Esclaves, esclavagistes et compagnie

Le créateur de Star Wars George Lucas et... (PHOTO KEVORK DJANSEZIAN, REUTERS)

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Le créateur de Star Wars George Lucas et le réalisateur de The Force Awakens J.J. Abrams lors de la première du film à Hollywood, le 14 décembre dernier

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Fallait-il que George Lucas soit en colère pour affirmer à l'émission de Charlie Rose avoir vendu ses enfants (la franchise Star Wars) à des esclavagistes blancs. Pour l'affirmer et puis s'en excuser devant le tollé, et sans doute la pression politique exercée par l'esclavagiste Disney.

Mais les mots étaient lancés, et venant de dieu le père Lucas lui-même, non seulement ces mots portent à réfléchir, mais encore ils jettent un éclairage plutôt glauque sur le succès phénoménal de Star Wars: The Force Awakens, un film devenu presque milliardaire dès son lancement en orbite, il y a quelques semaines.

Dans le dictionnaire, la définition de l'esclavagisme est assez claire. C'est une société fondée sur l'esclavage. Quant à l'esclavage, c'est la condition d'un individu privé de sa liberté et exploité comme un bien matériel par un autre individu.

Si je suis le raisonnement du père Lucas, les personnages de Star Wars sont devenus les esclaves de Disney, qui, après les avoir achetés pour la modique somme de 4 milliards à leur propriétaire, n'a eu d'autre choix que de les vendre comme de la marchandise pour rentabiliser l'investissement.

L'analogie est parfaite, à une nuance près: les personnages de Star Wars sont peut-être un jour nés librement de l'imagination de George Lucas, mais ils n'ont pas tardé à devenir les esclaves de leur auteur et, en fin de compte, de la monstrueuse franchise qu'il a créée.

Corrigez-moi si je me trompe, mais il me semble que dès le deuxième épisode de la première trilogie, Star Wars est tombé dans l'esclavagisme mercantile, pour ne pas dire dans l'exploitation marchande.

Les choses ne se sont guère arrangées avec le premier épisode de la deuxième trilogie où, cette fois, c'est le cinéma qui a foutu le camp. Pas l'expérimentation technique ni les effets spéciaux ni toutes les extraordinaires machines et bébelles mises au point par Lucas pour ses films. Non, tout cela a fleuri et prospéré, mais pas nécessairement à la faveur du cinéma.

C'est pourquoi je trouve George Lucas plutôt effronté de faire la morale à Disney. Après tout, c'est lui et quelques-uns de ses amis qui ont mis au point une recette qu'il reproche aujourd'hui à Disney d'exploiter.

Si ce n'était de lui, le cinéma américain ne serait peut-être pas devenu l'immense parc d'attractions obèse, bourré de calories vides et d'effets spéciaux qu'il est aujourd'hui.

D'ailleurs, Lucas se trompe de cible lorsqu'il qualifie ses enfants d'esclaves.

En réalité, les esclaves les plus à plaindre de cette histoire, ce ne sont pas les personnages de Star Wars. C'est le cinéma américain lui-même.

Je parle du cinéma grand public qui, au fil du temps, est devenu un grand, un gros, un immense jeu vidéo.

Il existe bien sûr encore un cinéma américain de qualité. L'année qui vient de s'écouler en a fait la remarquable preuve avec une flopée de bons films qui ne manqueront pas d'être sélectionnés ou récompensés aux Oscars et aux Golden Globes. Mais pour ce qui est du cinéma grand public, c'est la désolation. Histoires anémiques, budgets pharaoniques, personnages sans profondeur, orgie d'effets spéciaux, déluge de batailles et de guerres, débauche de violence.

Le cinéma américain grand public est l'esclave d'une recette de plus en plus immuable et interchangeable d'un film à l'autre. Mais il y a un autre esclave encore plus démuni que le premier ; un esclave qui, ayant de moins en moins de vrais films à se mettre sous la dent, succombe de plus en plus au matraquage d'un marketing tous azimuts qui finit par le convaincre d'une liberté de choix qu'il a depuis longtemps perdue. Qui est ce pauvre esclave ? Qui d'autre ? Nous, le public.

Un homme de coeur et de culture

C'est à la radio de Radio-Canada que j'ai appris mardi matin la mort de Jean-Paul L'Allier, un des grands hommes politiques du Québec moderne. Or, en faisant le tour de sa carrière, la journaliste n'a pas cru bon de rappeler que Jean-Paul L'Allier avait été ministre de la Culture d'août 1975 à novembre 1976. Comme si un ministre de la Culture, ça ne comptait pas dans la balance universelle des choses. Comme si la culture n'avait finalement aucune incidence ou importance sur notre vie collective.

Pourtant, s'il y a un homme politique qui a été guidé et habité par la culture et qui a cherché à répandre la sensibilité particulière qu'il en avait, dans tous les domaines où il a oeuvré, c'est bien Jean-Paul L'Allier. La culture, c'est ce qui a défini l'homme de coeur et convictions qu'il était. Jean-Paul L'Allier aurait été le premier à ne pas vouloir qu'on l'oublie.

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