ou étiquetée et pour faire le deuil de l'hétérosexualité et d'une vie familiale plus conventionnelle.

Finalement, c'est son désir d'avoir des enfants avec Florence, son amoureuse, qui a tout fait basculer et l'a poussée à sortir du placard.

Pour Béatrice Martin, il semble aussi que la naissance de sa petite fille ait été un déclencheur, à la nuance près que Béatrice n'était pas dans le placard comme Ariane. Si j'ai bien compris, sa différence sexuelle était tapie, voire refoulée, dans le coffre de son for intérieur. Elle n'y avait pas accès jusqu'à ce que la naissance de sa fille la mette en face d'un malaise, voire d'un grand mal-être qui ne demandait qu'à être exposé. Depuis jeudi, c'est fait.

Coeur de pirate - ou devrais-je écrire Queer de pirate? - est désormais une femme libre qui se donne le droit d'aimer qui elle veut, selon un modèle qui existe ou qui n'a pas encore été inventé. Au choix.

Je lui souhaite le plus grand des bonheurs dans sa nouvelle vie de queer. Je lui souhaite surtout de rencontrer l'âme soeur, peu importe sa race, sa couleur ou son orientation. Quant à ses fans, je ne suis pas inquiète pour eux. Ils vont continuer à aimer Coeur de pirate. Peut-être même plus qu'avant.

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